Tapis rouge pour un sulfureux ministre

par Kharroubi Habib, Le Quotidien d'Oran, 5 décembre 2011

Le domaine dans lequel le partenariat algéro-français mérite réellement d'être qualifié d'exceptionnel est celui du sécuritaire. Si exceptionnel en effet qu'il n'est nullement affecté par les turbulences ou bouderies que les relations politiques entre Alger et Paris traversent épisodiquement. C'est un secret de Polichinelle que les ministères de l'Intérieur des deux pays en charge de cette question cruciale et leurs services spécialisés en la matière ont des contacts et des échanges fréquents et suivis.

A cet égard, la visite effectuée hier à Alger par Claude Guéant, le ministre français de l'Intérieur, s'inscrit d'abord et avant tout dans ce cadre. Officiellement, Guéant est venu à Alger en exécution d'un calendrier sur lequel lui et son homologue algérien se sont entendus au cours de leur précédent contact à l'occasion du sommet à Paris du G8 en mai 2011 consacré aux actions internationales contre le trafic de drogue.

Il y a cependant que cette visite soulève des questionnements et des interrogations du fait qu'elle intervient dans un contexte où la donne sécuritaire dans la région sahélo-saharienne est marquée par des opérations terroristes à répétition ayant eu pour cibles des ressortissants étrangers, français notamment. Serait-ce donc que ministre français de l'Intérieur est venu à Alger pour d'abord et avant tout solliciter la collaboration des autorités algériennes à la traque engagée par les services français en vue de repérer et de neutraliser les ravisseurs et libérer les ressortissants étrangers pris en otage ?

Pour aussi exceptionnel que soit le partenariat algéro-français en matière de lutte antiterroriste, il pâtit néanmoins de la divergence qui existe entre Alger et Paris sur la façon dont ils conçoivent la stratégie sur laquelle doit reposer cette lutte dans la zone sahélo-saharienne. L'Algérie estime en effet que cette lutte est affaire de coopération entre Etats riverains de la région et que la contribution extrarégionale doit se limiter à une aide technique et logistique excluant l'intervention directe des puissances qui l'accordent. La France, dont les intérêts dans la région sont grands, veut au contraire s'impliquer au-delà de ce que les Algériens préconisent. Ce qui, au final, se traduit en une lutte d'influence entre les deux Etats auprès des autorités des pays de la zone sahélo-saharienne.

Claude Guéant n'est pas seulement ministre français de l'Intérieur. Il est aussi l'un des hommes de confiance du président Sarkozy, qui lui confie les missions les plus délicates. La problématique sécuritaire dans le Sahel est en soi une pomme de discorde entre Alger et Paris. Ce qui parasite les rapports algéro-français, qui le sont d'autant plus que les capitales ont d'autres contentieux, comme celui qui les a opposés sur la crise libyenne et le traitement dont elle a fait l'objet à l'instigation contestable de la diplomatie française. Ou celui né de l'instrumentalisation qui est faite par Paris de la question de l'émigration à des fins électoralistes, dont les Algériens, qui en sont les éléments les plus directement visés, pâtissent injustement et au mépris de la relation historique entre les deux pays. Sur ce dossier, c'est spécialement Claude Guéant qui est à la manœuvre de façon choquante et révoltante.

Le comble serait qu'il soit venu à Alger pour obtenir des autorités qu'elles ferment les yeux sur le comportement de Paris en la matière. Si tel est le cas, sa démarche doit être accompagnée d'un donnant-donnant que Paris doit estimer acceptable par Alger, dont le pouvoir est en quête d'appui et de compréhension internationaux en ces temps inquiétants de «printemps arabe».


 

Claude Guéant à Alger: Les réformes et les «questions essentielles»

par Z. Mehdaoui

Le traité d'amitié qui devait «sceller» les relations entre Alger et Paris semble inscrit aux calendes grecques.

C'est du moins ce que l'on comprend de la réponse du ministre de l'Intérieur, Claude Guéant, qui intervenait hier dans une conférence de presse à la résidence Djenane El-Mithak avec son homologue Daho Ould Kablia. «L'amitié, c'est d'abord l'action et non un traité», a-t-il déclaré en réponse à une question du Quotidien d'Oran. Le ministre de l'Intérieur français, arrivé hier à Alger, soutient en parallèle que les relations entre les deux pays passent par une phase exceptionnelle.

La visite dans notre pays vise à approfondir davantage cette «relation d'exception», estime Claude Guéant, qui souligne que des réunions ont été organisées hier avec son homologue algérien pour «fixer des objectifs supplémentaires». «Nous avons passé en revue tous les secteurs importants et cela nous permet de faire le point», a déclaré pour sa part le ministre de l'Intérieur et des Collectivités locales, Daho Ould Kablia. Ce dernier ajoute que les «questions essentielles» ont été abordées», en précisant cependant que les collaborateurs des ministères de l'Intérieur des deux pays discuteront de «manière très pensée» de tous ces sujets.

«Nous sommes déterminés et confiants afin de donner l'élan nécessaire pour relancer nos relations», a fait savoir Daho Ould Kablia, qui rappellera par ailleurs la volonté affichée des chefs d'Etat des deux pays à aller vers un «partenariat d'exception». Daho Ould Kablia, lors d'une brève intervention, soulignera que les entretiens qu'il avait eus quelques minutes plus tôt avec son homologue français à la résidence d'Etat ont trait notamment à la sécurité et à la circulation des personnes, sans donner de plus amples précisions.

Claude Guéant dira toutefois, lorsque la question a été soulevée, que les accords algéro-français de 1968 sur la circulation des personnes, l'emploi et le séjour des Algériens en France vont faire l'objet d'une prochaine réunion avec les autorités algériennes. Il précisera que cette seconde réunion sera la deuxième après celle qu'il a eue avec le président de la République, Abdelaziz Bouteflika, quand il était secrétaire général de l'Elysée. «Le dossier est relancé et les choses avancent», a tenu à rassurer le ministre français, qui affirme qu'il reste encore de la place pour de futurs accords bilatéraux. Il soulignera dans ce cadre, en réponse à ses détracteurs qui l'accusent de faire le jeu du Front national, qu'il ne s'agit pas de «fermeture des frontières» mais simplement de «maîtrise de l'immigration» dans son pays.

Par ailleurs, Claude Guéant, en évoquant les dernières élections en Tunisie, a tenu à rendre hommage au président de la République Abdelaziz Bouteflika. «La France salue les initiatives prises par Bouteflika allant dans le sens de la démocratie», a-t-il déclaré. Le ministre français faisait bien évidement allusion aux réformes décidées par le chef de l'Etat au lendemain des émeutes de janvier dernier. Claude Guéant dira même qu'il était impressionné par le descriptif de son homologue, Daho Ould Kablia. Ce dernier lui aurait présenté dans le détail les réformes engagées par le gouvernement. «Cela va donner un supplément de démocratie à l'Algérie», s'est réjoui le ministre de l'Intérieur français.

Les relations entre Alger et Paris connaissent-elles une nouvelle ère à la lumière des nombreuses visites effectuées par les responsables français dans notre pays ? La question mérite d'être posée, sachant que les relations entre les deux pays étaient caractérisées, ces trois dernières années, par une période de froid, frôlant parfois l'incident diplomatique, en particulier après le vote par le Parlement français de la loi glorifiant le colonialisme en Algérie et l'arrestation d'un diplomate algérien cité dans l'affaire de l'assassinant de l'avocat Ali Mecili en 1987. En tous les cas, une nouvelle page semble s'ouvrir et les responsables des deux pays ont joué tour à tour la carte de l'apaisement et cela même si les contentieux ne sont pas totalement aplanis entre les deux pays.

Enfin, interrogé sur une probable visite de Bouteflika en France ou de Sarkozy en Algérie, le ministre de l'Intérieur et des Collectivités locales algérien dira que cela regarde le département des Affaires étrangères.

 
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Algérie, chasse gardée de la France  
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