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Les pays de la bande sahélo-saharienne en conclave
Les USA perdent l'initiative des opérations
El Watan, 20 octobre 2007
Les pays de la bande sahélo-saharienne viennent de reprendre
officiellement l'initiative dans le processus de sécurisation de la
sous-région, constamment dans la ligne de mire des Etats-Unis ces
dernières années.
En effet, le déplacement du ministre algérien des Affaires étrangères au
Mali, dans le cadre de la réunion de la grande commission mixte entre
les deux pays, a abouti, selon la presse malienne, à une décision
stratégique : l'organisation d'une rencontre des pays de la bande
sahélo-saharienne à Bamako. Ce rendez-vous, qui a été annoncé jeudi dans
la foulée des travaux de la commission mixte par le ministre malien des
Affaires étrangères, Moctar Ouane, marque en effet un changement de cap
de la part de Bamako, surtout dans la façon d'appréhender et de contrer
la menace terroriste dans la sous-région. Il n'est désormais plus
question de s'embarquer avec armes et bagages dans les contingents US
pour sécuriser les frontières de plus de 25 pays composant cet ensemble
géographique. Ces pays entendent prendre en charge, solidairement, la
sécurité de leur territoire. Une initiative qui s'apparente à un message
subliminal aux Etats-Unis qui ne désespèrent pas de pouvoir installer le
quartier général de l'Africom dans l'un des pays de la région. Mais
après plus de cinq mois de négociations, le Département d'Etat a échoué
à trouver un pays qui pourrait « héberger » les troupes nouveau-nées du
Pentagone en Afrique. Mis à part le Liberia qui s'est proposé
d'accueillir le QG de l'Africom, les pays sahariens se sont donné le mot
pour décliner les « avances » des Américains drapés de l'argument
commode et à la mode de la lutte contre la nébuleuse d'Al Qaïda. La
convocation de cette importante réunion des pays sahélo-sahariens « dans
un délai proche », comme l'a précisé le MAE du Mali, confirme la
nouvelle stratégie de ce pays à refuser les troupes américaines sur leur
territoire. C'est sans doute en désespoir de cause que le couple
Pentagone-Département d'Etat qui pilote le projet s'est résolu à
installer le QG à Stuttgart, en Allemagne, où est stationné le
commandement des forces américaines en Europe (Eucom). Bien que Condolezza Rice ait insisté en avril dernier à Washington dans une
conférence de presse qu'il n'était pas opérationnellement efficace ni
financièrement rentable de baser l'Africom en Europe, les stratèges US
ont dû le fixer au moins jusqu' à fin 2008 à Stuttgart devant le front
de refus qui s'est constitué dans la région subsaharienne.
Le lobbying d'Alger
Sans être partie prenante de cette entité sahélo-saharienne, l'Algérie
aura joué un rôle moteur dans la prise de conscience de ces pays quant
aux conséquences d'une présence militaire permanente des forces
américaines dans la région. Il n'est pas fortuit que la réunion
prochaine de la communauté des pays sahélo-sahariens soit annoncée au
terme de la visite du ministre algérien des Affaires étrangères au Mali.
Son homologue malien ne laisse aucun doute sur les conseils d'Alger à
Bamako. « Le Mali et l'Algérie ont renouvelé leur engagement visant à
faire de la région sahélo-saharienne un pôle de stabilité et de
développement », a-t-il en effet déclaré, précisant que « c'est dans
cette optique que s'inscrit l'initiative du président (malien) Amadou
Toumani Touré de réunir ici même, à Bamako, dans un délai proche, une
conférence sur la sécurité, la paix et le développement dans la région
sahélo-saharienne ». C'est une sorte de renvoi d'ascenseur pour «
l'appui constant de l'Algérie au Mali (...), son rôle constructif dans
la préservation de la paix dans les régions du nord du Mali, notamment à
travers son soutien à l'accord d'Alger signé avec les ex-rebelles
touareg en 2006 ». Dernièrement encore, l'Algérie a été pour beaucoup
dans l'arrêt des hostilités entre l'armée malienne et le chef rebelle
touareg de Kidal, Ibrahim Ag Bahanga, qui a rompu la trêve en août
dernier. Le fait aussi que durant son séjour à Bamako, M. Medelci soit
reçu en audience par Amadou Toumani Touré, et Modibo Sidibé,
respectivement Président et Premier ministre de la République du Mali
confirme que le « lobbying » algérien dans ce pays a payé. En clair, la
présence américaine dans cette région se limiterait au fameux « plan
pan-sahel » conçu par le Pentagone, la CIA et le Département d'Etat et
que les Marines devraient lever le camp à Stuttgart une fois les
opérations terminées comme cela avait été le cas lors du programme
Flintlock de 2005 pour lutter contre l'infiltration des éléments d'Al
Qaïda dans la sous région sahélo-saharienne.
Hassan Moali
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