Attaques du 11 avril d’Alger :

Zerhouni doute que ce soit des attentats suicide

par S. B. et Y. B., Le Jeune Indépendant, 17 avril 2007

Le ministre de l’Intérieur a émis hier des doutes sur le mode opératoire des terroristes qui ont fait exploser des bombes à Alger le 11 avril dernier. Pour Yazid Zerhouni, les terroristes ont été piégés par leurs acolytes. Dans une déclaration faite à la presse en marge de la visite du président de la République à Constantine, Zerhouni a estimé que «la piste du kamikaze qui a visé notamment le palais du Gouvernement n’est pas plausible».

A travers ses déclarations, le ministre donnait l’impression de vouloir privilégier la thèse de la voiture piégée classique en s’appuyant sur la découverte, par les inspecteurs, d’un mécanisme de commande à distance à bord d’une des voitures piégées utilisées dans les attentats de mercredi dernier.

Le ministre poursuivra son argumentaire en se posant une question : «Etaient-ils suicidaires ou non ?» Le lendemain de l’attentat, le ministre avait déclaré que les terroristes, qui n’ont de choix que de se rendre ou de se suicider, ont choisi la deuxième voie, c’est-à-dire le suicide, appuyant ainsi les premiers témoignages qui accréditaient la thèse de l’attentat kamikaze.

Hier donc, le ministre, et sans que l’enquête ne soit bouclée, a pris le risque de se contredire et de déclarer : «Moi, je pense qu’on les a chargés d’une mission et puis on les a fait exploser pour ne laisser aucune trace.» Les terroristes qui ont ébranlé la capitale ne seraient pas des kamikazes mais présenteraient plutôt le profil de terroristes piégés par leurs amis, ajouta-t-il.

Comment ? Eh bien, si l’on se réfère aux propos du ministre, Merouane Boudina et ses deux acolytes devaient juste conduire les véhicules bourrés d’explosifs dans des endroits précis et rentrer ensuite au bercail mais leurs chefs les auraient piégés.

Pour tenter de corroborer cette thèse, Zerhouni évoquera le témoignage du frère de Merouane Boudina qui a brossé de lui le tableau d’un jeune étranger à la religion. Le ministre a, par contre, choisi de dissimuler quelques faits qui pourraient accréditer la thèse de l’attentat suicide.

En premier lieu la publication par le site Internet d’El-Qaïda des photos, probablement tirées de vidéo testament, des trois kamikazes quelques heures après les attentats, avec une mise en scène qui rappelle le mode opératoire des djihadistes en Irak ou en Palestine.

Le ministre a aussi omis de préciser que le frère de Boudina, dans son témoignage diffusé par la télévision algérienne, a évoqué une demande, dont il n’avait pas saisi la portée à l’époque, de pardon exprimée par son frère quelques jours auparavant.

Ensuite, le mécanisme trouvé, semble-t-il, sur le lieu de l’attentat, peut très bien s’expliquer comme «un mécanisme secondaire» au cas où le premier mécanisme, actionnable de l’intérieur de la voiture, ne marcherait pas. Si le mécanisme dont parle Zerhouni a été trouvé uniquement au niveau du palais du Gouvernement, cela accrédite la deuxième thèse car le kamikaze en question a foncé sur le bâtiment et n’avait donc aucune chance de s’en sortir.

En cherchant à accréditer la thèse de la voiture piégée, le ministre de l’Intérieur tient apparemment à «rassurer», car, face à des attaques kamikazes, il serait incapable, et c’est compréhensible, de protéger qui que ce soit… S. B. et Y. B.

 
Version imprimable
Le Maghreb sur fond de lutte géopolitique  
www.algeria-watch.org