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Paris-Bamako
Par : Mounir Boudjema, Liberté, 20 mars 2010
Que dire de Bamako qui, aidé par Paris et Washington, veut à tout prix obtenir le droit d’organiser un sommet sur le Sahel ? Il est vrai que les occidentaux veulent sauver le soldat ATT, mais il ne faut pas pousser le bouchon trop loin.
La réussite de la rencontre antiterroriste des sept pays du sahel à Alger n’a pas fait que des heureux. Si Bamako tient toujours à son sommet, Paris dit qu’il attend du concret. Ou comment saboter le consensus sahélien.
La France a réagi avec son habituel double langage. Si elle salue la tenue de cette rencontre qui vise à mettre en œuvre une stratégie commune de lutte contre l’Aqmi et aider une des régions les plus pauvres d’Afrique, elle dit attendre des actes et du concret. Une déclaration qui dresserait les cheveux à n’importe quel diplomate. Car il faut être sacrément présomptueux pour avancer de telles déclarations. Que veut dire Paris par du concret, alors qu’il vient faire la démonstration la plus honteuse de l’ingérence politique au Sahel ?
Il faut dire qu’en matière de “concret”, Paris sait y faire. Libérer un otage, faux humanitaire et vrai espion, en renflouant les caisses des salafistes de la région, en bafouant les règles de l’ONU. Forcer le président malien à libérer quatre terroristes qui sont demandés par leurs pays. Applaudir aux coups d’État au Niger pour préserver les gisements d’uranium d’Areva. Jouer aux marionnettistes au Tchad pour renflouer les rebellions locales. Déstabiliser le Soudan dans la région du Darfour. Tout cela est du concret à mettre au crédit des héritiers de la “FranceAfrique”. Alors, quand le Quai d’Orsay distille ce genre de commentaires, on s’enfonce dans le dédaigneux le plus cynique.
Que dire de Bamako qui, aidé par Paris et Washington, veut à tout prix obtenir le droit d’organiser un sommet sur le Sahel ? Il est vrai que les occidentaux veulent sauver le soldat ATT, mais il ne faut pas pousser le bouchon trop loin. Si le Mali, pays qui sert de base avancée de l’Aqmi au Sahel, abrite les camps d’entraînement des terroristes, sous-traite les cartels de la drogue et de contrebande les plus puissants de la région et opprime les Touareg qui n’ont rien demandé que de lutter contre le terrorisme, veut un sommet, pourquoi s’arrêter en si bon chemin ? Il n’y a qu’à inviter Droudkel à assister à ce sommet tout en sachant qu’il ne risque rien comme ses acolytes.
Plus sérieusement, il faut que l’axe Bamako-Paris arrête de prendre les pays sahéliens pour des États sans consistance et sans souveraineté. Les actes ne supposent pas seulement des engagements verbaux et creux sur la lutte contre le terrorisme.
M. B.
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Le Sahel sur fond de lutte géopolitique |