Ils étaient “sains et saufs”, à l’exception d’un blessé léger

Alger rapatrie ses 32 ressortissants libérés par Israël

Par : Merzak Tigrine, Liberté, 3 juin 2010

Pressé par la communauté internationale, l’État hébreu a remis, tôt hier matin (4h00), aux autorités jordaniennes, les trente-deux ressortissants algériens qu’il a libérés avec plus d’une centaine d’humanitaires. L’Algérie a pris toutes les dispositions pour les rapatrier dans les meilleurs délais.

Un communiqué du ministère des Affaires étrangères a annoncé que les trente-deux ressortissants algériens, arrêtés par Israël après l’assaut meurtrier contre la “flottille de la liberté” qui voulait forcer le blocus israélien imposé au territoire palestinien de Gaza, ont été libérés hier à 4h00 du matin.
Selon la même source, “les efforts déployés par l’Algérie auprès des gouvernements de certains pays amis, dont les gouvernements jordanien, turc et égyptien, ont abouti à la libération, ce matin à 4h00 (heure algérienne) des trente-deux ressortissants algériens arrêtés en violation des règles internationales par Israël après l’assaut meurtrier contre la flottille de la liberté”. Il a été souligné dans le communiqué que les ressortissants algériens, qui sont “en bonne santé, mis à part un blessé léger dont le cas ne présente pas de gravité, ont été accueillis par l’ambassadeur d’Algérie en Jordanie au niveau du poste frontalier du pont du roi-Hussein”.
À ce sujet, des personnalités de différentes nationalités avaient assuré, mardi, que tous les membres de la délégation algérienne à bord de la “flottille de la liberté” se trouvaient en “bonne santé”, indiquant toutefois qu’ils ont fait l’objet de maltraitance. Par ailleurs, le MAE a assuré que “les dispositions nécessaires sont prises en vue de leur rapatriement, le plus tôt possible, vers l’Algérie”. En application de l’instruction du président de la République, un avion de la compagnie nationale Air Algérie s’est envolé hier vers la capitale jordanienne Amman pour le rapatriement des membres de la délégation algérienne qui a pris part à l’opération “flottille de la liberté” qui entendait forcer le blocus israélien imposé à Gaza. Aussi, Mourad Medelci a indiqué lors de la cérémonie d’installation du secrétaire d’État chargé de la communauté nationale à l’étranger, Halim Benatallah que “la délégation algérienne, qui a pris part à l’opération humanitaire en faveur de Gaza, est arrivée saine et sauve en territoire jordanien”. Il a profité de l’occasion pour exprimer ses “remerciements et sa gratitude à tous ceux qui ont aidé la délégation algérienne à rejoindre la Jordanie”, souhaitant voir le peuple palestinien réaliser son ambition d’une “indépendance claire qui réunira les Palestiniens de l’intérieur et de l’extérieur dans un État avec El-Qods pour capitale”.
Pour rappel, le ministère des Affaires étrangères avait précisé la veille que “des contacts ont été établis avec les gouvernements de pays amis et les instances internationales compétentes ont été saisies pour s’assurer de la sécurité de nos ressortissants, arrêtés dans les eaux internationales dans le cadre d’une action illégale et inacceptable organisée par Israël en violation des règles et des principes du droit international, pour rappeler l’impératif absolu de garantir leur dignité, leur intégrité physique et leur retour sains et saufs dans leur patrie”.


Retombées de l’attaque israélienne contre la flottille des humanitaires

Isolement de l’État hébreu

Par : M. T./Agences

La réprobation internationale contre Israël a atteint un seuil jamais égalé à la suite du massacre d’humanitaires dans les eaux internationales au large de Gaza. Même les États-Unis, le plus proche allié de l’État hébreu, mesurent leurs réactions pour éviter de se mettre à dos la communauté internationale.

Le raid meurtrier de la marine israélienne contre une flottille humanitaire, au large de Gaza, a un effet calamiteux pour l'image d'Israël, accroît son isolement diplomatique et porte un nouveau coup à un processus de paix qui peinait à démarrer, selon des analystes. “Nous sommes en train de devenir les pestiférés du monde entier avec cette opération”, a déploré à la radio le plus célèbre intellectuel israélien, Amos Oz. “Ce n'est pas seulement une question d'image, c'est un désastre moral pour Israël. Ce blocus imposé à Gaza après l'enlèvement de Gilad Shalit n'a absolument servi à rien”, a jugé l'écrivain de gauche. “On ne peut pas infliger un siège à un million et demi de Gazaouis parce qu'un groupe a enlevé un soldat israélien”, a insisté Amos Oz. “Du point de vue israélien, c'est le pire scénario qui s'est produit”, a estimé de son côté l'ancien chargé d'affaires israélien à Ankara, Alon Liel.
Un ancien diplomate n'exclut pas une “rupture ou du moins une suspension des relations diplomatiques avec Ankara qui, avant même l'opération, s'étaient considérablement dégradées”. En effet, le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan a affirmé qu'Israël pourrait “perdre” l’amitié de son pays, en raison de son opération militaire sanglante contre une flottille humanitaire pro-palestinienne. Erdogan, qui ne tarit pas de critiques contre l'État hébreu depuis l'assaut donné lundi par un commando israélien sur les navires transportant des centaines de militants pro-palestiniens et de l'aide à destination de Gaza, a parlé mardi soir avec le président américain Barack Obama au téléphone de cet incident qui a provoqué une crise inédite dans les relations turco-israéliennes. “Israël est menacé de perdre son seul ami dans la région qui a le plus contribué à la paix régionale”, a dit Erdogan au président américain, selon ses services de presse. Il a également affirmé qu'Israël occupera au Proche-Orient une place qui “dépendra de ses actions futures”, souligne le texte.
Par ailleurs, le ministère turc de la Justice réfléchit à l'opportunité de lancer des poursuites judiciaires contre Israël après le raid qui a fait neuf morts, dont quatre Turcs. Le ministère doit aussi se prononcer sur la question de savoir si une enquête sera lancée par les procureurs turcs.
Ainsi, les relations entre la Turquie et Israël sont au plus bas après le raid. Ankara a dénoncé un acte de “terrorisme d'État” et rappelé son ambassadeur en Israël. Le gouvernement pourrait décider notamment d'exclure les firmes israéliennes des appels d'offres publics, affirment les télévisions. Depuis la signature, en 1996, d'un accord de coopération militaire qui avait scellé le partenariat “stratégique” turco-israélien, les entreprises israéliennes ont décroché plusieurs contrats lucratifs d'équipement de l'armée turque.
Les échanges commerciaux bilatéraux ont atteint 2,6 milliards de dollars en 2009. Israël a, par ailleurs, décidé de rapatrier les familles de son personnel diplomatique à Ankara pour des raisons de sécurité. Des manifestations sont organisées depuis lundi devant les missions diplomatiques israéliennes en Turquie.


Après leur libération

Les détenus algériens en Israël racontent leur cauchemar

Par : Djilali Benyoub

La captivité de la délégation algérienne de la “flottille de la liberté” n’a été que de 24 heures. Un seul blessé est à déplorer. Il souffre de blessures légères à l’œil et a été transféré à l’hôpital, à Amman, lorsque la délégation est arrivée en Jordanie après son expulsion d’Israël.
L’Algérie a dépêché, hier, un avion spécial avec à son bord un ministre, le patron du MSP, M. Soltani, des journalistes et des médecins.
Au MSP, on estime que l’objectif est atteint avec la mise au banc des accusés d’Israël dont l’acte, l’assaut contre la flottille, a été unanimement dénoncé par la communauté internationale. Responsables et médias ont, en effet, dénoncé l’agression que certains ont comparée à de la piraterie alors que même la presse israélienne parle d’un échec. “Toute la planète sait maintenant que Gaza est assiégée et sa population affamée par ce blocus”, a déclaré hier le porte-parole du parti qui appelle encore à la levée du siège de Gaza tout en se réjouissant de cette première victoire et de la libération des membres de la délégation algérienne.
De son côté, joint hier par téléphone à Amman, Zinedine Benmedekhene, député MSP et membre de la délégation, a raconté le cauchemar vécu à l’approche de Gaza et en Israël. “Nous savions que les Israéliens nous surveillaient et qu’ils allaient nous attaquer”, dit-il. Le commando israélien a joint le commandant de bord pour lui demander où il allait. Il a répondu : “Gaza !” Les militaires lui ont intimé l’ordre de s’arrêter. Ce qu’il a refusé, évidemment de faire. à 4h du matin, l’assaut est donné. Les soldats israéliens ont utilisé des bombes lacrymogènes et tiré des balles avant de
“prendre en otages” les occupants des bateaux. “Ils nous ont faits prisonniers et attachés” , dit-il. Après des heures d’attente et sans rien prendre, pas même de l’eau, ils sont emmenés en prison. Des avocats se sont proposés de les défendre, mais ils ont tous refusé. “Nous avions des doutes sur eux et ne pouvions pas leur faire confiance”, a indiqué notre interlocuteur. Ils n’ont, par ailleurs, signé aucun document.
Notre interlocuteur a salué le courage de tous les membres de la flottille qui ont résisté à l’assaut des soldats. D’ailleurs, a-t-il précisé, les 150 passagers des cinq continents et de différentes nationalités, dont les Algériens, ont promis de refaire le coup, de mener d’autres campagnes avec plus de bateaux et plus de monde, autant de fois qu’il faudra jusqu’à la levée du blocus de Gaza.
Le ministre des Affaires étrangères, Mourad Medelci, a confirmé de son côté les informations et précisé que le président suivait la situation depuis Nice où il participait au sommet France-Afrique. Le ministre a indiqué qu’il était en contact avec ses homologues turc, égyptien et jordanien pour s’assurer de l’état de la délégation algérienne.
“Les efforts déployés par l’Algérie auprès des gouvernements de certains pays amis dont les gouvernements jordanien, turc et égyptien ont abouti à la libération, ce matin à 4 heures (heure algérienne), des trente-deux ressortissants algériens arrêtés en violation des règles internationales par Israël après l’assaut meurtrier contre la flottille de la liberté”, selon le communiqué du ministère des Affaires étrangères.

 
Version imprimable
La guerre contre le Liban et la Palestine  
www.algeria-watch.org