ALGERIE-FRANCE

Le traité d’amitié sera prêt en 2005

Le Quotidien d'Oran, 14 juillet 2004

Le traité d’amitié franco-algérien sera prêt l’an prochain, en 2005. En guise de prélude, et pour couronner la première visite officielle du chef de la diplomatie française Michel Barnier, Alger et Paris ont signé hier quatre accords de coopération.

Le premier, qualifié «d’important» par M. Barnier, porte sur la création à Alger d’une Ecole supérieure algérienne des affaires dont les diplômes seront reconnus en France. Deux autres concernent la coopération scientifique et technique dans les domaines des ressources en eau et du risque sismique, tandis que le quatrième a été signé sur l’inventaire et la datation des peintures et gravures de l’art rupestre saharien. Afin de mettre en oeuvre la déclaration d’Alger et pour mieux préparer les dossiers constitutifs du traité, le gouvernement français, a déclaré M. Barnier, est «mobilisé».

Le ministre de l’Economie et des Finances, Nicolas Sarkozy, sera de retour le 27 juillet. Ses collègues de l’Intérieur, de l’Education et de la Culture viendront prochainement pour étudier et préparer les dossiers constitutifs de ce traité. Selon le numéro 1 du Quai d’Orsay, qui a, conjointement, animé, hier, avec son homologue algérien une conférence de presse à Djenane El Mithaq, ce traité «portera sur la coopération bilatérale, sur la dimension euro-méditerranéenne» [des relations franco-algériennes], sur le travail de mémoire qui est engagé, en même temps que sur les questions de défense et de sécurité. L’acceptation du président de la République de se rendre à bord du porte-avions Charles-de-Gaulle, en août prochain, revêt, à propos du dossier de la défense, un caractère hautement symbolique. Même s’il s’inscrit dans le cadre des festivités commémoratives du débarquement allié durant la Seconde Guerre mondiale, c’est une initiative qui n’est tout de même pas banale. «C’est un geste qui nous touche beaucoup», a déclaré Michel Barnier à ce sujet. Mais l’avenir d’une coopération dans ce domaine dépendra certainement des résultats du voyage de la ministre de la Défense, Madame Michèle Alliot-Marie, le 16 juillet. Le succès ou l’échec de son séjour de deux jours aura un impact certain. Non pas tant par sa valeur symbolique: c’est la première fois depuis 1962 qu’un chef des armées françaises foule le sol algérien. Mais surtout par sa valeur stratégique et politique.

Un rapprochement militaire entre l’Algérie et la France aura des implications géopolitiques certaines au Maghreb et en Méditerranée. Leur proximité géographique et les rapports qu’elles entretiendront dans le cadre de l’OTAN - une Alliance qui reconnaît désormais à notre pays le statut de partenaire - finiront par reconfigurer certaines lignes de force actuellement en vigueur. Sur le plan politique, un dialogue entre les armées algériennes et françaises aura un effet salvateur et mobilisateur pour le processus de «refondation». Mieux que n’importe quel autre dossier de coopération, il permettra aux deux parties d’affronter leur histoire commune, sa tragédie, et la débarrasser des tabous qui compliquent encore le présent. Hier, Michel Barnier a semblé incarner jusqu’à la caricature le rôle du démineur.

«Oui, nous avons évoqué la question des Harkis et de la possibilité pour certains d’entre eux de revoir l’Algérie», a-t-il dit du bout des lèvres, mais sans donner de détails. «Nous encourageons un dialogue direct entre Alger et Rabat» sur le Sahara Occidental, mais loin de nous l’idée «d’une tutelle» ou d’une «pression», a-t-il ajouté. Quant à la presse algérienne, il la «connaît mal» encore pour s’autoriser un point de vue sur ses difficultés relationnelles avec le pouvoir.

Noureddine Azzouz

 

 
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