Forte rivalité entre la France et les Etats-Unis

Sarkozy convoite le pétrole algérien

El Watan, 6 juin 2004

La Foire internationale d’Alger (FIA) se tient cette année sur fond de forte rivalité entre la France et les Etats-Unis. Pour consolider sa position de premier pays fournisseur de l’Algérie — aujourd’hui menacée par l’Italie, l’Espagne, la Chine, la Russie et surtout les Etats-Unis —, la France a décidé de déployer les grands moyens.

En plus d’une participation record des firmes françaises (350) à cette 37e édition de la FIA, le gouvernement français a également «dépêché», vendredi à Alger, son ministre de l’Economie et des Finances, M. Nicolas Sarkozy, afin d’aider les représentants de grands groupes industriels français à dénicher de nouveaux marchés. Les CV de la délégation de patrons accompagnant M. Nicolas Sarkozy montrent une grande préférence des entreprises françaises pour les hydrocarbures, l’industrie électrique, les transports et les travaux publics. L’intérêt porté à ces créneaux est tout sauf fortuit. Les industriels français comptent bien prendre leur part dans les investissements colossaux que projette de consentir le gouvernement algérien dans ces secteurs. Cela est autant valable pour les travaux d’achèvement des lignes du métro d’Alger que pour la réalisation de grands projets d’équipement que l’Etat a prévus de confier à des opérateurs étrangers. Les hommes d’affaires français semblent également prêts à tout pour ne pas laisser filer l’autre grande opportunité, celle consistant à équiper l’Algérie de nouvelles centrales électriques. Ce marché apparaît surtout vital pour une entreprise comme Alstom. Cet important groupe dont le patron figure d’ailleurs parmi les membres de la délégation accompagnant M. Sarkozy se débat actuellement dans d’importants problèmes financiers qui menacent sa propre existence. Dans le cas où il parviendrait à décrocher un marché en Algérie, Alstom pourra se considérer comme tiré d’affaire. Dans le cas précis du marché algérien, la soudaine fièvre qui s’est emparée des opérateurs économiques français trouve ses raisons dans le fait surtout que les entreprises américaines et chinoises, même en étant beaucoup moins nombreuses, ont déjà raflé d’importants marchés et se montrent encore disposées à mener de rudes batailles pour raffermir leur présence au Maghreb. Cela y compris dans les secteurs hors hydrocarbures. Néanmoins, les hydrocarbures restent le domaine où les industriels français redoutent le plus pour leurs intérêts. La cause ? Dans ce secteur hautement stratégique, les Français se sont trop laissés distancer par leurs rivaux américains. A terme, cette situation datant depuis au moins le début des années 1990 risque de compromettre gravement les intérêts français dans la région, surtout si «le pays de l’Oncle Sam» et la Chine parviennent à contrôler le gros des leviers de l’énergie. Comme cela est déjà le cas dans de nombreuses régions du globe. Le tableau peut être davantage noirci s’il est tenu compte de la sournoise guerre d’intérêt opposant les firmes américaines aux firmes françaises depuis le déclenchement de la seconde guerre d’Irak. Cette guerre secrète déclenchée par Washington avait pour but, rappelle-t-on, de faire payer la France son opposition à la campagne d’Irak. A posteriori, cela explique la raison pour laquelle toutes les grandes firmes françaises sont actuellement en état d’alerte maximum et surtout pourquoi le gouvernement Raffarin a transformé nombre de ses ministres en de véritables agents commerciaux. Pour convaincre le gouvernement algérien d’aider les firmes françaises à se frayer une voie royale sur le marché algérien, M. Nicolas Sarkozy est venu à Alger avec de nombreux arguments. Le plus précieux est sans aucun doute la grande amitié liant Abdelaziz Bouteflika à Jacques Chirac et les relations exemplaires entre Alger et Paris depuis l’année 2000. Autre élément important qui devrait peser dans la balance : les soutiens récurrents apportés par le chef de l’Etat français au président algérien avant et surtout après la présidentielle du 8 avril dernier. Et donc un retour d’appareil du président algérien «pour services rendus» n’est pas à exclure. A cela il faut peut-être ajouter les solides relations personnelles tissées par M. Sarkozy, surnommé par la presse parisienne l’homme des réseaux, avec les sphères politiques et économiques algériennes. Connu pour apprécier les jeux de coulisses complexes et sa maîtrise des enjeux économiques, M. Nicolas Sarkozy débarque aussi à Alger avec une proposition en béton qui devrait persuader les autorités algériennes de tenir compte des attentes des industriels français : celle-ci consiste à offrir à l’Algérie une seconde opération de conversion de la dette algérienne détenue par les entreprises françaises. Intéressante à plus d’un titre, cette opération, outre de sauver certaines entreprises publiques en difficulté, autorisera l’afflux d’argent frais et la venue (attendue depuis longtemps) des investisseurs français. La preuve, d’ailleurs, de l’intérêt de la proposition française est sans conteste la réaction du président Bouteflika lorsque celle-ci lui a été soumise hier par M. Nicolas Sorkozy. En plus de la saisir pratiquement au vol, le chef de l’Etat est allé jusqu’à souhaiter que les gouvernements algérien et français travaillent sur la mise en place d’«un accord global» sur l’investissement des entreprises françaises en Algérie. Dans une déclaration à la presse faite à l’issue de son entretien avec le président Bouteflika, M. Sarkozy a précisé que cet accord durable permettra d’«accompagner le développement de l’Algérie» aussi bien dans la construction que dans la gestion. Il a ajouté, en outre, que l’accord en question se fonde sur l’idée que la dette peut se transformer en contrats de concession pouvant être de longue durée. Perçu par de nombreux observateurs politiques en Algérie comme le futur successeur de Jacques Chirac à l’Elysée, M. Nicolas Sarkozy est visiblement bien parti pour réussir son premier grand challenge en qualité de ministre de l’Economie et des Finances : maintenir l’Algérie en tant que chasse gardée économique de la France. Il reste à savoir, maintenant, si l’offensive économique menée par le gouvernement Raffarin en Algérie tiendra le coup, sur le long terme, devant le projet du Grand Moyen-Orient concocté dans les laboratoires du département d’Etat américain.

Par Zine Cherfaoui

 

 
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