LA DESTRUCTION DU LIBAN PAR ISRAEL

COMPLICITES ET COMPROMISSIONS

Djamaledine BENCHENOUF, 22 juillet 2006

Ceux qui doutent encore que l'enlèvement des trois soldats israéliens par des groupes armés palestiniens et libanais n'était qu'un prétexte qu'attendait Israël pour attaquer "les Territoires" et le Liban seraient bien inspirés d'examiner avec plus d'attention les déclarations des Capitales occidentales, l'attitude confuse des pays arabes et tout particulièrement ceux de la région, et enfin les méthodes de traitement de l’information par les médias occidentaux sur la destruction du Liban.

L'unanimité de tout ce beau monde autour de ce qui est déclaré par les uns, consenti par les autres et suggéré subliminalement par les exécutants médiatiques sur le droit d'Israël à se défendre et à minimiser, voire occulter la gravité des crimes qui se commettent contre des populations civiles, laisse deviner ce qui s'est tramé avant l'agression israélienne. Des préparatifs laborieux et une vaste consultation des cénacles dirigeants occidentaux. Il ne subsiste pas de doute qu'échaudé par les réactions de l'opinion internationale sur les nombreux crimes de guerre qu'il a commis contre les civils palestiniens et contrairement à Sharon dont le mépris pour l'opinion internationale a montré Israël sous son véritable jour, le gouvernement Ehud Olmert a réactivé une méthode éprouvée d'Israël de conditionnement et de ralliement de l'opinion occidentale à ses vues, comme préalable à ses opérations majeures, ainsi que de contraindre d'une manière ou d'une autre les dirigeants arabes à enfouir leur tête dans le sable du désert et à semer la zizanie en leur sein pour ne pas dire dans leurs rangs et enfin à contenir les médias dans un angle subtil qui permet de distiller l'information dans ses moindres détails mais qui présente Israël, de façon subliminale et récurrente, comme un acteur agissant pour défendre son bon droit, voire sa survie et la prépondérance de l'occident civilisé contre la barbarie islamique. Même son armée est évoquée sous l’appellation de « T’sahal », un nom familier comme seul les amis et les alliés savent le prononcer. Avec une sorte de fierté. Ses victimes, même très nombreuses, même si elles sont majoritairement constituées de civils innocents, de femmes et d' enfants, sont perçues par le téléspectateur, l'auditeur ou le lecteur, comme des entités presque irréelles, dont la vie est vaine, qui ne ressemblent en rien à Paul ni à Pierre, dont les gesticulations, les vociférations et la cohue des proches lors de tonitruantes funérailles leur confère une allure de pathétiques bouffons. Alors que les victimes israéliennes sont toujours représentées sous leur meilleur jour, surtout cadrés dans des arrières plans familiers à l'œil occidental, dont l'évacuation se passe dans l'ordre et le sang froid et dont les funérailles, dignes, poignantes et solennelles entraînent la sympathie et l'émotion du téléspectateur qui identifie ces victimes à sa propre personne, à sa façon d'être, à son mode de vie. Un alter égo. Des Paul et des Pierre !

Ces méthodes de manipulation de l'information, de l'image tout particulièrement, et de conditionnement infraliminal de l'opinion sont utilisées à outrance dans la couverture du bombardement du Liban. Ce qui explique, malgré la gravité de ces crimes de masse, le désintérêt de l'opinion occidentale, voire sa sympathie pour les Israéliens. La quasi totalité des téléspectateurs ont perçu ces évènements, qui sont pourtant une agression totale, unilatérale et particulièrement meurtrière, comme un conflit entre deux belligérants. C'est à dire des combattants de force égale. La parité en temps, dans la répartition des images des victimes, de l'une ou l'autre partie, qui consiste à montrer autant les unes que les autres, procède d'une volonté d'occulter les moyens, la force de frappe et la volonté d'Israël de détruire le Liban afin d'y provoquer une autre guerre civile. Dans le même temps, les mêmes médias amplifient par suggestion les moyens dérisoires d'un Hezbollah qui est pourtant à l'armée d'Israël ce qu'un paraplégique en fauteuil roulant est à un champion du monde de boxe, catégorie lourd.

Ces méthodes médiatiques, de la télévision tout particulièrement, utilisées de façon quasi générale dans l'ensemble des télévisions occidentales et qui s'apparentent à une propagande psychologique qui ne dit pas son nom, ne peuvent pas ne pas avoir été pensées, préparées, délicatement inspirées. Avant l'agression. Comme cela fut le cas lors de la première guerre du Golfe. On se laisse aller à imaginer des briefings soft, autour d’un pot, des désignations de reporters et de commentateurs triés sur le volet. Des gens dont la sympathie pour Israël ou la peur de perdre un emploi privilégié influe fortement sur le ton et l’angle du travail.

Il est quasiment acquis aujourd'hui qu'Israël a obtenu une sorte de feu vert consensuel de l'ensemble des Capitales occidentales. Grâce à l'autre prétexte, majeur et servi sur un plateau aux dirigeants du monde « civilisé » qui n’en demandaient pas tant. Celui de neutraliser le potentiel révolutionnaire chiite et par contrecoup, d'endiguer la capacité de l'Iran d'influer sur les équilibres régionaux. L’adhésion a été totale. A n’en pas douter. A tel point que, rassurés par ce ralliement général et inespéré, les Américains s'offrent le luxe inédit de faire profil bas et que le premier ministre britannique se permet même de se montrer quelque peu critique sur les moyens disproportionnés utilisés par Israël. Point trop n’en faut ! Les gouvernements occidentaux, que la détermination de l’Iran commençait à agacer et dont le peuple reste trop peu maniable à leur goût, ont été convaincus que cette "Opération" allait remettre de l'ordre dans une situation que personne ne contrôlait plus et que les "Etats voyous" de Syrie et surtout d'Iran allaient saisir que l'occident disposait aussi d'un Etat encore plus voyou, un fer de lance qui ne prend pas de gants et qui est tellement plus puissant. Un Etat voyou qui ne manquerait pas, en cas de besoin, de les ramener, eux aussi, à vingt ans en arrière.

L'extrême indulgence de leurs propos à l'égard d'un Israël qui rase littéralement tout un pays, pourtant réputé allié, dans une quasi indifférence, comporte des signaux diplomatiques parfaitement lisibles à l'endroit de l'Iran. Le consentement, voire l'alignement de tout l'occident derrière les thèses israéliennes a été d'une telle unanimité qu'il en a imprégné même certaines Organisations Humanitaires qui, contrairement à leurs habitudes, ont mis ne sorte de bémol à leur engagement et aux alarmes planétaires qu'elles déclenchaient habituellement dans ce genre de conflit. Comme si elles attendaient, elles aussi, que le travail soit fini afin de pouvoir enfin remplir leur seul devoir de parer à la catastrophe. Sans s'impliquer outre mesure.

L'hypocrisie, bien évidemment, n'a pas été absente de la partie. Les dirigeants occidentaux et le Secrétaire Général de l'ONU ne pouvaient pas assister à une si flagrante et si grave violation des conventions internationales sans faire mine d'interférer dans le "conflit", comme ils disent. Aussi, comme ils ne peuvent évidemment pas critiquer Israël, appellent ils à un cessez le feu entre les « belligérants ». Aussi, appellent ils les "deux parties" à respecter les conventions internationales et à épargner les civils. Le chef de l'Etat Français a appelé à la création de corridors humanitaires pour permettre aux populations civiles de fuir les combats et aux organisations humanitaires de se mouvoir. Un corridor humanitaire dans son acception militaire est un couloir qui traverse une zone de conflit et dont il est convenu qu'il est épargné par l'une et l'autre partie. Pour obliger le Président Français et montrer toute sa bonne volonté, Israël a accepté la création d'un corridor ….entre Chypre et le Liban! C'est à dire en dehors de la zone des conflits et uniquement pour évacuer les ressortissants étrangers. Pourquoi pas, à ce niveau de mansuétude, ne pas donner son accord pour un corridor entre Chypre et Paris ? La dernière proposition de Kofi Annan procède de la même veine. Du même genre de dérobade. Il appelle "les deux parties" à « un arrêt immédiat des hostilités » et propose un plan de règlement du conflit qui prévoit, entre autres aménités à l’endroit d’Israël, la remise des otages israéliens aux "autorités légitimes libanaises". Pour que « T’sahal » puisse rentrer avec ses « petits » lorsqu’elle aura fini de raser le Liban.
Salomon n'aurait pas fait mieux en matière de Justice.

Le facteur le plus négligeable dans ce désastre, les pays arabes de la région, tout particulièrement l'Arabie Saoudite, la Jordanie et les autres monarchies du Golfe, nervis honteux du grand maître occidental et de l'allié objectif israélien, sont convaincus que c'est là une guerre indirecte contre le très dérangeant Iran Chiite. Ils sont ravis de la tournure prise par les évènements et du coup de semonce tiré contre les Iraniens dont ils entretiennent le statut très commode d'ennemis héréditaires. En fait de dangereux révolutionnaires et une menace pour leur pérennité. Les Libanais sont partie négligeable. Après l'expédition israélienne, il sera toujours temps de mettre la main à la poche pour venir en aide au "pays frère" du Liban. Avec forces embrassades. Ils sont les premiers à savoir que le mythe de la nation arabe et du panarabisme a vécu. Ils le savent bien parce qu'ils en sont les fossoyeurs.
D.B
Tahia Bladi
http://esperal2003.blogspot.com/

 
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La guerre contre le Liban et la Palestine  
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