ASSASSINAT DE NOS DEUX DIPLOMATES

Bush promet à Alger l’aide de Washington

Le Quotidien d'Oran, 31 juillet 2005

George W. Bush sait traiter ses alliés. Alors que les condamnations de la communauté internationale se multiplient suite à l’exécution des deux diplomates algériens en Irak, le président américain promet au président algérien de trouver et sanctionner les auteurs.

L’administration américaine qui n’a eu de cesse d’encourager ses alliés à ne pas quitter l’Irak a posé un acte fortement symbolique en adressant, à travers la Maison Blanche, un message de condoléances d’une forte teneur politique après l’assassinat de Ali Belaroussi et Azzedine Belkadi par Al-Qaïda en Irak: «Nos pensées vont vers les victimes, leurs familles, leurs amis ainsi qu’au peuple algérien dans ce moment de deuil (...) les Etats-Unis restent fermement engagés à travailler avec vous et avec l’Irak afin de présenter les auteurs de ce crime odieux devant la justice», écrit George Bush à l’adresse de son homologue algérien.

Au-delà de ce message d’affliction, ce sont les demandes de Bush qui sont à relever lorsqu’il indique que: «Nous devrions honorer le travail de ces deux admirables fonctionnaires en travaillant encore davantage afin de reconstruire l’Irak et promouvoir la démocratie et la prospérité dans toute la région». Une allusion au fait qu’Alger a ressenti violemment l’exécution d’Al-Qaïda comme étant une sanction contre son engagement antiterroriste auprès des Etats-Unis depuis les attentats du 11 septembre 2001. Washington ne rate jamais une occasion pour souligner aux Algériens la qualité de leur partenariat antiterroriste surtout qu’Alger pouvait évoquer le prétexte que le gouvernement algérien n’avait pas reçu, en temps utile, l’assistance militaire technique que les Algériens escomptaient des Américains.

Tout en refusant de faire partie de coalition militaire sous l’autorité américaine qui ne soit pas cautionnée par l’ONU, que ce soit en Afghanistan ou en Irak, les Etats-Unis craignaient que ce coup dur intervenu à Bagdad ne fasse tergiverser, sinon faire changer d’avis la présidence algérienne.

Un début de réponse est intervenu après le message de Bouteflika au gouvernement britannique proposant une assistance après les attentats de Londres. Jugé comme un alignement sans discernement de l’Algérie sur la stratégie de l’axe Washington-Londres, et ceci en pleine crise des otages, cet engagement avait valeur de réponse aux Américains.

Ces derniers qui s’empêtrent en Irak, avaient exercé des pressions considérables sur la diplomatie algérienne pour déléguer des représentants algériens à Bagdad, là où nombre de diplomates algériens estimaient qu’on n’avait rien à y faire. Washington découvre avec cette nouvelle crise due aux attaques répétées du groupe Abou Mossab Zarkaoui contre les diplomates arabes accrédités à Bagdad, que la ligne de fracture est mince pour que les alliés antiterroristes arabes puissent maintenir une position intenable: donner une caution diplomatique à un gouvernement irakien issu d’un dosage incertain entre forces politiques et religieuses irakiennes, piloté par les Américains sans que cela affecte la stabilité intérieure de ces Etats arabes.

Le signal d’alarme a été tiré après l’exécution de l’ambassadeur égyptien Ihab Cherif, suivie par les attentats de Charm El-Cheikh qui ont poussé le président Bush à aller à l’ambassade égyptienne à Washington afin de signer le registre de condoléances. Malgré la disgrâce évidente de Hosni Moubarak aux yeux du département d’Etat américain pour son refus de l’ouverture démocratique, les Américains n’ont pas voulu accabler un allié qui a démontré ses engagements antiterroristes.

De ce fait, le retrait diplomatique algérien d’Irak semble avoir été perçu de manière pondérée. Alger qui n’a consulté personne avant de fermer son ambassade avait mis le gouvernement irakien dans une situation inextricable et les Américains devant le fait accompli.

Si on y ajoute la position de principe algérienne aussi bien en Irak qu’en Palestine, et le refus catégorique du président Bouteflika de cautionner le GMO, un plan prioritaire pour l’administration Bush, on mesure à leur juste valeur les inquiétudes américaines et le souci de se montrer solidaire avec l’Algérie.

Mounir B.

   
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