RÉUNION DE BRUXELLES

Quand l’UE se préoccupe du Sahel

L'Expression, 24 Octobre 2010

C’est pour la première fois que l’UE se penche sur ce sujet, au plus haut niveau.

L’ensemble des pays de l’Union européenne se sont engagés avant-hier, lors de leur réunion à Bruxelles, à mettre en oeuvre un plan d’étude pour déterminer une stratégie d’aide aux pays du Sahel, relativement aux derniers événements d’enlèvements des ressortissants occidentaux dans cette zone.
Et c’est pour la première fois que l’UE se penche sur ce sujet, au plus haut niveau, afin d’étudier les moyens adéquats pouvant porter aide et assistance aux pays du Sahel confrontés au terrorisme de ce qu’on appelle Al Qaîda au Maghreb islamique.
Les tendances vont, à en croire ce qui ressort de cette perspective, vers la possibilité de former les forces de sécurité locales. Dans ce contexte, une source diplomatique souligne à l’AFP: «Les ministres des Affaires étrangères vont examiner diverses options possibles sur le rôle que peut jouer l’UE afin d’aider à stabiliser la région, composée notamment du Niger, de la Mauritanie et du Mali.»
Selon cette même source: «Ce rôle pourrait combiner la politique étrangère de l’UE, sa politique de sécurité et ses outils d’aide au développement dans le cadre d’une approche cohérente.» Pour le moment, le contexte demeure sous un aspect de formalité et de possibilité car, a priori, aucune décision concernant des mesures concrètes n’est à prendre. Les membres réunis autour de ce sujet s’accordent à faire pour l’instant juste un tour de piste, démontrant uniquement que la situation au niveau du Sahel reste une question prioritaire de l’Union européenne.
A ce propos une source déclare: «Il s’agit d’un premier tour de piste pour montrer que c’est une priorité de l’Union européenne...on veut tirer la sonnette d’alarme, il y a un risque systématique avec le danger d’une propagation vers l’est de l’Afrique et un arc de crise qui rejoindrait la Somalie.» Mais la propagation est déjà établie sans aucun doute et la réaction de l’Union européenne vient avec beaucoup de retard car il a été démontré qu’Al Qaîda au Maghreb s’approvisionne en armement dans cette région et des relations entre les terroristes somaliens et Al Qaîda ne sont plus à prouver.
D’ailleurs, le président du gouvernement provisoire de la Somalie avait, lors de la réunion de l’ONU le mois dernier, tenté d’attirer l’attention sur cette connexion. Le terrorisme n’est pas seul à activer dans la région, deux autres phénomènes et non des moindres occupent le terrain, il s’agit des narcotrafiquants et les réseaux du trafic d’armes. Ceux-lâ mêmes n’ont pas manqué de tisser des liens très étroits avec les réseaux terroristes et ce sont bien des fléaux qui préoccupent l’Union européenne.
S’agissant des possibilités d’aides pouvant permettre aux Occidentaux d’intervenir au Sahel, l’envoi d’instructeurs compétents pour participer à la formation des forces de sécurité locales, sinon des experts afin d’aider à améliorer le fonctionnement des administrations des pays concernés, à savoir la Mauritanie, le Niger et le Mali est envisage. C’est pour dire ainsi que la possibilité d’envoyer des soldats dans la région n’est pas à l’ordre du jour et, justement, dans ce contexte il a été souligné et selon toujours une source diplomatique ayant pris part à la réunion: «Une chose est sûre il n’est en aucun cas question d’envoyer des soldats européens sur place.» Cependant, même avec une mission de formation, cette politique pourrait ne pas être appréciée par tous à l’image de la Grande-Bretagne qui a exprimé certaines réticences à ce sujet.
Sur un autre plan, l’Union européenne tient compte de la position de l’Algérie qui s’oppose à toute forme d’ingérence dans la région et le ministre des Affaires étrangères algérien Mourad Medelci l’a bien fait comprendre en soulignant clairement à toute l’assistance: «La sécurité dans le Sahel était du ressort des pays de cette région. L’Algérie n’a jamais dit que les pays qui ne font pas partie de cette zone n’étaient pas concernés (par la lutte contre le terrorisme). Si ces pays peuvent apporter leur aide, ils sont les bienvenus, mais ils ne peuvent venir s’implanter chez nous pour apporter la solution», a-t-il souligné.

Ikram GHIOUA

 
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Le Sahel sur fond de lutte géopolitique  
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