Michèle Alliot-Marie «tourne une page» en Algérie

La France devrait coopérer militairement avec le régime algérien.


Par Jean-Dominique Merchet, Libération, 19 juillet 2004


Cinq heures d'entretiens «cordiaux» avec le président Bouteflika, mais pas de Marseillaise pour la prise d'armes au quartier général de l'armée. Un petit bain de foule dans l'ex-rue Michelet (aujourd'hui rue Didouche-Mourad), mais pas de rendez-vous avec le grand patron de l'armée, le général Lamari, officiellement «en congés». La visite officielle de Michèle Alliot-Marie ce week-end en Algérie ­ la première d'un ministre français de la Défense depuis l'indépendance en 1962 ­ a montré toute la complexité des relations entre les deux pays.

Depuis la visite de Jacques Chirac à Alger, en mars 2003, ces relations se sont nettement améliorées, au point d'envisager la signature, dès l'an prochain, d'un «traité d'amitié». Si MAM a passé deux jours à Alger, c'est pour décliner les aspects militaires de ce qu'elle qualifie de «partenariat d'exception». Avec la coopération militaire, «le dernier tabou est brisé» constatait le quotidien El Watan, alors que la ministre française se réjouissait de voir «une page se tourner».

Celle qui s'ouvre reste bien vague. Un «accord-cadre de coopération militaire» pourrait être signé «dès l'automne» assure la ministre, même si la partie algérienne semble moins déterminée à aller aussi vite. Cet accord permettrait d'organiser les échanges entre les deux pays dans plusieurs domaines, comme le renseignement, les ventes d'armes ou la formation des troupes. Il pourrait s'inscrire dans un cadre plus large que les diplomates appellent «4+3», englobant la France, l'Italie, l'Espagne et le Portugal d'un côté et l'Algérie, le Maroc et la Tunisie de l'autre.

En matière de renseignement, c'est-à-dire essentiellement de lutte contre le terrorisme, l'Algérie souhaiterait acquérir des petits satellites d'observation, d'une résolution de 2 mètres (deux à trois fois moins performants que les satellites espions français), lui permettant de surveiller ses confins sahariens. Les Algériens sont également demandeurs d'une meilleure coopération avec la DGSE française, souvent plus réticente à travailler avec les services d'Alger que la DST.

L'armée algérienne, dont les équipements sont obsolètes et les revenus pétroliers au plus haut, commence à faire saliver les marchands d'armes. La France ne veut pas être en reste. Les Algériens cherchent à acquérir des systèmes de vision nocturne, mais également du matériel sophistiqué de communication. Des équipements «non-offensifs», donc peu à même de susciter les polémiques, mais qui sont indispensables à toute armée ou police modernes. Paris souhaite rendre les Algériens «interopérables», c'est-à-dire capables de participer à des opérations de l'Otan, comme le sont déjà partiellement les Marocains. Des exercices navals communs devraient avoir lieu, permettant ainsi à la Marine française de retrouver la base de Mers el-Kébir.

 

 
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