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Nicolas Sarkozy arrive à Alger en terrain miné
De notre envoyé spécial à Alger, Thierry Oberlé,
Le Figaro, 14 novembre 2006
Le ministre de l'Intérieur a souhaité « éviter les phrases qui blessent » sur la période coloniale.
DILEM, le caricaturiste de Liberté, donne le ton : il croque Nicolas Sarkozy descendant de l'avion pour emprunter un tapis rouge découpé en quatre lettres : VISA. En annonçant qu'il avait obtenu des mesures simplifiées pour ces documents, Nicolas Sarkozy pensait s'attirer les bonnes grâces algériennes. Le système en vigueur obligeait en effet les résidents souhaitant venir en France à obtenir l'agrément de l'ensemble des pays européens. La suppression dans la plupart des cas de cette autorisation préalable les situerait à égalité de traitement avec les autres ressortissants maghrébins. Mais les procédures risquent de conserver une certaine complexité.
Perçu comme le patron d'une UMP favorable au texte parlementaire sur la colonisation, Nicolas Sarkozy arrive en terrain miné. Si la presse officielle accueille avec distance sa venue, les journaux privés se déchaînent contre lui. L'influent quotidien francophone El Watan titre sur l'« impossible mission du probable candidat de la droite à l'élection présidentielle ». Dans un article au vitriol intitulé « La racaille et le démago », il rappelle que Sarkozy veut en finir avec « la repentance perpétuelle ». À la veille du voyage, Alger a rappelé que la reconnaissance des crimes commis durant la présence française reste le préalable à la signature du traité d'amitié entre les deux pays. De son côté, le ministre de l'Intérieur a fait entendre sa différence avec Jacques Chirac, en remettant en cause le principe même du traité. « L'amitié n'a pas besoin d'être gravée dans le marbre », a-t-il déclaré dans les colonnes de Jeune Afrique.
Sujets fédérateurs
Hier, Nicolas Sarkozy a voulu éviter « les phrases qui blessent ». Il s'est tout d'abord recueilli en silence devant le monument aux morts de la place des martyrs, dédié aux victimes algériennes de la guerre d'indépendance. Puis, il s'est rendu au cimetière chrétien de Bologhine d'Alger, où il a improvisé entre les tombes de colons une conférence de presse. « L'Algérie a connu beaucoup de souffrances des deux côtés. Il faut rendre hommage à toutes les souffrances », a-t-il assuré. Dans les allées de ce lieu de mémoire au charme suranné, il a expliqué qu'« il faut distinguer le système colonial responsable de fortes injustices des hommes ».
Au cours de ses entretiens, Nicolas Sarkozy a préféré aborder les sujets fédérateurs, plutôt que de relancer les polémiques. La lutte antiterroriste, par exemple. Plusieurs centaines d'activistes appartenant au Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC), affilié à al-Qaida, redoublent de violence depuis plusieurs semaines. Les extrémistes bénéficient de soutiens en France. Et Alger et Paris ont intérêt à unir leurs efforts pour les contrer.
Reçu également par le premier ministre Abdelaziz Belkhadem, Nicolas Sarkozy est attendu aujourd'hui au palais présidentiel d'el-Mouradia. Une occasion pour le ministre de l'Intérieur de peaufiner sa stature d'homme d'État face à un interlocuteur qui avait voilà quelques mois rabroué sans ménagement Philippe Douste-Blazy.
Mutique après sa rencontre avec Philippe Douste-Blazy, voici un peu plus de six mois, le président algérien a voulu cette fois dédramatiser les différends entre les deux pays. « Nous sommes condamnés à avoir un avenir commun », a-t-il lancé. « Je crois savoir que l'Algérie n'a pas l'intention de déménager. Ni la France. Il faut assumer positivement », a-t-il ironisé. Sur un plan plus personnel, Nicolas Sarkozy dit avoir écouté « les conseils, l'expérience et les avis » d'un président qu'il connaît bien.
Auparavant, le ministre de l'Intérieur s'était rendu en hélicoptère au monastère de Tibhérine pour se recueillir « ému » et « bouleversé » sur les tombes des sept moines assassinés par les Groupes islamiques armés (GIA) en 1996. Aucun ministre français n'avait accompli une telle démarche depuis la messe célébrée en l'honneur des victimes le 31 juillet 1996 en présence du ministre des Affaires étrangères de l'époque, Hervé de Charrette. Le lendemain, l'évêque d'Oran, Mgr Claverie, avait été assassiné devant son domicile. Au printemps, les familles des pères blancs avaient renoncé à un voyage de commémoration du dixième anniversaire de la tuerie en raison des conditions imposées par les autorités algériennes. Arrivé à Médéa, Nicolas Sarkozy a emprunté la route qui monte en lacets jusqu'au prieuré. Plusieurs centaines de militaires armés de fusils d'assaut étaient positionnés sur le parcours. Accompagné de Mgr Teyssier, l'archevêque d'Alger, le ministre a déposé une gerbe au nom de « Nicolas Sarkozy » dans le coin de jardin où reposent les têtes des religieux, les uniques restes découverts après leur assassinat.
Spéculations
Le monastère est aujourd'hui désert, mais toujours entretenu. Nicolas Sarkozy espère qu'il « restera un lieu dédié à la prière ». « Ma démarche n'est pas celle d'un Français ou d'un chrétien, même si je le suis, mais celle d'un homme de paix, de rencontre entre l'Algérie et la France », a-t-il déclaré. Le ministre n'est pas revenu sur les circonstances de la mort des moines qui font l'objet de spéculations sur une responsabilité directe ou indirecte de l'armée algérienne dans le drame. Il a toutefois fait savoir qu'il était, durant l'insurrection islamiste, du côté de ceux qui ont évité au pays un « régime terrifiant ».
Tout au long de sa visite, Nicolas Sarkozy a joué sur les symboles auxquels tiennent les Français liés par leur passé ou leurs origines à l'Algérie. Il s'est aussi attaché à désamorcer les tensions. La suppression de la consultation européenne préalable pour les visas normaux délivrés aux Algériens lui a finalement servi de sésame. Instaurée pour des raisons de sécurité au plus fort de l'insurrection islamiste, elle était qualifiée de « vexatoire » par Alger. Sa levée est le signe d'un retour à une confiance mutuelle après des années de suspicion.
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Algérie, chasse gardée de la France |