RÉUNION des 5+5

Le coup de gueule de Zerhouni

Par Samia Lokmane, Liberté, 22 décembre 2004

Le ministre de l'Intérieur répliquait au ministre portugais qui désignait les pays du sud du doigt.

Le détournement de l'Airbus d'Air France à l'aéroport Houari-Boumediene, en décembre 1994, hante encore l'esprit des autorités françaises. À l'époque, l'Élysée voulait envoyer son GIGN à Alger afin de délivrer les otages. Or, cette ingérence n'était pas du goût de l'État algérien qui avait refusé catégoriquement l'intervention des soldats d'élite de l'Hexagone sur son sol.
Dix ans après, le sacro-saint principe de souveraineté nationale est mis en réserve au profit d'une coopération régionale déterminante face à la menace persistante du terrorisme aérien, raffermie par les attentats du 11 septembre 2001 aux États-Unis. Le plan d'action ayant couronné la réunion des dix ministres de la défense des deux rives de la Méditerranée occidentale, hier à Paris, révèle l'engagement des armées de la région à faire front commun en cas de drame de cette nature. "Le traitement national et souverain du terrorisme aérien gagnerait à s'appuyer sur une coopération régionale facilitant l'anticipation nécessaire à la prise de décision", souligne le texte adopté par les hôtes de Michèle Alliot-Marie.
Pour l'heure, "l'échange d'informations entre les centres militaires" est l'unique action retenue afin "de contribuer à réduire le risque et les dommages consécutifs au terrorisme aérien". Il est prévu que le rendez-vous de Paris se renouvelle, annuellement, pour permettre aux différents ministres d'évaluer les résultats de leur coopération dans ce domaine, mais également au chapitre de la sécurité maritime. Le contrôle de la sphère marine vise à  "réduire les risques d'un usage frauduleux de la liberté de navigation qui fonde le droit maritime, et notamment l'utilisation des océans à des fins terroristes mais aussi l'exploitation illégale des zones de pêche, le transport de grandes quantités de drogue ou d'autres trafics illégaux". La protection du bassin méditerranéen prend en compte d'autres impératifs tels que la lutte contre la pollution et le naufrage de bateaux. "L'efficacité de la surveillance maritime suppose le partage, à temps et en continu, d'une information fiable afin de mettre en place les  mesures appropriées, notamment en termes d'assistance de la part des pays voisins de la zone sinistrée", souligne le plan d'action.
Les engagements pris devront trouver un terrain d'application dès 2005. Un comité directeur se réunira, deux fois par an, pour superviser l'avancement du plan d'action.  Dans une déclaration à la presse à l'issue de la table ronde tenue avec ses homologues, la ministre française de la défense a mis en évidence l'importance de cette rencontre, "la première du genre qui va permettre de relever un certain nombre de défis, comme la lutte contre le terrorisme, les trafics divers, la grande criminalité, les catastrophes écologiques ou naturelles".
Du côté algérien, le ministre de l'intérieur et des collectivités locales, Noureddine Yazid Zerhouni, s'est félicité d'une telle initiative tout en précisant que les fléaux combattus, comme le terrorisme, la drogue et le grand banditisme ne sont pas uniquement l'apanage des pays de la rive sud de la Méditerranée. Répliquant à son homologue du Portugal, Paulo Portas, Zerhouni - cité par l'AFP - a indiqué : "Notre ami du Portugal a parlé des menaces venant du sud, c'est peut-être un peu excessif. Les menaces viennent également du cour de l'Europe (.) Nous devons nous engager dans cette coopération en toute confiance et sans aucun tabou." Paulo Portas avait déclaré qu'il était important pour l'Union européenne de poursuivre son élargissement vers l'est et vers le nord, mais "les menaces et le cour de notre sécurité se jouent aussi au sud". Il est à rappeler que le ministre de l'intérieur représentait le chef de l'État, ministre de la défense, à la rencontre du Groupe des 5+5.

 

   
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