|
|||||
|
Détails du plan du Hezbollah pour la prise de la capitale libanaise Comment Beyrouth-Ouest est tombéeEl Watan, 14 mai 2008 En quelques heures, la capitale libanaise, qu’on présentait figée dans une configuration de bastions tenus par différentes forces, est tombée entre les mains des combattants de l’opposition menée par le Hezbollah, bouleversant ainsi une bonne partie de la carte politique. Selon des sources proches du Hezbollah, la prise de Beyrouth s’est déroulée en trois étapes : isoler d’abord Beyrouth-Ouest, ensemble de quartiers commerciaux mixtes du point de vue confessionnel, ensuite faire basculer par des frappes « chirurgicales » ces quartiers mixtes en faveur de l’opposition et enfin trancher « militairement » la question du rapport des forces en ciblant les positions armées de la majorité. Lors de la première étape, explique-t-on, les éléments de l’opposition ont profité de la manifestation de revendication sociale, le mardi 6 mai, pour couper toutes les routes vers Beyrouth-ouest, afin de délimiter les lignes de confrontations à venir. Le lendemain, dans plusieurs quartiers mixtes comme à Barbour et Ras Nabaâ (sorte de lignes de démarcation entre sunnite et chiite), les hommes armés de Amal et du Hezbollah ont délogé, lors de combats de rue, plusieurs postes occupés par des combattants de l’autre camp, majoritairement loyaux au Courant futur de Saâd Hariri. Ces offensives évitent soigneusement les quartiers chrétiens dont Beyrouth-est, afin de ne pas poignarder dans le dos l’alliance entre le Hezbollah et le Courant patriotique libre de Michel Aoun de 2006 et d’enlever ainsi aux rivaux chrétiens de ce dernier, le couple Samir Gaegae et Amin Gemayel, tout prétexte de radicalisation de cette communauté. Pour revenir aux étapes de la prise de Beyrouth, la tactique suivie par les combattants de l’opposition était de remettre à l’armée chaque position de la majorité. Une attitude qui a poussé un ponte de la majorité à qualifier l’armée de « police militaire » du Hezbollah. D’ailleurs, jusqu’aux derniers combats dans la montagne et le Chouf — fief de Walid Jomblatt, un des leaders de la majorité — l’opposition a reconduit la même stratégie. « Le but n’est pas d’occuper du terrain ou des positions, mais plutôt de clarifier les positions et le poids de chaque force, en laissant à l’armée le soin de remplir son rôle de force de l’Etat », indique un proche de l’opposition. La troisième et dernière étape de la prise de Beyrouth a été déclenchée quelques minutes après, suite au discours de Hassan Nassrallah jeudi, avec l’offensive militaire d’envergure lancée par ses hommes qui a duré de la fin de journée jusqu’à une heure du matin. Le lendemain vendredi, non seulement Beyrouth-ouest était tombée, mais les résidence de Saâd Hariri et de Walid Joumblatt étaient pratiquement encerclées, seuls quelques axes de la ville étaient aux mains de l’armée. L’ultime étape de la « bataille » de Beyrouth se déplace à partir de samedi 10 mai, vers le sud-est de la capitale, la montagne et le Chouf, « afin de démanteler la présence milicienne de Joumblatt dans ce qu’il considère comme son fief », confie notre source. « Et tenter ainsi de briser la colonne vertébrale de la majorité en la personne de Joumblatt », commentait hier, un éditorialiste proche de l’opposition. Le but tactique et hautement symbolique du Hezbollah semble avoir été atteint : désarmer les « milices » qui menacent l’existence de la résistance en portant préjudice sur la légitimité de son armement. Mais du côté de la majorité — et de ses alliés étrangers — il s’agit d’un « coup d’Etat ». Un qualificatif reproduit en générique des émissions spéciales de la chaîne Al Arabiya, propriété de capitaux saoudiens, dont le ministre des Affaires étrangères, Saoud Al Fayçal, a, lors de la réunion extraordinaire des ministres de la Ligue arabe au Caire le 11 mai, comparé Nasrallah à Ariel Sharon étant les « deux personnages à avoir assiégé Beyrouth ». « Une grave attaque qui n’est pas tombée dans l’oreille d’un sourd », commente un sympathisant de l’opposition. Adlène Meddi Mission délicate pour l’arméeAvec ses 70 000 hommes (50 000 dans l’infanterie, 2000 dans l’aviation et la marine, sans compter les réservistes) l’armée libanaise « n’est pas faible au niveau militaire », nous confie un journaliste. « Ce qui la fragilise par contre, c’est son caractère multiconfessionnel, chaque officier entend la voix de sa propre communauté lorsqu’elle est menacée, d’où les risques d’implosion », poursuit-il. Mais malgré ce risque et l’épuisement de ses forces dans son déploiement depuis la fin de l’agression israélienne l’été 2006, l’armée, traditionnellement chargée du maintien de l’ordre, s’est doublement positionnée ces derniers jours. D’abord, elle désavoue le gouvernement Siniora, concernant la révocation du chef de la sécurité de l’aéroport, soupçonné de sympathie au Hezbollah et l’enquête sur le réseau téléphonique du parti de Nasrallah. Ensuite, l’armée tape sur la table suite aux sanglants affrontements en annonçant, hier, qu’à partir de 6h du matin du mardi 13 mai la troupe réprimera « tout acte sécuritaire et tout déploiement armé ». « Même si l’armée n’en a ni l’habitude ni l’envie d’intervenir dans des combats, elle est la seule force d’intervention consensuelle. Sa mission est certes des plus délicates, mais l’armée n’a pas le choix », a commenté hier, un militant de l’opposition. Une mission délicate, d’autant plus que c’est au sein même de cette armée que les belligérants politiques ont dégagé un présidentiable consensuel en la personne du chef de l’armée, le général Michel Sleiman. Adlène Meddi La mission arabe à pied d’œuvrePar quel bout faudra-t-il prendre la situation au Liban qui ne cesse de se dégrader, tandis que la crise politique se prolonge avec le report pour la dix-neuvième fois de réunion du Parlement en vue d’élire un président de la République, un poste vacant depuis le mois de novembre dernier ? La question est d’autant plus importante que les combats déclenchés, jeudi dernier, n’ont pas cessé et que la Ligue arabe s’avance au Liban sur un terrain qui semble miné. Il ne faut pas en effet oublier l’échec d’une précédente médiation menée par le secrétaire général de la Ligue arabe, alors même que la crise politique n’avait pas encore connu le moindre dérapage. Et c’est à son honneur, dira-t-on, de refuser de baisser les bras. La délégation arabe chargée de discuter avec les dirigeants libanais de la situation dans leur pays arrivera aujourd’hui à Beyrouth. Selon une source de la Ligue arabe au Caire, la délégation comprendra le secrétaire général de l’organisation et sera présidée par le Qatar. Elle ne comprend ni l’Egypte, ni l’Arabie Saoudite, ni la Syrie. Lors d’une réunion extraordinaire, dimanche dernier, au Caire, les ministres arabes des Affaires étrangères ont annoncé l’envoi de cette délégation chargée de « discuter de la situation dangereuse au Liban et élaborer une feuille de route urgente afin de mettre en œuvre l’initiative arabe » pour régler la crise politique libanaise. Elle doit rencontrer le président du Parlement, Nabih Berri, un des chefs de l’opposition, le Premier ministre, Fouad Siniora, le commandant en chef de l’armée, le général Michel Sleimane, le dirigeant chrétien, Michel Aoun, le leader druze, Walid Joumblatt et le dirigeant sunnite, Saâd Hariri. Au Caire, les ministres arabes ont appelé à « la fin immédiate des violences » et réitéré leur soutien à l’initiative arabe sur le Liban, présentée en janvier par la Ligue arabe. Cette initiative prévoit l’élection du candidat de consensus, le général Sleimane, à la présidence du pays, un gouvernement d’union nationale et l’élaboration d’une loi électorale en vue des élections générales de 2009. Face à cette crise dans laquelle elle s’est positionnée en frappant de nullité des décisions prises par le gouvernement, l’armée a décidé d’utiliser, si nécessaire, la force contre toute présence d’hommes armés et poursuivait son déploiement à travers le Liban, sans parvenir à empêcher les violences dans le nord du pays. Des combats ont à nouveau opposé pendant la nuit à Tripoli, la grande ville du nord du Liban, des partisans de l’opposition et de la majorité. Ces combats au fusil, au lance-grenades et au mortier ont été suivis d’un nouveau déploiement de l’armée en périphérie des quartiers sensibles du nord de Tripoli, où se font face des militants sunnites pro-gouvernementaux et des alaouites, groupe dissident du chiisme mais fidèle au Hezbollah. Depuis samedi dernier, l’armée poursuit son déploiement à travers le pays pour tenter de prévenir une extension des violences qui ont fait 61 morts et environ 200 blessés depuis le 7 mai à Beyrouth ouest, à Tripoli et dans la montagne druze, au sud-est de la capitale. Le grand journal An-Nahar, proche de la majorité, expliquait que la décision de l’armée faisait suite à des engagements, reçus des différentes parties, à éviter tout débordement dans l’attente des résultats de la médiation arabe. L’opposition, qui poursuit son mouvement de « désobéissance civile », maintient cependant des barrages notamment sur la route de l’aéroport, au sud de Beyrouth, interdisant de facto tout trafic aérien, et sur la route menant vers la frontière syrienne, dans l’est, bloquant le principal poste-frontière de Masnaa. Autant dire que le pari est difficile, car il est évident, et depuis bien longtemps, que cette crise ne pouvait être résolue par la force. Comment alors se noueront les fils du dialogue que tous jugent indispensable ? T. Hocine |
La guerre contre le Liban et la Palestine | ||||
|
www.algeria-watch.org
|
|||||