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Offensive mauritano-française contre Al Qaîda au Mali : Le raid de la discordeEl Watan, 25 juillet 2010 En faisant appel à l’armée française pour lancer un raid contre un groupe d’Al Qaîda au nord du Mali, la Mauritanie a suscité un lourd malaise chez ses voisins directs. Ni l’Algérie ni le Mali n’auraient été informés de la participation des forces d’un Etat extrarégional à une telle opération, dont le but reste toujours confus. Encore une fois, la France met les pieds dans le plat et fait grincer des dents chez les voisins de la Mauritanie. L’offensive militaire menée, jeudi dernier, par les forces mauritaniennes avec l’aide de l’armée française contre un groupe d’Al Qaîda a eu lieu sans que les pays concernés de la région soient informés de l’implication d’un pays tiers ni du but de l’opération. Des sources maliennes indiquent que la Mauritanie avait souhaité avoir la possibilité de poursuivre les éléments d’Al Qaîda sur le territoire malien, comme cela avait été permis à l’armée algérienne après l’attaque meurtrière qui avait ciblé les gardes-frontières à Tinzawatine, à l’extrême sud-ouest du pays, non loin de la frontière avec le Mali, il y a quelques semaines. « Les Mauritaniens nous ont informé qu’ils allaient mener une action sur notre territoire, à proximité de la frontière. Ils ne nous ont informés ni de l’objectif de cette opération ni du fait qu’elle allait se faire avec l’aide d’une force étrangère », expliquent nos sources. Du côté de l’Algérie, il semble qu’aucun échange d’information sur l’offensive n’a eu lieu avec la Mauritanie. Le but de cette opération et les circonstances dans lesquelles elle a eu lieu restent très confus. Des informations plus nuancées sont néanmoins tombées en début de soirée d’hier. La France aurait ainsi consulté l’Espagne à propos de l’opération militaire de jeudi dernier au Mali, selon l’AFP qui cite une source du ministère français de la Défense. « Les Espagnols ont été consultés, les Maliens ont été informés, on a travaillé avec les Algériens », déclare la même source. Il est important de rappeler que les premières informations sur le sujet ont fait état d’une opération de libération de l’otage français, Michel Germaneau, un humanitaire âgé de 78 ans, détenu par Al Qaîda depuis le 19 avril dernier. Ses ravisseurs menacent de l’exécuter au plus tard le 26 de ce mois à minuit, si leurs acolytes emprisonnés en Mauritanie ne sont pas relâchés. Ils espèrent rééditer le scénario de la libération de Pierre Camatt, un autre Français enlevé à Ménaka, au nord du Mali, en contrepartie de l’élargissement par la justice malienne, sous la pression du gouvernement français, de quatre terroristes, dont deux Algériens. Mais dans le cas de Germaneau, la Mauritanie a été catégorique : elle a refusé publiquement de négocier avec des terroristes ou de libérer leurs acolytes. L’offensive militaire de jeudi dernier n’a pourtant pas eu les résultats escomptés. L’otage n’était pas avec le groupe accroché, si « groupe » il y a. Un échec cuisant pour les forces militaires mauritaniennes et françaises. Mauvaise appréciation ou fuite d’information ? Rien n’est sûr. Ce qui est certain, c’est que les membres de la cellule terroriste n’étaient plus sur les lieux indiqués par les services de renseignement français. Craignant pour ses deux ressortissants détenus par Al Qaîda depuis plusieurs mois, l’Espagne a été le premier pays à exprimer son désaccord sur ce raid aux autorités françaises, d’autant que cette opération intervient quelques jours seulement après la condamnation de l’auteur principal de l’enlèvement par la justice mauritanienne à 12 années de prison. Les commentaires sur l’implication directe de la France dans cette opération se multiplient. Le ministère de la Défense de l’Hexagone s’est expliqué, vendredi matin, dans un communiqué officiel. Il confirme la participation des forces françaises au raid lancé contre un groupe d’Al Qaîda, « celui qui refuse de donner des preuves de vie et d’engager le dialogue en vue de la libération » de l’otage Michel Germaneau. Il précise toutefois que « des moyens militaires français ont apporté un soutien technique et logistique à une opération mauritanienne destinée à prévenir une attaque d’Al Qaîda contre la Mauritanie. Le groupe de terroristes visé par l’armée mauritanienne est celui qui a exécuté l’otage britannique (Edwin Dyer, ndlr), voici un an et qui refuse de donner des preuves de vie et d’engager le dialogue en vue de la libération de notre compatriote. L’opération conduite par les Mauritaniens a permis de neutraliser le groupe de terroristes et de faire échec au projet d’attaque contre des objectifs mauritaniens ». En fait, nos interlocuteurs mettent en doute le bilan officiel et soulignent : « La Mauritanie aurait pu réussir le coup en sollicitant l’aide des pays de la région, au lieu de faire intervenir une puissance étrangère. Par cet acte, non seulement elle vient de mettre en danger la vie des otages, mais elle a également suscité un malaise chez ses voisins. » Par Salima Tlemçani La « discrétion » n’a pas payéUne source du ministère français de la Défense, citée hier par l’AFP, avance quelques détails sur l’opération militaire menée jeudi dernier contre une position d’Al Qaîda au Maghreb islamique (Aqmi) basée au Mali. Nouakchott, qui croyait savoir que 150 combattants d’Aqmi prévoyaient de lancer une opération en territoire mauritanien, en aurait informé les Français, selon la même source. Paris en aurait déduit que M. Germaneau, enlevé en avril dernier, serait détenu dans le camp que ciblerait l’attaque en préparation du côté mauritanien. Les Français décident donc d’envoyer « vingt à trente » militaires participer à l’opération aux côtés des troupes mauritaniennes. Qui sont les militaires français mobilisés pour la circonstance ? La source indique seulement qu’ils se trouvaient dans « un coin discret » du Sahel, où « des militaires français assurent la formation des Mauritaniens » à la lutte antiterroriste. L’opération a eu lieu jeudi à l’aube, poursuit la source militaire française, qui précise que Français et Mauritaniens « ont fait les dix derniers kilomètres à pied pour éviter de se faire repérer ». Dans le camp d’Aqmi, dix hommes. « Six font usage de leur arme et sont éliminés, quatre prennent la fuite », poursuit-on encore. Point de trace de Michel Germaneau. Par R. N. Comité d’état-major de Tamanrasset : Une mission plus formelle qu’activeInstallé à Tamanrasset le 21 avril dernier, le comité d’état-major opérationnel conjoint entre l’Algérie, le Mali, la Mauritanie, le Niger et le Burkina Faso n’arrive toujours pas à sortir de son cadre formel. La décision de faire appel à l’armée française pour mener un raid contre un groupe d’Al Qaîda sur le territoire malien démontre, si besoin est, que cet état-major est encore loin des missions qu’il s’est assigné. En effet, ce comité avait pour objectif de servir d’outil de renforcement des relations de coopération militaire et sécuritaire entre ces pays et ce, en exécution des décisions arrêtées conjointement par les chefs d’état-major des forces armées, lors de la réunion tenue les 12 et 13 août 2009 à Tamanrasset. Et réaffirmées à l’occasion de la réunion de leurs ministres des Affaires étrangères, le 16 mars 2010 à Alger. Le but est de renforcer la lutte commune contre le terrorisme, la contrebande et les réseaux de narcotrafiquants. Il s’agit en fait de multiplier la coopération militaire et sécuritaire dans le cadre de la lutte commune contre la criminalité et le terrorisme dans les bandes frontalières, en raison des activités inquiétantes de groupes terroristes qui s’adonnent au trafic d’armes et de drogue et à l’enlèvement d’étrangers. A ce titre, un comité d’état-major chargé de coordonner cette lutte a été mis en place, après bien sûr plusieurs réunions, d’abord des chefs des services de renseignement, puis des responsables de la lutte antiterroriste et des chefs des états-majors des armées de chacun des pays, notamment de l’Algérie, du Niger, du Mali et de Mauritanie. Sa mission principale est de superviser la coordination du renseignement et des opérations militaires pour tout ce qui a trait à la lutte antiterroriste et à la gestion des opérations et éventuelles missions militaires contre l’organisation Al Qaîda au Maghreb islamique. Des missions ont été affectées à chacun des pays. Ainsi, l’Algérie se charge des forces aériennes, le Mali des forces terrestres, la Mauritanie des transmissions, le Niger de la logistique, alors que le Burkina Faso a un rôle d’observateur. Chacun de ces pays était représenté par un militaire de haut niveau. Néanmoins, sur le terrain, ce comité est resté totalement absent, pour ne pas dire ignoré. Ses activités sont devenues protocolaires du fait, nous dit-on, de problèmes liés à une mésentente sur les prérogatives des uns et des autres. Certains pensent que c’est à l’armée de mener la lutte antiterroriste, d’autres voient plutôt les patrons des services de renseignement plus habilités. Ce qui a quelque part bloqué la démarche. Est-ce cette situation qui a poussé la Mauritanie a faire appel à la France pour débusquer un groupe de terroristes en territoire malien ? On n’en sait rien. Ce qui est certain, c’est que cette opération montre que les Etats de la région n’arrivent toujours pas à s’entendre sur les problèmes qui minent leurs relations et qui compromettent l’avenir de leurs populations. Il est clair qu’aujourd’hui, une remise en cause est à faire afin de remettre sur les rails ce comité et faire en sorte qu’il joue pleinement son rôle. La sécurité de la région doit revenir exclusivement aux Etats qui la composent et non pas à ceux qui convoitent ses richesses. Par Salima Tlemçani |
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