Conférence ministérielle d’Alger contre le terrorisme

Éloigner toute ingérence dans la région du Sahel

El Watan, 18 mars 2010

La Conférence d’Alger sur la sécurité dans la région sahélo-saharienne tonne comme une alarme destinée à recadrer l’effort de lutte contre le terrorisme dans cet espace tant convoité. L’initiative algérienne d’inviter autour d’une même table les pays concernés par cet espace régional, théâtre d’un déploiement inquiétant du terrorisme, souligne la nécessité de conjuguer les efforts de tous autour d’un seul et même objectif. Après que des vicissitudes se soient installées entre voisins au sujet, notamment, de la libération des otages, la rencontre d’Alger a replacé dans leur contexte les objectifs d’une lutte efficace et surtout éloignée de toute ingérence extraterritoriale. La rencontre des états-majors militaires des pays du Sahel, en avril prochain, sera une nouvelle étape décisive pour confirmer l’option d’une lutte concertée et consensuelle.

Les représentants des sept pays participant à la réunion ministérielle consacrée à la situation dans la région sahélo-saharienne – Mali, Niger, Mauritanie, Tchad, Algérie, Burkina Faso et Libye – se sont mis d’accord sur une série de mesures politiques, sécuritaires et économiques à mettre en œuvre pour prévenir et lutter contre le terrorisme selon « une approche intégrée coordonnée et solidaire ». Les plus importantes, et surtout urgentes, ont trait au volet sécuritaire. Ainsi, les ministres se sont mis d’accord sur le principe de réunir leurs responsables de la lutte antiterroriste, ainsi que leurs chefs d’état-major des armées à Alger, « dans les meilleurs délais, en vue de dégager les voies et moyens de renforcement des échanges d’informations et d’évaluation et d’analyses en lien avec la menace terroriste et ses connexions ».

Dans ce cadre, ils ont « félicité » la décision de « rendre opérationnel » le conseil de leurs chefs d’état-major, issu de la réunion de Tamanrasset, en été 2009, qui, selon eux, est un outil important dans la lutte contre le terrorisme et « va contribuer à avoir une vision commune, tenant compte de l’évolution de la menace terroriste et de l’état de la situation socioéconomique de la région », mais aussi à « consolider et conforter la coopération régionale et donner une impulsion à la lutte antiterroriste ». En fait, il s’agit d’une véritable stratégie de lutte menée sur le plan d’abord national à travers « la responsabilité des Etats à mener une lutte efficace et globale contre le terrorisme », ainsi que sur le plan bilatéral par « le renforcement de la coopération en mettant en œuvre les mécanismes et accords bilatéraux », et au niveau régional, « à travers la promotion de la coopération régionale structurée, inclusive et de bonne foi ».

Enfin sur le plan international, « par la participation active à l’action internationale de lutte contre le terrorisme ». Pour les participants, la coopération bilatérale et régionale « constitue le seul cadre incontournable pour une lutte coordonnée, efficace, totale et sans concession contre le terrorisme et ses connexions ». Dans ce cadre, ils ont souligné « la primauté du principe de responsabilité des Etats de la région et leur appropriation de la prise en charge des problèmes et défis auxquels est confrontée la région sahélo-saharienne ». Une manière de rejeter toute idée d’intervention extrarégionale, brandie ces derniers jours par certaines puissances occidentales. Tout en félicitant l’adoption par la Conseil de sécurité de l’ONU d’une résolution incriminant le versement des rançons aux terroristes, ils ont rappelé la « nécessité pour tous les Etats de son application pleine et entière, et l’adoption de mesures répressives à l’égard des personnes et entités listées pour leurs liens supposés avec les activités terroristes ».

Faire adhérer les populations locales

Toujours sur le volet de la coopération, les ministres ont mis l’accent sur l’importance du renforcement des mécanismes d’assistance judiciaire mutuelle, « fondée sur les conventions judiciaires bilatérales existantes, les conventions régionales et internationales en lien avec le terrorisme, et la mise à profit au bénéfice de la lutte, les possibilités offertes en matière d’assistance technique par les mécanismes multilatéraux… » Sur le plan socioéconomique, les ministres ont mis l’accent sur l’importance de la réalisation des programmes de développement durable pour l’amélioration des conditions de vie des populations et leur réinsertion sociale et économique, notamment en direction des jeunes.

« Dans ce cadre, le renforcement de la coopération transfrontalière visant à améliorer les conditions de vie des populations ainsi que le soutien aux grands projets structurants à vocation régionale, constituent des domaines d’action prioritaires pour les Etats de la région. Les actions humanitaires pour faire face à des situations d’urgence ont été identifiées comme l’expression d’une solidarité régionale agissante ». Mieux encore, les participants à la conférence d’Alger ont estimé que les efforts de lutte contre le terrorisme et les autres formes de criminalité transfrontalière ainsi que ceux destinés au développement « nécessitent l’adhésion et la mobilisation des populations locales, dont la sécurité et la quiétude sont directement menacées et dont l’attachement séculaire à la stabilité et à la sécurité a toujours constitué un élément déterminant de la relation transfrontalière ». A ce titre, ils ont tenu à souligner le rôle significatif de ce patrimoine séculaire fait de tolérance et d’échanges, dans la préservation des populations des dangers des relents idéologiques du terrorisme.

Les ministres n’ont pas omis de revenir aux principes de la conférence ministérielle de Bamako, tenue en novembre 2008, en rappelant « sa validité et la pertinence » de ses conclusions, mais aussi « en confirmant le format de ce cadre de consultations et de coopération régionale ». De ce fait, ils n’ont pas manqué de relever l’importance de la tenue « dans les meilleurs délais de la conférence des chefs d’Etat sur la paix, la sécurité et le développement dans la région sahélo-saharienne à Bamako ». Par ailleurs, tout en réitérant « la ferme condamnation » de leurs pays respectifs du terrorisme, les ministres ont « affirmé avec force leur détermination à agir individuellement et collectivement pour éradiquer le terrorisme et redonner à la région sa vocation d’échanges, de paix, de stabilité et de coopération féconde ».

En conclusion, ils ont tous mis l’accent sur la nécessité de la mise en œuvre des mesures qu’ils ont adoptées, notamment celles relatives à la réunion à Alger, courant avril 2010, des chefs d’état-major et des responsables de la lutte antiterroriste.

Par Salima Tlemçani

 


Abdelkader Messahel : « Nous sommes dans une étape nouvelle »

L’Algérie est pour une démarche analogue à celle de la criminalisation de tout versement de rançon, pour interdire également tout échange de terroristes en contrepartie d’otages. »

C’est ce qu’a déclaré, mardi soir, Abdelkader Messahel, ministre délégué chargé des Affaires africaines et maghrébines, lors d’une conférence de presse. Il répondait ainsi à une question relative à la libération, par le Mali, de quatre terroristes – réclamés par l’Algérie et la Mauritanie – en contrepartie de celle d’un otage français. Selon le ministre, les participants à la conférence ont « condamné sans équivoque les prises d’otages et les paiements de rançons ». Il a expliqué que la rencontre était basée sur le triptyque « franchise-responsabilité-détermination ». « La franchise dans l’échange des points de vue en mettant sur la table nos forces et nos faiblesses face à la menace ; la responsabilité dans la lutte contre le terrorisme ; la détermination pour aboutir à un consensus total autour des préoccupations. »

Il a précisé que la conférence a permis d’évaluer la menace et de passer à l’action sur le terrain, au mois d’avril prochain, à travers la réunion, à Alger, des chefs d’état-major des armées des sept pays, ainsi que celle des responsables de la lutte antiterroriste. « Nous sommes dans une étape nouvelle qui implique l’ensemble des pays dans une stratégie d’action. L’accent a été mis sur la coopération régionale et le développement parce que nous partageons un espace commun avec des spécificités qui exigent des mesures urgentes. » Interrogé sur les déclarations de la France et des USA, à propos d’une éventuelle intervention militaire dans la région, le ministre a déclaré « avoir lu » ces informations dans la presse, « démenties après par les pays concernés ». Il a toutefois rappelé « un élément fondamental qui donne à la région la primauté de sa sécurité ».

Pour lui, ce ne sont pas les vulnérabilités de certains pays qui engendrent l’ingérence dans les affaires internes à la région, mais plutôt « l’absence de volonté » de coopérer dans la lutte. « De ce fait, nous sommes déterminés à renforcer la coopération bilatérale et régionale à travers les réunions imminentes des responsables de la lutte contre le terrorisme et des chefs des armées, pour rendre la région moins vulnérable. »

Seuls les pays concernés ont été réunis

A propos de la réaction du Maroc, regrettant son « exclusion » de la conférence, le ministre a tout simplement demandé à « bien revoir la carte géographique », précisant néanmoins : « Des pays ont demandé à prendre part à la conférence, mais la liste des participants a été arrêtée par les sept concernés. Nous sommes dans une nouvelle dynamique et les responsabilités incombent aux pays de la région. » Au sujet de l’avenir des autres initiatives mises en œuvre dans la région (comme le Pan Sahel des USA), M. Messahel n’a pas fermé les portes. « Nous partageons une vision commune et nos besoins sont axés sur la formation, l’équipement et le renseignement. Si les stratégies des uns et des autres s’inscrivent dans ce cadre, elles sont les bienvenues. » Interrogé sur la question des Touareg au nord du Mali, le ministre a déclaré qu’elle n’a pas été évoquée, précisant toutefois que l’Algérie « a toujours répondu aux sollicitations en ayant pour principe sacré la défense de l’unité territoriale du Mali ».

M. Messahel n’a pas voulu répondre à la question relative à l’état des relations algéro-maliennes après le rappel de l’ambassadeur d’Algérie à Bamako. Il a juste dit que « tous ces volets ont été abordés ». Il a par ailleurs insisté sur « l’implication » de la population dans la lutte contre le terrorisme, à travers le volet développement, qui « a pris une bonne partie des discussions ». L’Algérie, a-t-il affirmé, s’est engagée à financer un ensemble de projets dans les domaines des forages, de la santé et de la formation, notamment au nord du Mali, mais aussi au Niger. « De même qu’il a été décidé la réalisation de la route reliant Alger à Lagos, sur 4600 km, dont 4400 sont déjà achevés et les 220 autres, restants, nécessitent 182 millions de dollars, pour lesquels une réunion des bailleurs de fonds aura lieu au Niger prochainement pour trouver un montage financier. Autant d’actions concrètes qui vont permettre à la population de sortir de l’isolement et de la pauvreté », a conclu M. Messahel.

Par Salima Tlemçani


Des douaniers de l’Afrique de l’Ouest en formation

Contrer le trafic d’armes transfrontalier

Alors que l’atelier sur la formation en technique de lutte contre le financement du terrorisme au Afrique du Nord s’est achevé mardi, le Caert (Centre africain d’étude et de recherche sur le terrorisme) a abrité, hier, un autre atelier destiné au renforcement des capacités des pays de l’Afrique de l’Ouest (à l’exception de ceux exclus de l’Organisation africaine), dans le domaine des douanes, du contrôle transfrontalier et du trafic d’armes.

En fait, cette rencontre de trois jours servira de forum à la trentaine de participants, en majorité des douaniers venus du Bénin, du Burkina Faso, de la Gambie, du Ghana, du Liberia, de la Mauritanie, du Nigeria, du Sénégal, du Cap-Vert, du Sierra Leone, du Togo, de la Guinée, du Mali et du Niger. Financé par les gouvernements italien et allemand, l’atelier a regroupé également des experts de la Cédeao, d’Interpol, de la Commission européenne et du bureau de la présidence de l’Union africaine, tous des fournisseurs d’assistance technique qui vont aider les pays de la région à avoir une approche plus ciblée et régionale en matière de lutte contre les trafics transfrontaliers. Il permettra également d’identifier les besoins prioritaires des Etats en termes d’assistance technique. Selon Lyes Boukraâ, directeur par intérim du Caert, « cet atelier est le deuxième d’une série d’autres ayant pour objectif de débattre des besoins et s’il y a lieu d’établir un plan d’action à même d’y répondre ». « Le choix du thème lié aux trafics aux frontières, a t-il noté, est très important ». « Tous les Etats ont partiellement appliqué des mesures pour empêcher la circulation illégale des personnes aux frontières, cependant l’étendue des frontières maritimes et terrestres continuent de poser problème.

Ils ont tous pris des mesures pour réguler la production, la vente et le transfert des armes et des explosifs, mais la législation de contrôle en la matière ne prévoit pas de dispositions claires sur le courtage en armes et les courtiers, le transit des armes, ou les embargos du Conseil de sécurité sur les armes. Il est vrai aussi qu’à l’exception d’un seul, tous les pays ont appliqué le programme d’action des Nations unies pour combattre le commerce illicite des armes légères, mais en raison de la prospérité des frontières ainsi que les conflits armés, ils ont tous besoin de renforcer leurs capacités et programmes d’action… » Il a indiqué par ailleurs que « le manque de coopération interne aussi bien au niveau des politiques qu’au niveau opérationnel entrave l’application effective des mesures antiterroristes en matière de contrôle efficace des frontières. L’absence de moyens, notamment le manque de ressources techniques et financières, constitue également un problème dans ce domaine ». A ce titre, a-t-il ajouté, les pays de la région de l’Afrique de l’Ouest sont appelés « à renforcer la sécurité des frontières pour empêcher le passage illégal, le transport de devises, d’armes et d’explosifs par des personnes ou d’autres moyens de transport ». Pour sa part le colonel Cissé, chef du département des études, au niveau du Caert, a mis l’accent sur l’atelier, qui pour lui, constitue un « forum pour les douaniers de toute la région de l’Afrique de l’Ouest (…) Le terrorisme et les trafics d’armes constituent la plus importante des menaces qui pèsent sur le libre exercice des droits de l’homme et du développement. Il est opportun pour nous de réfléchir à des solutions adéquates et à élaborer des stratégies de lutte qui permettent de faire face à ces fléaux… »

Par Salima Tlemçani

 
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Le Sahel sur fond de lutte géopolitique  
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