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BOUTEFLIKA-DRS!
La confrontation?
Par Djamaledine Benchenouf, http://esperal2003.blogspot.com/, 22 avril 2007
Il serait intéressant de recueillir et d'analyser toutes les interventions sibyllines de ZERHOUNI, au cours de ces derniers mois, après chaque attentat attribué au GSPC. Il y fait part, à chaque fois, de son scepticisme sur l'origine des actions, voire des commanditaires et ne rate pas une occasion pour suggérer, dans un jargon d'initié qui désespère de se faire comprendre, qu'il y a anguille sous roche. C'est à peine s'il ne nous dit pas que c'est le DRS qui orchestre la violence islamiste et que les enjeux de cette lutte sourde sont à chercher ailleurs que dans les déclarations guerrières de ce qui reste du GSPC. Puis, peut être agacé par la tiédeur des médias, surtout étrangers, qui ne réagissent pas à ses demi-mots, il franchira le pas, déclarera ouvertement que les attentats du 11 avril sont des"manipulations, avant de planter la banderille sur la bête désignée et d'affirmer clairement que « ce n’est peut-être pas lié à des considérations politico-religieuses ». C'est on ne peut plus clair! C'est réellement l'annonce que le contexte actuel de duel à fleurets mouchetés entre le clan présidentiel et les généraux du DRS est entré dans une phase de confrontation décisive. D'autant que BELKHADEM, connu pourtant pour son excessive prudence, y est allé lui même de sa petite pierre en semant, mine de rien, des petites phrases qui laissent croire qu'il y a des choses pas très nettes dans ce regain de violence islamiste.
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Le président Bouteflika, pour ce qui le concerne, a choisi sa méthode habituelle pour s'exprimer sur la question. Il s'est muré dans un silence de plusieurs jours. Comme s'il boudait. Comme s'il se dérobait à une agression personnelle, en faisant le dos rond. A moins d'un empêchement majeur, aucun chef d'état, après un attentat d'une telle violence et qui risque de replonger le pays dans le chaos, ne se serait ainsi réfugié dans un tel silence radio. En agissant ainsi, BOUTEFLIKA, voulait accabler le DRS sans dire un mot. Comme si nous étions censés interpréter ses silences. Il faut savoir que les gens de la région de Nedroma, d'où est issu BOUTEFLIKA, pratiquent une vieille démarche andalouse qui s'appelle "el Ichara" pour exprimer leur pensée. Une sorte d'attitude faite de regards allusifs et de silence qui veut en dire long. Aux autres de comprendre, s'ils en sont capables. Le Président a-t-il réellement cherché à transmettre aux Algériens, par son retrait ostentatoire, un message sur la vraie nature des attentats qui les ont frappés? A-t-il voulu créer un climat de vide à un moment aussi crucial, pour créer un appel d'air et enflammer les relations entre la junte et les Algériens? Ou du moins accentuer les questionnements? Cela est d'autant plus plausible qu'il est sorti d'une réserve outrancière, presque provocatrice, pour lancer des attaques en règle quoique peu loquaces. En demandant au peuple de rester debout et de "bouger", il montre presque du doigt ceux qu'il désigne à la vindicte populaire. Comme s'il demandait à tous de faire une lecture de sa seule attitude et de ses allusions, en les plaquant sur les déclarations de OULD KABLIA, ZERHOUNI et les autres membres de son entourage. Il réinvente en plus subtil, l'appel de Chadli BENDJEDID au peuple à la veille d'octobre 1988. A la différence de celui-ci, qui s'est retrouvé piégé par la propre dynamique qu'il a voulu initier, qu'il a réussi à détourner à son profit les principaux relais d'agitation populaire. Il les a subtilisés à la junte. Ou du moins les trois principaux d'entre-eux: Le FLN, le poste de Chef du gouvernement et l'UGTA. Il faut se rappeler en effet que dans son fameux discours sur le boucher de quartier, Chadli BENDJEDID a voulu demander au peuple de le soutenir dans ses réformes contre les clans qu'il voulait réduire. Mais ceux là avaient malheureusement une vraie main mise sur le FLN et l'UGTA. Ils les ont utilisés pour le ramener à de "meilleurs sentiments". Mais les émeutes de 88 débordèrent des limites qui leur avaient été imparties et faillirent emporter tout ce beau monde.
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Le président BOUTEFLIKA, qui n'en demeure pas moins coincé dans ses mouvements, entre un DRS encore tout puissant et les appétits insatiables d'une frange politico-financière pour le trésor de la rente pétrolière, a réussi néanmoins à récupérer ces leviers particulièrement importants du Pouvoir. D'abord en ayant la haute main sur le FLN. Le parti le plus présent dans le pays. En y faisant circuler la consigne claire, quoique non dite, que l'allégeance à BOUTEFLIKA devait être inconditionnelle, pour prétendre accéder aux niveaux supérieurs du parti. Les récentes batailles pour les sièges à la députation ont confirmé le ras de marée des "légalistes" contre les "DRSistes".
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En évinçant OUYAHIA du poste de Chef du gouvernement, il a réussi la gageure de priver le DRS de sa façade et de ses moyens les plus importants, les plus indispensables. L'instrumentalisation de la violence mise à part. Cela n'a pas été chose facile et l'on peut imaginer ce que furent les luttes feutrées entre les uns et les autres pour ce poste avancé du pouvoir et de la rente. OUYAHIA, qui était assis sur le piédestal du dauphin était totalement acquis au DRS et représentait pour celui-ci une garantie pour l'avenir. Son limogeage, passé sous silence par la presse, du moins en ce qui concerne les vrais raisons qui le sous-tendent, a été un coup dur pour ses parrains, autant par la perte d'un levier qui fait accéder directement à une manne importante des richesses du pays que pour le signal fort que cela donnait à certains décideurs militaires, tentés de rejoindre le camp présidentiel. Et qui attendaient que le beurre émerge de la barrate.
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Enfin, en récupérant l'UGTA, à la faveur, entre autres occasions, de l'affaire Khalifa, BOUTEFLIKA a marqué un point décisif, car ce syndicat, malgré son impopularité grandissante, reste l'appareil le plus important pour la mobilisation des masses. On en a vu un échantillon lors des récentes marches de protestation contre les attentats du 11 avril et qui se sont transformées en plébiscite pour le Président. Des marches très encadrées et très limitées, parce que le régime sait que le mécontentement gronde et que des manifestations "spontanées" trop importantes ne pourraient pas être contenues. Il s'agissait surtout de faire passer un message aux hésitants, mais aussi d'éprouver la capacité et l'engagement des alliés. En prévision de ce qui ne manquera pas de se produire.
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Tout cela nous ramène à ce qui se passe dans le sein du régime. Le conflit larvé qui a toujours eu lieu entre les différents barons du régime, sans conséquence pour leur survie, est peut être en train de s'exacerber. La Mercedes bourrée de 500kg de TNT à Hydra, placée, dans la journée du 11 avril, à quelques mètres de la résidence de Larbi BELKHEIR, de Ali TOUNSI, mais aussi de l'ambassade du Danemark, qui n'a pas explosé et dont un "coup de fil anonyme" à la police a révélé l'existence, est certainement un coup de semonce au clan BOUTEFLIKA, un avertissement sérieux, même s'il est sans frais, que le DRS pourrait passer à la vitesse supérieure. Le fait que la presse, dans son ensemble, hormis un entrefilet d'el Khabar qui n'y est pas revenu, ait totalement ignoré cet étrange attentat "raté", montre combien les clans en présence continuent de disposer d'une vraie main mise sur l'information. Dans l'affaire de la Mercedes de Hydra, les deux clans ont donné instruction à leurs relais médiatiques respectifs de mettre en sourdine. Un clan a passé un message. L'autre l'a reçu. Les "partenaires" étrangers aussi. Cela devait s'arrêter là, pour le moment du moins.
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L'existence de la formidable rente qui a été amassée à la faveur de l'augmentation du prix des hydrocarbures, plus de cent milliards de dollars, avive les tensions et aiguise les appétits. L'équilibre des forces, qui était jusque là en faveur de quelques généraux du DRS, mais aussi des milliers de leurs clientèles et de leurs parentèles de nouveaux riches, oscille, sans basculer néanmoins, pour le moment, en faveur du clan du Président. Mais il y a loin de la louche à la cuiller.
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L'initiative est cependant passée d'un camp à un autre. La clameur publique qui a suivi l'affaire de l'ambassade américaine après les attentats du 11 avril et les attaques virulentes de certains journaux contre elle, comme l'incident diplomatique qui a eu lieu, procèdent de l'affrontement qui a lieu en ce moment entre les uns et les autres. Les Américains, alliés du DRS, et qui l'ont embrigadé dans leur politique de la "global war" surtout pour en faire un gardien vigilant, et néanmoins associé, de leurs intérêts croissants en Algérie et dans toute la région, adoptent, depuis la vigoureuse réaction du clan présidentiel, un profil bas, malgré les attaques virulentes dont ils ont été l'objet, pour des raisons, à l'évidence, très amplifiées. Pour les besoins de la cause. Les Américains, qui avaient tout misé sur le DRS, qui en avaient rencontré secrètement les chefs, qui ont intégré ceux-ci dans leur stratégie régionale, et qui, jusque là, ont été confortés dans leur choix, autant par les évènement que par l'efficacité de leurs nouveaux amis, se mettent à douter. Bouteflika serait-il donc capable de bouleverser la situation? Auraient ils surestimé les patrons du DRS? Wait and see, donc!
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Les choses en sont donc à ce stade! Elles n'en seraient pas arrivées là s'il n'y avait en jeu le formidable trésor de la rente pétrolière qui attend d'être dépecé. Comme l'appétit vient en mangeant, ceux qui ont jusque là pillé le pays sans vergogne, découvrent que tout ce qu'ils pu voler n'est rien, comparé à ce qui pourrait leur glisser entre les pattes. La recomposition politique ne leur est plus favorable, en l'état des choses. La nouvelle donne de la présence américaine accrue dans le pays, procède de la même approche, puisque les plus grandes sociétés pétrolières américaines, dont la présence était relativement timide en Algérie, se bousculent au portillon. L'autre donne, et non des moindres, est l'existence en réseaux dormants d'un formidable potentiel terroriste entre les mains du DRS, dans une société où des millions de personnes vivent dans des conditions atroces de dénuement et de détresse. Où la manipulation de la violence reste donc relativement aisée.
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En tous les cas, il n'y a pas de doute que les évènements vont se précipiter. Un nouveau rapport des forces va se dessiner. Des acteurs nouveaux vont entrer en lice. Mais le grand absent dans cette lutte décisive sera le peuple algérien. Tout se jouera autour de lui, en son nom mais sans lui!
D.B
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Le Maghreb sur fond de lutte géopolitique |