La connexion d’AQMI avec Boco Haram met le monde en alerte

El Watan, 18 novembre 2011

Le Forum global de lutte contre le terrorisme, qui s’est achevé hier à Alger, aura permis de recentrer les débats sur les défis sécuritaires – et politiques – de la région sahélienne : des connexions entre groupes armés de plusieurs pays au déferlement d’armements libyens.

La circulation massive des armes en provenance de Libye et la connexion désormais avérée entre Al Qaîda au Maghreb islamique, le groupe nigérian Boco Haram et les Shebab somaliens inquiètent lourdement la communauté internationale au point de devenir un centre d’intérêt de tous les services de sécurité des grandes puissances. Ainsi, les experts du groupe de travail sur le Sahel, dépendant du Forum global de lutte contre le terrorisme (FGLCT), ainsi que ceux des 30 pays qui l’ont fondé, ont exprimé leur «préoccupation» face à la situation qui prévaut dans l’espace sahélo-saharien, notamment depuis qu’une partie des armes libyennes sont arrivées entre les mains d’AQMI.

Alarme

Cette organisation, qui finance ses activités grâce aux rançons (versées en contrepartie de la libération des otages), vient de déclencher l’alarme en s’alliant avec le groupe Boco Haram du Nigeria, un pays qui pèse lourd sur le marché mondial du pétrole. Dans le document diffusé par le FGLCT, il est relevé qu’AQMI «tente d’exploiter les faiblesses structurelles de certains pays de la région pour se sanctuariser en multipliant ses capacités à effectuer des prises d’otages et à mener des attaques contre les pays de l’espace». Le FGCT estime que la menace touche aujourd’hui plusieurs pays de la zone.

Il cite le premier cercle constitué du Mali, du Niger, de la Mauritanie et de l’Algérie, suivi du deuxième cercle plus élargi, et qui concerne le Burkina Faso, la Guinée, le Sénégal, le Tchad, le Maroc et le Nigeria. Un axe qui peut se prolonger jusqu’au Yémen puis continuer sa route jusqu’en Afghanistan. L’enjeu n’est pas moindre. Ce qui explique la prise de conscience des puissants de ce monde. Mais ces derniers savent que la guerre contre le terrorisme ne se gagne pas uniquement avec le fusil.

Lacunes

Elle doit être accompagnée d’une lutte contre le sous-développement, la misère, l’exclusion et le déni de droit. Pour cela, les Etats membres fondateurs du Forum ont appelé à la promotion de la coopération régionale et internationale, et à la mise en place d’un mécanisme qui permettra aux experts du terrain de se rencontrer et d’échanger leurs expériences et leurs informations afin de mieux combler leurs lacunes et de renforcer leurs capacités de riposte. C’est en fait autour de ces principes que la première réunion technique du groupe Sahel, coprésidée par l’Algérie et le Canada, a eu lieu à Alger en présence de 150 experts venus de 29 pays, de l’Union européenne, de l’ONU et des ONG régionales et internationales.

Tenus à huis clos, ces travaux ont permis aux participants de discuter de cinq domaines définis par le FGLCT, lors de sa création le 21 septembre dernier à New York. Il s’agit du renforcement de la sécurité frontalière, la coopération entre les services de police, la lutte contre le financement du terrorisme, le renforcement juridique et judiciaire ainsi que les engagements communautaires. Des mesures concrètes devaient être adoptées en fin de journée à la clôture de l’atelier.

Le nombre d’armes qui ont quitté la Libye en question

«La Grande-Bretagne soutient la position de l’Algérie sur la nécessité de criminaliser le paiement des rançons et l’appuie fermement dans sa campagne», a déclaré le général-major, Robin Searby, conseiller du Premier ministre britannique chargé de la lutte contre le terrorisme en Afrique du Nord et au Sahel. Intervenant en marge des travaux de la première journée de l’atelier technique du groupe Sahel sur le renforcement des capacités de riposte, le responsable a indiqué que son pays «plaide aux côtés de l’Algérie au sein des Nation unies, pour faire en sorte que le paiement des rançons soit illégal. Nous sommes en train de convaincre d’autres pays à adhérer à cette proposition».

Sur sa participation à l’atelier, le général-major a répondu : «Nous avons pris part à cette réunion d’abord pour analyser la menace terroriste à laquelle fait face le monde et débattre des aspects définis par le Forum liés à la sécurité des frontières, le financement du terrorisme et la coopération judiciaire. Nous avons une très bonne expertise en matière de financement du terrorisme et nous coopérons avec l’Algérie dans ce domaine.»

Interrogé sur les armes qui ont quitté la Libye, le responsable a reconnu qu’«il y a une prolifération mais, a-t-il précisé, nous ne connaissons pas leur quantité. Ceci ne veut pas dire que nous n’avons pas de bons renseignements. Il faut juste du temps pour que les choses deviennent claires, parce que des armes avaient été achetées par le régime d’El Gueddafi de manière illégale, ce qui rend difficile tout recensement ou inventaire de l’arsenal volé».

Pour Rezag Bara, il faut associer les civils à la lutte antiterroriste

Approfondir les capacités de tous les Etats dans la lutte contre le terrorisme dans un cadre civil. L’objectif est que les services de justice, de police, les douanes, tous ceux qui suivent les questions de financement du terrorisme, de sécurité frontalière, l’implication de la société civile et des communautés, puissent être impliqués dans cette action.

C’est ce qu’a déclaré mercredi Rezag Bara, coordinateur interministériel de la lutte contre le terrorisme et conseiller du président, en marge des travaux de l’atelier technique sur le Sahel. Il a jouté : «Nous avons toujours dit que l’aspect militaire et sécuritaire dans la lutte est très important, mais il doit être accompagné par l’aspect développement de la gouvernance et des capacités civiles des Etats afin de mieux répondre à la menace et à son évolution.»

Selon Rezag Bara, «la situation de la région du Sahel est de plus en plus très préoccupante à cause de la prolifération des armes en provenance de Libye et le recours à la prise d’otages humanitaires et de ressortissants étrangers par les groupes terroristes».

Salima Tlemçani

 
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Le Sahel sur fond de lutte géopolitique  
www.algeria-watch.org