Des signaux forts et concrets attendus

Que peut apporter Nicolas Sarkozy aux Algériens ?

El Khabar, 18 novembre 2007

Nicolas Sarkozy entamera début décembre une visite d'Etat de trois jours en Algérie. Deuxième du genre après son déplacement éclair au mois de juillet dernier, ce voyage suscite des interrogations à Alger. Sur la teneur que veut impulser le président de la République française aux relations bilatérales.

Le président Français est attendu sur de nombreux sujets à Alger. Il faudra beaucoup de persuasion à Nicolas Sarkozy pour rassurer les Algériens par deux fois sceptiques sur ses intentions. Ils ont été échaudés par ses déclarations, lors de sa visite à Alger au mois de juillet dernier, et refroidis par son discours à Rabat fin octobre. Les Algériens sont réservés sur la tonalité qu'impulsera Nicolas Sarkozy à cette visite. Et ce qu'il pourrait apporter de nouveau aux relations complexes entre Alger et Paris. Les dossiers de brouille s'accumulent ces derniers mois. Un changement de la politique française à l'égard de l'Algérie n’est pas forcément à l’ordre du jour. En juillet déjà, les sujets qui fâchent avaient été renvoyés à décembre.
Au plan historique, le contentieux est ancien. Nicolas Sarkozy a été catégorique. Le «geste significatif » demandé officiellement par les plus hautes autorités algériennes ne viendra pas de lui. Pas de repentance. Pas de pardon officiel pour les crimes commis durant la colonisation française. Le projet de traité d'amitié encensé par Jacques Chirac et Abdelaziz Bouteflika est quasiment mort à ce moment là. Il a été enterré lorsque Nicolas Sarkozy a déclaré que «l'amitié n'avait pas besoin de traité ». Au mieux, l’Algérie peut s’attendre à quelques gestes de bonne volonté. A l’image de la remise solennelle par le chef d’état major français des plans des mines implantées durant la guerre d’Algérie le long des lignes Challe et Morrice.
Paris veut une relation pragmatique avec Alger notamment pour les volets économique et énergétique. Les Algériens ne refusent pas cette approche. L'axe Alger-Paris se heurte pour l'instant à l'axe Paris-Rabat. Aux uns, les discours d'intentions. Aux autres, les actes. Le récent voyage de Nicolas Sarkozy au Maroc l'a démontré une fois de plus. L'Elysée et le Palais royal qu'on disait en désaccord après l'annulation de l'étape marocaine du périple maghrébin du Président Français en juillet dernier ont depuis dépassé ce stade. Grâce aux engagements stratégiques de Nicolas Sarkozy envers le Maroc.

Le prisme marocain

Si l'alignement de Paris sur la vision marocaine était prévisible pour le Sahara Occidental, le chèque en blanc donné par Sarkozy au plan d'autonomie présenté par les autorités marocaines au Conseil de Sécurité des Nations Unies a étonné plus d'un. Nicolas Sarkozy a réussi également le tour de force de rentrer à Paris avec des contrats atteignant les trois milliards de dollars au profit des entreprises françaises. Il a impulsé l'engagement de l'Etat français à accompagner l'investissement des entreprises françaises au Maroc. La France est d'ailleurs le premier investisseur étranger au Maroc et le principal pourvoyeur d'IDE. Face à cela, les investissements français en Algérie font pale figure.
Algériens et Français s'accordent à reconnaître que ces derniers demeurent en deçà des potentialités existantes. Ils ont connu une légère progression passant de 140 millions d'euros en 2005 à 222 millions d'euros en 2006. Leur volume global n'excède pas 1.5 milliards de dollars pour près de 200 entreprises françaises présentes en Algérie et la création de 8000 postes d'emploi. Hors hydrocarbures, les secteurs d'activités des entreprises françaises restent focalisés sur le secteur tertiaire. Une concentration des entreprises françaises dans les services, les banques et les assurances. Ce que relève à chaque rendez-vous bilatéral les autorités algériennes. La France a perdu progressivement depuis 2004 son rang de premier partenaire économique de l’Algérie au profit des USA, de l’Italie, de l’Espagne, de la Chine et de la Turquie.
D’autres sujets focaliseront l’attention. Notamment le projet élyséen d’Union méditerranéenne et le partenariat énergétique dans le domaine des hydrocarbures ou du nucléaire à usage civil. Malgré le flou qui entoure actuellement l’initiative lancée par Nicolas Sarkozy, et les remous qu’elle a provoqué tant au plan européen que méditerranéen, l’Algérie s’est déclarée, samedi, à priori favorable au projet. Le ministre des Affaires étrangères a explicité la position algérienne. Alger apporte sa caution au projet d’Union Méditerranéenne si ce dernier vise à redynamiser les canaux de coopération existants. Avec autant de sujets, Algériens et Français auront de quoi discuter. Et les réponses aux interrogations algériennes seront connues dès l’arrivée de Nicolas Sarkozy.

 

18-11-2007
Synthèse rédaction de la version française d’El-Khabar

  Algérie, chasse gardée de la France  
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