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L’autre LibanAhmed Saïfi Benziane, Le Quotidien d'Oran, 7 décembre 2006
La dynamique engendrée par la démocratie dans les pays autres que ceux qui s’en arrogent la paternité partait difficile à naître. Longtemps, on a vu dans le Liban une société qui a réussi à intégrer la modernité façon occidentale, bien que touchée par un communautarisme latent qui s’est avéré constituer le lit d’une guerre civile en perpétuelle menace. Le prix en a été payé lourdement et la reconstruction des infrastructures a bel et bien eu lieu. La reconstruction des déchirures, elle, reste à faire, d’autant que la géographie impose de nouvelles règles du jeu. Une nouvelle ère s’annonce cependant dans une nouvelle recomposition du champ politique où la division partis chrétiens/partis musulmans risque de ne plus rien dire à l’avenir. La rue est occupée maintenant par une opposition à une forme de gestion du pays qui exclut aussi bien chrétiens que musulmans, au profit d’autres chrétiens et d’autres musulmans. Les vieilles rancoeurs ont été classées dans une casier de l’Histoire à moitié fermé, le temps de régler les images du contentieux politique avec un gouvernement tout juste bon à tendre l’autre joue à une gifle. Le pari engagé par Michel Aoun semble prendre forme dans la rue. Il avait annoncé à son retour à Beyrouth: « Ma priorité, depuis que je suis rentré au Liban, est de déconfessionnaliser les conflits ». En sa qualité de militaire et d’homme politique, il a réussi cette fusion entre tous les opposants à une menace aussi bien syrienne qu’israélienne. Bien sûr, les médias occidentaux et particulièrement français se précipitent, comme à leur habitude, pour réduire l’opposition au seul Hezbollah. Aoun est quant à lui un ancien tirailleur sexagénaire, né au sud de la capitale dans une modeste famille chrétienne maronite, et il commence à poser de réels problèmes aux stéréotypes fabriqués dans les laboratoires humains américains et français. A réviser son histoire personnelle, cet homme a eu un parcours qui devait faire de lui un ennemi juré des musulmans. Seulement, le Liban est peut-être en train de vivre une expérience unique, aussi bien pour son avenir que pour celui du monde arabe. S’il réussit, il démontrera que la résistance pacifique dans un cadre constitutionnel, sujet à révision, dépasse tous les débats stériles sur la démocratie, en posant problème aux pays arabes, bien que le contexte demeure quelque peu différent d’un pays à un autre. Faire chuter un gouvernement avec les mêmes armes qui lui ont permis de prendre le pouvoir, est une astuce politique qui contribuera à la sortie de crise dans un calme relatif. Les clivages pro et anti-syriens que veulent lui imposer les Occidentaux pour justifier l’échec de leurs politiques dans la région, s’effaceront au profit d’une vision démocratique intégrant musulmans et chrétiens dans un processus de remise en cause de la communautarisation au seul bénéfice d’une adversité idéologique classique dominée par l’appartenance ou pas à un mode de gouvernance. Cette vision restera probablement fragilisée aussi bien par la puissance israélienne soutenue par les USA, et qui fait fi même des forces d’interposition, que par les gouvernants arabes qui voient dans le Liban un danger de reproduction du même schéma chez eux. C’est ce qui explique leurs manifestations d’intérêt sur ce qui se passe dans les rues libanaises, se disant inquiets pour les uns, en maintenant le silence complice pour les autres. Les uns et les autres semblent au fond tellement tentés de soutenir directement et sans réserve le gouvernement actuel sous perfusion. Tout comme le dictent les Occidentaux et comme d’habitude. D’habitude, la rue arabe reste muette et peu exigeante en matière de gouvernance, sauf lorsqu’il s’agit de riposter timidement aux offenses envers la religion, ce qui n’est déjà pas si mal. Si l’opposition, réduite pour les besoins de la désinformation au seul Hezbollah, perd de sa popularité, le Liban aura tout de même gagné un exercice démocratique que lui reconnaîtront tous les pays de la région muselant leurs oppositions respectives. Le risque d’un retour au communautarisme s’en trouvera réduit et perdra de son rôle d’unique expression politique. Il restera à définir la nature et les moyens du contre-pouvoir. Il restera à l’actuel gouvernement le choix, devenu difficile, de permettre les travaux du tribunal international autorisé par les Nations unies pour enquêter sur les assassinats politiques en lui trouvant des accusés identifiables physiquement, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. Comment alors expliquer aux Libanais que leur justice est incapable de mener à bien ces missions ? Bien qu’objet de manipulations à dimensions hérétiques, l’Irak a pourtant fait juger Saddam et ses coéquipiers par un tribunal irakien. Seulement, le cas d’assassins politiques au Liban ne bénéficiera pas du même traitement. Deux poids, deux mesures qui ne permettent pas l’aboutissement souhaité et défendu par Saâd Hariri et ses pairs en tombant en pleurs aux pieds de Bush. Il restera à l’actuel gouvernement à appliquer les résolutions du Conseil de sécurité à propos du désarmement du Hezbollah et peut-être aussi des autres factions armées qui cachent pour le moment leurs intentions. L’armée libanaise, ayant démontré ses limites lors de l’été dernier face à l’agression israélienne, restera sans doute au service du plus fort. Mais est-elle animée par une division communautaire ? On n’en parle pas trop de peur de réveiller la latence de certains sentiments bien connus. Il restera à l’actuel gouvernement une reconstruction, une de plus, d’infrastructures de base détruites par l’armée israélienne, sans demander à l’Etat hébreu de mettre la main à la poche, comme cela a été le cas pour l’Irak lors de l’invasion du Koweït. Il restera évidement trop de positions à prendre, ce qui favorisera le harcèlement de l’opposition, qui a pour le moment appris à sortir les dents sans mordre. Pour le moment. Le Liban vit sous un régime constitutionnel qui répartit les charges publiques entre les représentants des diverses communautés chrétiennes et musulmanes. Les 14.000 soldats syriens déployés au Liban ont été retirés sous la pression internationale, contre l’avis du président Emile Lahoud. La Charte de la réconciliation nationale de Taïf est dépassée. Le Hezbollah ne peut pas éradiquer l’armée israélienne, qui ne peut pas éradiquer le Hezbollah. La communauté chiite est forte de un million de personnes. Elle est une composante importante de la population libanaise. Aoun propose l’intégration de la branche militaire du Hezbollah, sous la responsabilité de l’Etat, dans l’armée, une fois que le Liban aura récupéré ses territoires et ses prisonniers détenus en Israël. Une sortie de crise comme une autre. La première victime de l’opposition vient de tomber sous les balles d’inconnus, pendant que Siniora affirme: « Il y a d’autres groupes qui peuvent mobiliser beaucoup de personnes dans les rues, mais ce n’est pas la compétition du plus grand nombre et ce n’est pas la bonne façon de communiquer ». A cela, Souleïmane Frangié réplique « Nous resterons sur cette place. Nous ne bougerons pas tant que ce gouvernement illégal et contraire à la Constitution ne sera pas parti ». Ils seraient 5.000 à assurer une permanence dans la rue, dont 2.000 aounistes, 500 autres chrétiens et 2.500 musulmans, pour la plupart chiites, mais aussi des druzes et des sunnites des formations intégrées à l’opposition. Que reste-t-il alors pour représenter le Liban ? Un autre Liban qui doit comprendre que l’avenir ne peut être que pluriel ou ne pas être. |
La guerre contre le Liban et la Palestine | ||||
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