Alger appuie Bamako

El Watan, 15 février 2010

L’Algérie appuie la position malienne refusant de relaxer des prisonniers en échange de la libération de l’otage français Pierre Camatte, détenu par la branche d’Al Qaîda au Maghreb islamique (AQMI).

Le soutien d’Alger au refus de céder au chantage des terroristes a été souligné, hier, par une source de la présidence malienne citée par l’AFP qui indique que « l’Algérie non seulement soutient notre position de ne pas libérer les terroristes qui sont en prison au Mali, mais nos amis algériens nous ont également fourni de la documentation juridique sur le sujet ».

Cette juxtaposition algérienne aux côtés du Mali réchauffe quelque peu les relations entre les deux pays voisins, pas toujours d’accord sur la manière d’entreprendre la lutte contre l’insécurité dans la région du Sahel. « Il y a eu des malentendus. Mais avec le soutien clair de l’Algérie au Mali dans sa position de ne pas libérer des terroristes, je voudrais souligner qu’il y a une embellie que nous, Maliens, voulons consolider », précise la même source malienne. Après la campagne pour l’interdiction du paiement des rançons pour la libération des otages, l’Algérie apporte aujourd’hui de l’eau à son moulin en rejetant un traitement autre que celui de la force avec les bandes terroristes transformant la région du Sahel en une zone interdite et à haut risque.

Les frictions qui ont émaillé les relations algéro-maliennes avaient trait, pour rappel, à la persistance de la partie malienne à ignorer l’appui à la lutte contre le terrorisme que peuvent apporter les populations touareg dans la région. L’Algérie a maintes fois plaidé pour un axe de lutte basé sur le développement économique de la région, le règlement du conflit touareg dans certaines régions du Sahel et l’intransigeance à l’égard des bandes terroristes. Aujourd’hui, le consensus algéro-malien rétablit sur son chemin la coopération bilatérale pour combattre le terrorisme dans la bande sahélo-saharienne et évince des ambitions occidentales de gérer cette lutte à distance.

La visite, samedi à Bamako, d’une délégation d’émissaires français conduite par le chef de la diplomatie, Bernard Kouchner, et le secrétaire général de l’Elysée, n’a pas eu l’effet escompté par Paris et le Mali a préféré camper sur sa position. « Nous vivons dans un environnement international où il y a des règles en matière de sécurité, de lutte contre le terrorisme. Il faut les respecter. C’est ce que fait le Mali en refusant de libérer des terroristes. Nous l’avons expliqué à nos amis français », souligne la source citée par l’agence française. Bernard Kouchner, qui n’en est pas à sa première visite dans la capitale malienne pour convaincre ses interlocuteurs d’accepter le chantage d’AQMI en vue de la libération de Pierre Camatte, repart ainsi encore une fois bredouille.

Aqmi, qui a enlevé le ressortissant français le 26 novembre 2009, a fixé un ultimatum aux autorités maliennes au 20 février pour libérer quatre de ses membres arrêtés et détenus dans les geôles maliennes, et ce, afin d’éviter l’exécution de l’otage Pierre Camatte. Trois autres otages espagnols et deux italiens sont entre les mains d’AQMI.

Par Nadjia Bouaricha

  Le Sahel sur fond de lutte géopolitique  
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