Retour sur la visite du chef des forces aériennes de l’Africom à Alger

Les non-dits de l’offensive américaine

Le Jeune Indépendant, 3 février 2010

Après le niet d’Alger sur l’implantation d’une base militaire de l’Africom sur son sol, les Américains veulent jouer dans l’axe du partenariat stratégique militaire. Un classique pour un compromis difficile à obtenir.
La visite en Algérie le 27 janvier dernier du chef des forces aériennes de l’Africom, le général-major Ronald D. Ladnier, revêt un caractère exceptionnel et déroutant à la fois. D’abord, le choix de la date qui n’est pas fortuit puisque cette visite de trois jours a coïncidé avec un évènement sportif de taille, l’Algérie devant affronter l’Egypte en demi-finale de la CAN 2010. Puis seuls quelques médias triés sur le volet ont été conviés à la conférence de presse du haut responsable militaire américain au siège de l’ambassade américaine. Ce qui montre que les Américains ont cherché à bien faire passer le message aux autorités algériennes sur les enjeux futurs de la coopération militaire en choisissant le timing approprié. Surtout après l’affaire des blacks-listés où l’Algérie n’a pas obtenu une réponse convaincante sur cette décision. Il apparaît, donc, que la visite du chef des forces aériennes de l’Africom, dont la base se trouve actuellement en Allemagne, est intrigante. Il aurait déclaré ouvertement qu’il est venu «chercher les voies et les moyens de renforcer la coopération en matière de défense».
Pour cela, il a évoqué la demande algérienne d’acheter des Hercule C130 J, qui sont utilisés pour le transport d’hommes de troupe. Il ne s’agit nullement donc de se procurer «un lourd matériel de guerre» que certains pays réclament à cor et à cri. Le responsable américain place ainsi sa visite comme un début prometteur des relations entre Alger et Washington en matière de défense. Ce qui laisse perplexe, c’est qu’il a déclaré, en fin diplomate : «Il n’y a aucun accord entre Alger et Washington pour le moment.» Alors, le général Ladnier estime qu’il faut «une vision stratégique» sur ce sujet et a exprimé son souhait «de s’assurer que tout le monde (les responsables militaires algériens, NDLR) est sur la même longueur d’onde au moment où les deux pays construisent un plan d’engagement pour l’avenir». Autrement dit, les Américains souhaiteraient créer un partenariat stratégique militaire où «il n’y aura aucune limite», selon l’expression du chef des forces aériennes de l’Africom qui, au demeurant, laisse un clair-obscur sur cette déclaration. Les Américains tentent-ils de se racheter vis-à-vis des Algériens sur l’embargo sur l’achat d’armes durant la période de la lutte contre le terrorisme ? Il est clair que ce forcing de Washington ne laisse aucun doute que l’Algérie devrait se placer dans le giron américain et mettre au frigo son «pacte stratégique militaire avec la Russie». Le moment était peut-être bien choisi, mais l’Algérie pourrait-elle sacrifier son partenariat historique avec le géant russe ? Il faut dire que l’Algérie reste attachée à la coopération militaire multilatérale sans ambiguïté et il serait difficile pour elle d’avoir une préférence pour un pays dans le jeu trouble actuel des grandes puissances et la configuration du monde selon le plan américain. Le dossier reste compliqué.
Sur le front de l’Africom, le niet d’Alger sur l’implantation d’une quelconque base militaire américaine sur son sol a été peut-être mal digérée par la puissance américaine. Aucun pays du Sahel n’a donné son quitus pour la présence américaine sur ce vaste territoire. S’ensuit une course pour s’ingérer dans ces contrées avec la dernière conférence de Madrid où les Européens veulent rivaliser avec les Américains en prétextant «aider au développement économique du Sahel». Pour ce faire, il reste la position inflexible de l’Algérie que les puissants doivent amener à des compromis. Ce qui reste difficile pour l’heure même si Américains et Européens tentent de «renouer sur le terrain économique» et de conquérir le charme «du pays pivot du Maghreb».
Fayçal Abdelghani

 
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