De quoi accouchera Addis-Abeba ?

de Mohamed Zaâf, Le Jeune Indépendant, 4 septembre 2008

Les Nations unies, l’Union africaine et la Ligue arabe devaient entamer, aujourd’hui à Addis-Abeba, une réunion de coordination consacrée à l’examen de la situation en Mauritanie où la communauté internationale exige un retour à la légalité constitutionnelle après le putsch qui déposât le président Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi le 6 août dernier.
Loin de s’améliorer, la situation semble au contraire prédisposée à se compliquer davantage puisqu’au lieu de satisfaire les vœux de la communauté internationale, la junte putschiste se contentât de former un gouvernement. Sans même répondre aux exigences formulées par les forces politiques nationales quant à un agenda clair fixant l’échéance présidentielle mais aussi à un engagement ferme d’inégibilité des militaires. A l’avant-garde des capitales hostiles, Washington et Paris ont été promptes à déclarer «illégitime» un gouvernement que beaucoup de partis politiques mauritaniens décidaient de ne pas rejoindre. Des réactions qui venaient dans la foulée d’un durcissement international que seul le Maroc n’avait pas rejoint. Rabat est en effet la seule capitale à avoir observé comme Tel-Aviv le silence sur le coup d’Etat mauritanien. Il est vrai que les spécialistes de la scène mauritanienne ont révélé en son temps que plusieurs membres de la nouvelle équipe gouvernementale mauritanienne avaient reçu leur formation au Maroc. Cela n’empêche pas qu’aujourd’hui les putchistes se trouvent bel et bien devant un problème de légitimité en plus d’un certain isolement et autres sanctions économiques brandies par l’Occident. Le refus des partis influents d’intégrer le gouvernement alors qu’une cinquantaine de communes mauritaniennes rejettent toute idée de collaboration avec le gouvernement «illégal» laisse penser que la stabilité du pays est exposée et que les difficultés cognent à la porte. D’où les fortes appréhensions des politiques mauritaniens pris en eau entre leur refus du coup d’Etat et leur rejet d’une ingérence étrangère aux conséquences indésirables. D’où la nouvelle tendance qui se fait timidement jour en faveur d’un dialogue national qui regrouperait partisans et adversaires du putsch pour voir comment s’entendre sur une formule de sortie de crise. Un préalable : le Président déposé doit être libéré. «Il faut instaurer le débat entre toutes les forces politiques et avec l’armée pour aboutir à un compromis où le Président serait libéré et se libérerait lui-même de la situation (en démissionnant, NDLR).» L’ancien chef de la junte militaire Ely Ould Mohamed Vall, qui avait remis le pouvoir en 2007 au Président élu, mais qui ne s’est pas prononcé sur le putsch dirigé par son cousin au début du mois d’août, est récemment revenu à Nouakchott pour, dit-on de source mauritanienne, «observer la scène politique conjoncturelle». Une capitale mauritanienne qui cumule les coups d’Etat et que la secrétaire d’Etat américaine Condoleeza Rice a éliminée de la tournée d’adieu qu’elle devait entamer aujourd’hui dans les pays du Maghreb. M. Z.

 
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