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Georges
Corm. Ancien ministre libanais des Finances
«
Au Liban, le problème n’est ni l’Iran… ni le Hezbollah
!»
El Watan, 7 juin 2009
Connu pour son franc-parler et la pertinence de ses analyses sur le
Proche-Orient, Georges Corm estime que telles qu’elles sont posées, les élections
législatives libanaises, qui doivent avoir lieu aujourd’hui,
se situent loin des véritables enjeux. Pour cet observateur avisé,
le problème n’est ni l’Iran ni le Hezbollah, mais le
fait que depuis 17 ans, sous prétexte de reconstruction, le pays
a été mis en coupe réglée, au profit de groupes
restreints de privilégiés soutenus par l’extérieur.
- De vives tensions entourent les élections législatives
libanaises. A ce propos, beaucoup craignent le réveil des vieux
démons de la guerre civile. A quoi sont dues ces tensions, selon
vous ?
- Il ne faut pas exagérer. Pour le moment, sur le terrain tout
est calme. Cependant, les interférences de certains Etats arabes
et occidentaux ont transformé ces élections en confrontation
régionale d’envergure, comme si une victoire de la coalition
des partis d’opposition incluant le Hezbollah serait une catastrophe
pour le pays et pour les intérêts occidentaux et arabes
anti-iraniens. C’est absurde. En 2005, le Hezbollah a gagné les élections
avec ses alliés qui incluaient le Courant du futur à cette époque,
sans que cela ne suscite aucun émoi. Bien plus, le Hezbollah a
participé à toutes les élections depuis 1992. C’est
bien la première fois qu’un tel chahut est fait, non sans
arrière-pensées bien sûr, à savoir œuvrer
pour un désarmement du Hezbollah qui tranquillise Israël.
- Pensez-vous que ce climat délétère découle,
entre autres, de la possibilité de voir le Hezbollah et ses alliés
du moment effectuer une percée lors de ces élections ?
- La victoire militaire du Hezbollah en 2006 contre l’armée
israélienne a été un événement historique
majeur dans l’histoire de la région. Depuis cette date,
il ne s’agit plus que de décrédibiliser cette résistance
victorieuse et de lui faire payer le prix d’une telle atteinte
de lèse-majesté de l’Etat d’Israël. Il
faut aussi porter atteinte au prestige du Courant patriotique libre du
général Aoun dont l’alliance avec le Hezbollah, dès
avant la guerre de 2006, a assuré la solidité du front
interne et conforté la légitimité du Hezbollah,
lors de la confrontation avec l’armée israélienne.
- Pour certains observateurs, les tensions dont on parle ne
sont pas justifiées dans la mesure où une partie importante des
sièges est déjà pourvue et où la place de
chacun des acteurs politiques est prévue à l’avance...
Quel est votre point de vue sur la question ?
- Dans certains districts électoraux, cela est vrai, mais pas
dans d’autres et puis les électeurs peuvent se révolter
lorsque les arrangements sont contre nature.
- Que pensez-vous de l’intrusion, dans ces élections,
des Etats-Unis qui affichent un soutien franc au parti de Hariri ?
- La campagne électorale du courant Hariri et de ses alliés
du 14 Mars a été largement faite par l’étranger.
Des accusations contre le Hezbollah en Egypte, en Allemagne, en Azerbaïdjan,
aux visites de dirigeants occidentaux dont le vice-président américain
et ses menaces à peine voilées, au nombre invraisemblable
d’observateurs venus surveiller le scrutin. Sans parler du déchaînement
contre le général Aoun et des prises de position du patriarche
maronite en faveur du 14 Mars. Il s’agit d’angoisser et d’effrayer
les électeurs et de donner l’impression qu’une victoire
de l’opposition serait une catastrophe pour le Liban. En arrière-plan,
la possibilité d’une répétition d’un
scénario des élections palestiniennes de fin 2006 où la
victoire du Hamas a entraîné un blocus et un état
de quasi-guerre civile entre Palestiniens. Mais les conditions ne sont
pas du tout les mêmes au Liban, même si les des Etats arabes
et occidentaux ont fait monter les enchères et les tensions de
façon tout à fait irresponsable.
- Quel est, d’après vous, le principal enjeu de ces élections
législatives ?
- Il est regrettable que les féroces débats électoraux
se soient tous centrés sur la question des armes du Hezbollah
et de l’Iran au lieu de débattre des vrais problèmes économiques
et sociaux des Libanais, dont la dette publique qui ne cesse d’augmenter,
la paupérisation croissante de la population – 50% vivent
au seuil de pauvreté ou en dessous–, et la corruption massive
sont le résultat de 17 ans de règne du Haririsme. Rappelons
ici que la dette libanaise est invraisemblable, plus de 50 milliards
de dollars (180% du PIB) et son service absorbe plus de 60% des recettes
de l’Etat. Au quotidien, les gens sont encore privés, 19
ans après la fin de la guerre (1975-1990), d’électricité courante
: 3 heures par jour de coupure à Beyrouth, mais jusqu’à 12
heures ailleurs. Il n’y a pas d’eau potable, le chômage
est élevé et l’exode des cerveaux est massif. Alors
les malheureux Libanais doivent en plus payer pour boire de l’eau
non polluée, payer pour s’acheter des générateurs électriques
et les alimenter en fuel… Le problème n’est ni l’Iran,
ni le Hezbollah, mais le fait que depuis 17 ans sous prétexte
de reconstruction le pays a été mis en coupe réglée
au profit de groupes restreints de privilégiés soutenus
par l’extérieur.
Par Zine Cherfaoui
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La
guerre contre le Liban et la Palestine |