Nos modérés à Annapolis

par K. Selim, Le Quotidien d'Oran, 28 novembre 2007

Il y a un cliché entretenu dans la presse occidentale, qui divise le monde arabe entre supposés modérés et radicaux, entre réalistes et utopistes.

Bien entendu, les supposés «modérés» ont les faveurs de la presse occidentale au détriment des «radicaux». Hormis des cas extrêmes, comme pour l'assassin de Rabin, les Israéliens ne sont jamais classés entre «modérés» et «extrémistes», cela est réservé à ce monde arabe qui n'a pas osé, encore une fois, rejeter une demande américaine et a afflué en masse à Annapolis. Même la Syrie n'attendait que la petite perche de la vague évocation du plateau du Golan pour suivre les autres.

Si être «modéré» signifie qu'on aborde les choses par la politique, pourquoi ne pas l'appliquer à la rencontre d'Annapolis ? Quel est le poids politique d'un négociateur palestinien dans un contexte de désunion ? Zéro. Quel apport auront les Etats arabes modérés sur la rencontre, parviendront-ils à amener l'équipe de George Bush à exercer des pressions sur Israël ? La réponse est déjà non puisque Olmert, fortement contesté chez lui, a eu l'assurance qu'il n'y en aura pas. Du déjà-vu.

Plus de quinze ans après Barcelone qui a lancé un processus sans fin, les colonies israéliennes se sont étendues et ce qui devait être la terre des Palestiniens est déjà morcelé en bantoustans où l'armée israélienne fait ce qu'il lui plaît. Annapolis va être le «début» d'un processus sérieux, nous promettent, sans y croire eux-mêmes, nos modérés. Barcelone et Oslo, c'était aussi très sérieux... A quoi sert Annapolis ?

La Syrie aura la vague promesse qu'on parlera du Golan. Les négociateurs palestiniens, faisant grand cas de la «forte présence arabe», exigent que les choses se règlent avant la fin du mandat de Bush. Ils ne l'auront pas. Ni les Etats-Unis ni Israël ne sont subitement devenus des «modérés» comme nos gouvernants pour espérer une percée essentielle. Les supposés «radicaux» palestiniens, par exemple le Dr Azmi Bichara, ont des arguments forts pour dire que la rencontre ne sert que l'agenda américain, que c'est un exercice de relations publiques qui joue, et joue seulement, sur le thème palestinien pour faire oublier sa politique calamiteuse dans la région. Mais comme ce sont des «radicaux» et dans le meilleur des cas des «utopistes»...

Très «réaliste», un conseiller de Mahmoud Abbas nous explique que les Etats-Unis ne sont pas une «association de bienfaisance» et qu'il est normal qu'ils aient des intérêts pour organiser la rencontre d'Annapolis. Il faut remercier le conseiller pour cette prodigieuse découverte. Mais ce qu'il fallait démontrer était l'intérêt des Palestiniens et des Arabes à y participer. Pourquoi l'ont-ils fait d'ailleurs si obligeamment ? Il faudra remercier plus sérieusement M. Shimon Peres qui nous l'explique franchement: les Arabes participent si nombreux à Annapolis parce qu'ils sont « effrayés » par l'Iran et qu'ils «commencent à comprendre que le danger ne vient pas d'Israël mais de l'Iran.

Israël ne menace personne ? Voyons donc ! Les «modérés» vont-ils adhérer à cette fable et accepter que la rencontre d'Annapolis fasse semblant de parler de la question palestinienne pour préparer la guerre à l'Iran ? Est-ce être «modéré» que de participer à une conférence dont l'horizon le plus proche n'est pas la paix pour les Palestiniens mais la guerre contre les Iraniens avec ses conséquences inimaginables ?

  La guerre contre le Liban et la Palestine  
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