Accord interlibanais, discussions indirectes Damas - Tel-Aviv

Les lignes bougent-elles au Moyen-Orient ?

par M. Saâdoune, Le Quotidien d'Oran, 22 mai 2008

Accord interlibanais à Doha, annonce surprise de discussions indirectes entre la Syrie et Israël, accord de principe de Tel-Aviv pour une trêve à Gaza: le Moyen-Orient, continuellement en situation explosive, donnait hier des signaux, sans doute trompeurs, d'un reflux.

Les dirigeants libanais pourront «revenir chez eux»: ils ont conclu un accord qui éloigne la perspective d'une guerre civile dont on a eu un avant-goût récemment. Ce n'est pas la solution radicale à la profonde crise du Liban, mais l'accord permet une remise en route des institutions bloquées depuis des mois. Le compromis qui accorde à l'opposition une minorité de blocage au gouvernement devrait immuniser le Liban contre un nouveau saut dans l'inconnu. Une décision semblable à celle qui a mis le feu aux poudres est désormais impossible. La question des «armes de la résistance» est donc reportée à un débat national serein et toute décision «explosive» rendue impossible. L'opposition libanaise pouvait donc signer sans hésitation l'accord interdisant le recours aux armes à des fins politiques. Le fait qu'elle dispose d'une minorité de blocage permet de neutraliser les décisions qu'elle suspecte d'obéir à un agenda américain.

Après 18 mois de crise, le Liban va enfin avoir un président de la république - son nom est connu, le général Michel Sleimane - et former un gouvernement d'Union et établir une loi sur le découpage électoral comme préalable aux élections législatives de 2009. L'accord constitue une garantie pour le groupe du 14 mars comme pour l'opposition, que les décisions prises ne seront «ni américaines, ni iraniennes». On a ainsi le prélude d'une possibilité pour les deux parties de s'attaquer aux graves problèmes du Liban sans interférence étrangère sur la ligne. On pourrait bien sûr objecter que cette possibilité pourrait devenir un facteur de blocage dans la prise de décision. Mais force est de constater que le déblocage de la situation n'a pu se faire que par un retour à la règle du consensus. Les Libanais devront trouver ensemble les moyens de développer leur système politique où le citoyen deviendra la référence à la place de la communauté. La partie n'est pas gagnée. Il n'est pas sûr que la grande bataille qui se déroule au Moyen-Orient puisse épargner totalement le Liban, l'apaisement a besoin d'être fructifié par une classe politique qui a eu tendance à dénationaliser les enjeux.

Prendre langue avec Damas pour isoler Téhéran

Est-ce un hasard, si le jour même de l'annonce d'un accord libanais à Doha, Israël et la Syrie fassent état d'une reprise de pourparlers de paix indirects à travers une médiation de la Turquie ? Ce sont en tout cas les premiers entretiens entre Damas et Tel-Aviv depuis huit ans. Des communiqués publiés de façon coordonnée sont venus confirmer la reprise d'un dialogue dans le but de parvenir à une «paix complète». Ankara a indiqué que des délégations des deux pays sont présentes à Istanbul. Un responsable israélien parle d'un «long processus» en précisant que les «entretiens directs, eux, n'ont pas encore commencé». Un communiqué du gouvernement israélien a indiqué que les deux «parties ont entamé des pourparlers indirects sous les auspices de la Turquie». De son côté, le ministère syrien des Affaires étrangères a indiqué que les deux parties mèneront les pourparlers dans un esprit de bonne volonté «pour parvenir à une paix complète».

On parle d'une «formule» pour le Golan occupé soumise par le chef du gouvernement israélien dont la teneur reste inconnue. A Tel-Aviv, les adversaires d'Olmert, objet d'une enquête judiciaire pour corruption, l'ont accusé de vouloir détourner l'attention. On sait que Damas veut une restitution complète du plateau du Golan. La «formule» répond-elle à cette exigence ? Cette apparente ouverture s'accompagne d'une annonce, par l'Egypte, d'un «accord de principe» d'Israël pour une trêve des violences à Gaza. «Les dirigeants israéliens ont fait part de leur soutien et de leur compréhension de la proposition égyptienne concernant une trêve (...)» à Gaza, a indiqué un haut responsable égyptien, anonyme, cité par l'agence officielle Mena. Israël, affirme la même source, serait prêt à appliquer la trêve dès que «les dirigeants israéliens seront informés de l'accord des organisations palestiniennes aux éléments de la trêve».

La déprime de Mahmoud Abbas

Côté israélien, on se contente d'indiquer que les «contacts se poursuivent». Le Caire qui mène les négociations indirectes par le biais du chef des Moukhabarate égyptien, Omar Souleimane, presse le Hamas de ne pas «laisser passer une chance historique». Les choses semblent en apparence bouger au Moyen-Orient. Mais les arrière-pensées sont clairement lisibles. L'objectif des Américains et des Israéliens en acceptant une reprise de négociations - appelées à durer longtemps - est de parvenir à isoler l'Iran, classé ennemi n°1 par Bush et Tel-Aviv. Paradoxalement, ce but politique américain et israélien montre en définitive que l'Iran, par sa fermeté sur le dossier du nucléaire, a un rôle positif. Il contraint les Américains - et à travers eux les Israéliens - à reprendre langue avec Damas. Il reste que ces «signes» ne sont guère suffisants. Le discours de militant sioniste ultra fait par le président américain, à l'occasion du soixantième anniversaire de la Nakba, a été plutôt un lourd indicateur que la question centrale, celle de la Palestine, reste entièrement posée. A telle enseigne que Mahmoud Abbas, totalement déprimé après le passage de Bush à Jérusalem, a fait savoir qu'il démissionnerait si rien ne bouge d'ici six mois. Rien n'indique pourtant que les choses bougeront, hormis les implantations sionistes dans les territoires palestiniens.

 

 
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La guerre contre le Liban et la Palestine  
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