Conséquences de L’agression israélienne sur l’économie libanaise

Une expédition punitive

El Watan, 13 août 2006

Un mois après le début de la guerre, l’état des lieux, fait par la Commission des secours, indiquait que 29 installations vitales avaient été détruites ou endommagées dont l’aéroport de Beyrouth, des ports, des réservoirs d’eau, des stations d’épuration, des centrales électriques, 630 km de routes, 23 stations d’essence, 145 ponts et bretelles, 7000 logements et 900 usines, commerces et marchés.

Plus d’un million de personnes ont été déplacées. Ce bilan contredit les discours officiels israéliens sur les objectifs poursuivis par l’opération militaire. L’armée israélienne a ciblé des objectifs qui font penser à une expédition punitive menée en vue de mettre à genoux le Liban pour de longues années. L’agression a eu lieu dans un contexte particulier. Selon l’ancien ministre des Finances du Liban (1998-2000), Georges Corm, l’année 2006 s’annonçait comme un très bon exercice. Dans un entretien accordé au journal suisse Le Temps, Georges Corm, qui était questionné sur les effets de la libération du Sud-Liban en 2000, en matière économique, a indiqué : « En 2003, la progression du Produit intérieur brut (PIB) a atteint 3%. L’année 2004 est la meilleure avec 5%, puis la croissance est complètement retombée avec l’assassinat de Rafic Hariri l’année suivante. 2006 s’annonçait comme un très bon exercice (+6% au premier semestre). Les capitaux étaient revenus et on attendait un afflux de touristes important. » Mais cet élan est stoppé net par l’agression israélienne. Beaucoup d’observateurs ont relevé le caractère disproportionné de la riposte israélienne à l’enlèvement des deux soldats. Mais en analysant le bilan, on constate que la réplique était organisée et son seul objectif visait la destruction de l’économie libanaise, y compris la mort de civils. Pour Georges Corm, les dommages économiques sont importants.

Catastrophe agricole

Dans le même entretien, il estime à plusieurs milliards de dollars les dégâts occasionnés à l’économie libanaise. « Si les destructions s’arrêtaient là pour les infrastructures civiles (routes, ponts, réservoirs d’essence), il faut compter 1,5 milliard de dollars. L’aéroport ou les centrales électriques ne sont pour l’heure pas touchés, les dommages se concentrent sur le système routier. Pour le patrimoine immobilier du Sud, il faut compter, au bas mot, également 1,5 milliard de dollars. Mais la facture risque de grimper... », selon l’ancien ministre des Finances. Certains experts ont avancé le chiffre de 6 milliards de dollars. L’agriculture libanaise a subi, elle aussi, des pertes considérables. Selon le président de l’Union des syndicats des agriculteurs et des fermiers, Antoine Hoyek, cité par la presse libanaise : « Les pertes subies par le secteur agricole ont été évaluées à plus de 120 millions de dollars, selon un bilan préliminaire. » D’après la presse libanaise « la guerre menée par Israël au Liban a particulièrement affecté le secteur agricole, qui contribue à hauteur de 7% du PIB ». La plupart des surfaces cultivées du pays se trouvent au Sud et dans la plaine de la Békaa, les deux régions les plus touchées par les bombardements, où de nombreux champs ont été brûlés. « De plus, les récoltes ne peuvent être écoulées, ni à l’intérieur ni à l’extérieur du pays, à cause de la coupure des routes, du bombardement des camions transportant les fruits et légumes et de la fuite de la main-d’œuvre, majoritairement étrangère », selon la même source. Les pertes seraient encore plus importantes, selon l’économiste Marwan Iskandar, cité par l’AFP . Après un mois de bombardements, le Liban a besoin de dix milliards de dollars pour la reconstruction des immeubles, des infrastructures et du tissu industriel, et accorder des facilités financières aux milliers de sociétés menacées de faillite, a-t-il estimé. D’autres manques à gagner ont été recensés par l’économiste comme la saison estivale qui s’annonçait prometteuse avec l’arrivée de 1,6 million de touristes, soit 40% de plus qu’en 2005, avec pour conséquence 200 000 pertes d’emplois. Le Liban comptait aussi beaucoup sur la conférence internationale des bailleurs de fonds programmée pour cette année et qui devait soutenir les réformes. L’agression israélienne a tout remis en cause.

Liès Sahar

 
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La guerre contre le Liban et la Palestine  
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