Sauver les apparences

par K. Selim, Le Quotidien d'Oran, 5 mars 2008

L'Union méditerranéenne (UM) est morte dans l'oeuf, vive l'Union pour la Méditerranée (UPM) !

Dans le plus pur style des faux évènements heureux, Paris et Berlin ont le bonheur de vous annoncer qu'ils s'entendent à nouveau et qu'ils ont conclu un «compromis». La teneur du compromis n'est pas connue. Il sera dévoilé le 13 mars prochain lors du Conseil européen de Bruxelles. Ce sera même une proposition «commune».

A Hanovre, Angela Merkel et Nicolas Sarkozy se sont rencontrés et se sont entendus: au lieu de parler d'un enterrement, faisons semblant de parler d'une naissance. L'art de la diplomatie n'est-il pas de savoir sauver les apparences ? Mais cela n'empêchera pas de constater qu'au-delà de ces apparences, Mme Angela Merkel a définitivement imposé ses vues à Nicolas Sarkozy. La nouvelle appellation, Union pour la Méditerranée, sert à ménager le président français et à masquer, autant que faire se peut, que son projet de «civilisation» a été bel et bien enterré.

D'ailleurs, on le dit aussi expressément: l'Union pour la Méditerranée, c'est le processus de Barcelone. A la limite, un «fortifiant» pour Barcelone, mais pas «autre chose». Les Allemands n'entendaient pas qu'il en soit autrement. Pour eux, il était hors de question qu'une Europe méditerranéenne puisse se constituer à l'intérieur de l'Europe pour mener sa propre politique et s'ériger en contre-pouvoir au sein de l'UE. C'est donc un projet «diviseur», selon eux.

A cela s'ajoute le soupçon, exprimé il est vrai avec un certain tact, que l'Union méditerranéenne (UM) va servir à grappiller les fonds communautaires, alors que l'Europe n'en est pas partie prenante. L'UM, vue d'Allemagne, devenait une sorte de «Françafrique» méditerranéenne dispendieuse. Exit donc l'UM et bienvenue à l'UPM !

C'est quoi l'UPM ? Une vieille chose qui s'appelle le processus de Barcelone, dans lequel les 27 Etats européens participent. Mme Angela Merkel vient de contraindre le président français à faire une sévère révision de la géographie: le nord de la Méditerranée, ce n'est pas la France, l'Italie et l'Espagne, mais l'Europe tout entière. Elle l'a fait avec suffisamment de fermeté pour contraindre Paris à chercher le compromis qui sauve les meubles. On a bien enterré le projet, tout en essayant de suggérer que l'idée existe toujours, qu'elle n'est plus française mais européenne. Cette européanisation ne se fonde pas sur du neuf mais sur du vieux, sur l'existant, même s'il laisse à désirer.

Le «compromis» montre aussi qu'il est difficile dans une Union européenne qui a déjà fait du chemin, de faire des choses sans concertation préalable avec les partenaires. La manière de faire de Sarkozy, qui consiste à annoncer des choses et à les faire avaliser par la suite, vient de rencontrer cette réalité européenne... Et aussi le poids déterminant de l'Allemagne.

 
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Algérie, chasse gardée de la France  
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