Méprise géographique ?

par Mohamed Zaâf, Le Jeune Indépendant, 16 avril 2007

On savait que les Américains étaient nuls en géographie mais d’ici à confondre entre Alger et Casablanca, il y a de quoi se taper la tête contre… la tour Eiffel. Comment un ambassadeur des Etats-Unis d’Amérique, la première puissance mondiale, peut-il caler devant une question à la portée du dernier de la classe des élèves d’Oussama Ben Laden, personnage désormais invisible et indétectable par les gadgets américains.

Nous promettre un autre feu d’artifice du côté de la Grande-Poste ou dans les parages de l’ex-Unique et nous tenir vainement en haleine, est-ce vraiment sérieux de la part d’un diplomate qui rempile à Alger ? Ou bien l’auteur du communiqué avait-il, au moment de sa rédaction, la nostalgie des années 1990 ? Car la fausse alerte a vite fait le tour du monde avec le résultat final que l’on sait.

Le poids du ridicule devenait plus lourd que celui de l’explosif utilisé le 11 avril. Un ridicule qui aurait pu être rigolo si la messe avait été dite dix jours avant le drame. Ce qui, cependant, est frappant c’est qu’à la veille du carnage de mercredi, Condoleeza Rice faisait une belle confidence sur l’avenir que les Etats-Unis se promettent en Afrique et, partant, dans notre région maghrébine.

L’Administration Bush a décidé de désigner un sous-secrétaire d’Etat adjoint pour s’occuper des aspects politiques du sous-commandement militaire du Pentagone baptisé Africom, annonçait-elle en même temps que la nomination d’un ambassadeur auprès de l’Union africaine.

Il est vrai que l’Afrique, dont les côtes ouest sont plus proches du continent américain que celles du Moyen-Orient, dégage une odeur toujours plus forte de pétrole. Evidemment, l’Africom sera là pour intervenir dans les affaires sécuritaires africaines lorsque le besoin s’en fera sentir.

Les «informations non confirmées» du diplomate devaient-elles nous aider à ressentir le besoin du demandeur affolé ? Car sa plaisanterie, deuxième du genre depuis qu’il a remis les pieds sur le sol algérien, commence à prendre, ni plus ni moins, les allures d’une entreprise subversive d’une grossièreté telle qu’il n’y a peut-être que lui à ne pas s’en rendre compte.

S’il n’y avait pas eu le précédent de l’avion, nous aurions pu nous forcer à croire que l’ambassade américaine s’est peut-être fait avoir en achetant une rumeur pour de l’information. Ce n’est cependant pas le cas. Et s’adonner à l’information informelle n’est certainement pas une exigence de l’OMC dans les transactions diplomatiques.

Même un journaliste débutant, aussi taré soit-il, n’oserait publier une «information non confirmée» d’une telle nuisance. «Ils nous prennent pour des canards sauvages», ruminait Zerhouni, surpris par les journalistes à se parler à lui-même.

Ailleurs, l’irritation indignée suscitée par l’intox diplomatique n’a pas été aussi voilée que celle du ministre de l’Intérieur. Le ministère des Affaires étrangères convoqua le chargé d’affaires de l’ambassade américaine pour une «ferme mise au point».

On lui expliqua que «les autorités algériennes tiennent l’annonce en question de fantaisiste et d’inacceptable» et on lui rappela l’obligation du respect scrupuleux de la souveraineté du pays d’accueil et du principe de non-ingérence dans ses affaires intérieures.

C’est clair, net, précis et c’est mesuré. Notre terrorisme nous suffit, nous n’avons nul besoin d’un autre en supplément ! D’autant que les Américains et El-Qaïda ne savent plus se séparer. M. Z. mohamed_zaaf@yahoo.fr.

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