Potentiels sur dominos de misère

par K.Selim, Le Quotidien d'Oran, 6 janvier 2008

La menace terroriste dans la région sahélo-sahélienne «existe mais est exagérée». C'est le constat du commissaire à la paix et à la sécurité de l'Union africaine (UA), Saïd Djinnit, comme en écho aux récentes actions terroristes en Mauritanie et l'annulation du rallye Dakar.

On est pourtant bien forcé de prendre en compte cette succession d'éléments de déstabilisation qui épousent un grand arc de cercle qui va du Soudan à la Mauritanie, en passant par le Mali, le Tchad et notre territoire. Tous les éléments en oeuvre ne sont pas à classer dans la même rubrique mondialisée du terrorisme mais tendent à s'imbriquer pour forger l'image d'une zone sahélienne gravement déstabilisée et servir, in fine, de justification à l'installation directe de puissances extérieures.

Si l'Africom américaine ne rencontre pas l'enthousiasme sur le continent, cette série d'actes, certains explicables par les conditions locales, d'autres beaucoup moins, tendent à présenter cette installation comme utile et nécessaire, voire impérieuse pour la sécurité de la région. Les tensions locales, qui ne sont pas de même nature et ne répondent pas aux mêmes contraintes, sont-elles «fusionnelles», tel que cela est clairement suggéré par des analyses occidentales ? Ces analyses convergentes obéissent à un agenda évident de justification d'un élargissement de la politique militariste en oeuvre au Moyen-Orient et en Asie.

En clair, ces analyses se fondent sur le constat, difficilement contestable, de la faiblesse des Etats pour énoncer que toute la région est en voie de somalisation et que cela commande une action plus interventionniste de la «communauté internationale».

Toutes les hypothèses sont ouvertes, puisque même les questions préalables de la connaissance des acteurs et leurs buts ne trouvent pas de réponses claires. La seule certitude est que la région est soumise à des pressions multiformes et que les Etats pourraient être dépassés par des jeux complexes.

Sans verser dans la théorie du complot, il ne faut pas oublier que l'existence des Etats dans leurs frontières actuelles n'est plus un dogme et que les temps sont aux remodelages, dans le sens du démembrement. A regarder cette région de près, qu'observe-t-on: un potentiel gigantesque en sous-sol (pétrole, gaz, uranium...) et un terrain propice pour faire jouer les dominos de la misère.

On peut spéculer à foison sur ces actes de déstabilisation, les pays qui sont visés et ceux qui sont curieusement épargnés - avec les mêmes populations et dans la même région -, se demander «à qui profite le crime», conjecturer sur l'éventualité d'une somalisation à l'échelle régionale. Les hypothèses sont ouvertes, mais il est évident que l'on doit revenir à une explication fondamentale: moins les Etats sont organisés dans le sens d'une intégration politique et économique de leurs populations et plus le champ des manoeuvres, terroristes ou barbouzardes, est large.

 

 

  Le Maghreb sur fond de lutte géopolitique  
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