Aloys Ligault (Responsable à Global Witness)

« L’ Afrique du Nord est dans notre radar »

El Watan, 7 décembre 2009

Aloys Ligault s’occupe de la lutte contre la corruption dans les domaines pétrolier et minier au sein de Global Witness, basée à Londres. Elle a également participé à mettre au jour le scandale de l’Angolagate (trafic d’armes vers l’Angola impliquant des personnalités françaises) et à imposer des sanctions contre Charles Taylor, ancien dictateur du Liberia.

- Quels sont les grands chantiers engagés actuellement par Global Witness ?

Nous avons un travail sur les principales ressources naturelles : forestières, minières et pétrolières. Nous avons une action actuellement en République démocratique du Congo (RDC). Nous sommes impliqués dans le processus de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE) et nous venons de publier un rapport sur la corruption et les atteintes aux droits humains au Turkmenistan.

- L’Algérie est un pays pétrolier et gazier. Avez-vous des projets pour mener des actions dans ce pays et en Afrique du Nord en général ?

Nous suivons de près les pays de l’Afrique du Nord. Ces pays sont dans notre radar. Mais nous n’y avons mené aucun travail pour l’instant. Le cœur de notre action est actuellement dans l’Afrique subsaharienne, des pays à moyenne production...

- Quelles sont les principales irrégularités que vous constatez dans la signature des contrats, les clauses de confidentialité ?

Il existe plusieurs formes d’irrégularités. Ce qu’il faut bien comprendre, c’est qu’il y a une différence entre la corruption et l’irrégularité. De façon générale, notre recommandation est que les contrats soient transparents. Cela ne veut pas dire suppression totale des clauses de confidentialité. Il existe des raisons commerciales légitimes pour le maintien de ces clauses. Cependant, nous pensons que lorsqu’il y a un intérêt public prouvé, la confidentialité peut être respectée. Cela dit, le contenu des contrats doit être rendu public.

- Est-il possible de lutter contre la corruption et d’avoir de la transparence dans la gestion publique dans des régimes non démocratiques ?

Oui, il y a toujours moyen de lutter contre la corruption. Il ne s’agit pas de deux sphères fermées. Le combat pour la démocratie et contre la corruption peut être mené conjointement. Il faut œuvrer pour que les processus de l’élaboration des contrats et de payements soient ouverts et consultatifs, que l’information circule. On doit travailler pour renforcer la capacité des différents acteurs et faire en sorte qu’un dialogue s’installe et que la confiance soit rendue possible. C’est de cette manière qu’on construit des processus démocratiques...

- L’opacité qui entoure certains contrats n’arrange-t-elle pas les affaires de certaines compagnies ?

A court terme, il pourrait y avoir un intérêt objectif pour certaines compagnies de passer outre certains coûts en termes de temps, d’argent et de risques que représentent ces processus consultatifs et d’aller au plus vite à l’essentiel, la signature du contrat. Ce que l’expérience et la recherche montrent, c’est que sur le long terme ces compagnies ont tout à gagner à avoir des contrats attribués dans un cadre stable, transparent qui leur permet de rendre des comptes aux différentes parties prenantes, le gouvernement, le Parlement, la société civile...Tout le monde a à y gagner dans la transparence.

Par Fayçal Métaoui

 
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