Noureddine Zerhouni dans les colonnes d'Asharq Al-Awsat

Les 5+5, le Maghreb et l'amnistie générale

Le Quotidien d'Oran,  25 décembre 2004

Dans le volet relatif à la sécurité, les 5+5 peuvent conférer une valeur géostratégique indéniable à la Méditerranée occidentale. Ce point de vue a été défendu et développé par Noureddine Zerhouni lors d'un entretien qu'il a accordé à Paris au journal londonien Asharq Al-Awsat.

Dans cet article publié hier, le ministre de l'Intérieur esquisse un bilan positif du sommet parisien des 5+5, consacré pour la première fois aux questions de défense et de sécurité. A ce regroupement euro-méditerranéen, il prédit des perspectives ambitieuses pour peu, a-t-il dit, que les 10 pays concernés «s'y engagent avec conviction et sincérité».

Selon lui, cette précision vaut surtout pour la partie européenne à qui il demande d'assumer jusqu'au bout le principe de la globalité dans la gestion des enjeux sécuritaires posés à la région. En tenant compte des avis exprimés par la rive sud de la Méditerranée, en n'oubliant pas qu'ils travaillent avec des Etats «souverains» et «comptables devant leurs opinions» de ces questions.

M. Zerhouni estime que les échanges bilatéraux dans le domaine du renseignement, de l'antiterrorisme, de l'antigang et dans le domaine de la sécurité civile sont aujourd'hui très importants, mais qu'ils gagneraient en épaisseur s'ils sont appréhendés dans une logique multilatérale: celle des 5+5 en l'occurrence. Cet espace est susceptible, d'après lui, d'abriter une stratégie collective pour laquelle il préconise d'ores et déjà une «distribution des rôles» de façon à rendre optimale la coopération dans les domaines de défense et de sécurité. L'enjeu principal, selon lui, est de sécuriser la région et lui donner le poids géostratégique qu'elle mérite en exploitant toutes les synergies en jeu actuellement sur le plan bilatéral.

Dans cette logique, et en réponse à une question sur les relations entre Alger et Paris, Noureddine Zerhouni a estimé que l'excellence des relations entre l'Algérie et la France constituent un atout pour donner aux 5+5 leur véritable portée géopolitique et géostratégique et pour concrétiser l'objectif d'une Méditerranée occidentale construite sur le partage et la solidarité entre les Etats. Les chances, a-t-il poursuivi, sont telles que les vieilles blessures sont en voie de guérison et que les questions telles que celles des harkis et des pieds-noirs seront bientôt dépassées par le temps et reléguées à un second rang, dès lors que les vrais enjeux sont dans l'émergence d'une zone économiquement prospère et solidaire contre les menaces éventuelles. Le traité d'amitié qui sera signé en 2005, ou au plus tard en 2006, a-t-il déclaré, constitue à la fois un aboutissement et le point de départ d'une coopération que l'Algérie et la France veulent ambitieuse.

Avec le Maroc, les choses évoluent positivement, a affirmé M. Zerhouni.

Ces trois dernières années, a-t-il confié, ont permis aux deux pays d'aboutir à un convergence de points de vue sur le terrorisme et à développer un échange important dans le domaine du renseignement. Selon le ministre de l'Intérieur, la question du Sahara n'a pas l'impact que l'on croit sur les relations entre Alger et Rabat. Le travail en commun entre les deux capitales sur les grands dossiers - dont celui des frontières - progresse bien et devrait concrétiser bientôt. Le ministre de l'Intérieur ne donne pas de date mais délivre un optimisme qu'il exprime en mettant en avant la coopération «importante» qu'ont les deux pays dans la prévention contre les catastrophes naturelles et dans la lutte anti-acridienne.

A propos des Etats-Unis, Noureddine Zerhouni a déclaré que les relations avec ce pays sont excellentes et qu'elles découlent de la vision pragmatique de l'Algérie à tenir compte des équilibres en vigueur dans le monde.

Au chapitre national, le ministre de l'Intérieur a considéré que le terrorisme en Algérie est désormais une page du passé. «Il y avait quelque 600 individus encore en armes il y a quelques années, mais leur nombre a considérablement diminué», a-t-il précisé. En ce qui concerne l'amnistie, seul un vrai consensus national, a déclaré M. Zerhouni, peut garantir son succès. Le principe est désormais posé. C'est aux forces politiques dans le pays de l'accepter ou de le refuser, a-t-il conclu.

Kader Hannachi

 

   
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