Vous n’êtes pas le bienvenu à Alger, M. Sarkozy !

El Watan, 13 novembre 2006

Le citoyen algérien — ancien moudjahid — que je suis voudrait vous exprimer tout haut ce que nous sommes des millions d’Algériens à vouloir vous dire, Monsieur Sarkozy.

En particulier que vous n’êtes pas le bienvenu en cette terre d’Algérie, sur le sol de laquelle s’est définitivement brisé le mythe colonial auquel vous semblez encore rêver, vous et vos amis politiques de la droite radicale française, qui avez été les initiateurs de la loi scélérate et honteuse du 23 février 2005, faisant l’apologie du colonialisme, de ses auxiliaires et de ses mercenaires. Si les manifestations populaires — qui font partie de l’exercice normal des libertés publiques citoyennes — n’étaient pas arbitrairement interdites dans mon pays, nous aurions été des dizaines de milliers, que dis-je, des centaines de milliers d’Algériens à organiser, pour vous à Alger, un « comité d’accueil », j’allais dire un comité de protestation, à la mesure de cette arrogance haineuse et raciste que vous affichez sans cesse contre nos populations émigrées maghrébines en général, et algériennes en particulier. Une immigration dont vous avez traité certains membres de « racaille », en les menaçant vulgairement de les « nettoyer au Karcher ». Oubliant curieusement les origines de ce fils d’immigré juif de Hongrie que vous fûtes vous-même, il n’y a guère. Et comme pour désigner par omission l’ensemble de la communauté vouée par vous aux gémonies et, du même coup, situer votre propre camp — le camp des pro-sionistes, des racistes et des xénophobes —, vous n’avez pas hésité, Monsieur Sarkozy, au mépris du devoir de réserve que doivent observer les ministres de la République en exercice, vous n’avez pas hésité disais-je à vous positionner dans une attitude de provocation et de mépris, à l’endroit de plus d’un milliard d’Arabes et de Musulmans quand, en pleine guerre d’agression menée par l’armée sioniste contre le Liban, en Juillet 2006, et au moment même où l’aviation israélienne pilonnait Beyrouth et assassinait lâchement des cortèges entiers de civils fuyant leurs immeubles effondrés, vous avez cru bon de marteler péremptoirement sur une chaîne française de télévision que vous étiez « un ami d’Israël ». Comme si l’on pouvait douter un seul instant, Monsieur Sarkozy, de votre amitié inconditionnelle pour cet Israël, que le général de Gaulle — dont vous vous réclamez semble-t-il — a si justement qualifié un jour de « peuple dominateur et sûr de lui ». Comme si nous ne savions pas assez, à travers vos propres attitudes et déclarations, toute l’admiration que vous affichez pour cette école américaine de l’hyper droite messianique, dite des « sionistes chrétiens » de MM. Bush et consorts, qui soutiennent contre vents et marées les actions criminelles d’un Etat d’Israël originellement fondé sur la terreur et perpétué par le terrorisme d’Etat. Un Etat coupable de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité et qui continue de défier impunément le monde entier, sous la protection ignominieuse et complice des Etats-Unis, en livrant tout un peuple occupé et désarmé, assiégé et affamé — le peuple palestinien — à la répression, aux viols et aux assassinats quotidiennement perpétrés par son armée criminelle, qui n’hésite même plus aujourd’hui — comme à Beit Hanoun et ailleurs — à bombarder lâchement des écoles, tuant aveuglément femmes enfants et enseignants. Indistinctement. S’il restait, d’ailleurs, le moindre doute sur votre affiliation sioniste, Monsieur Sarkozy, il aura été bien vite levé, de par vos accointances — de notoriété publique — avec les milieux sionistes les plus radicaux et les plus sulfureux, dont certains font même partie de votre « cabinet spécial » ; tel cet avocat barbouze franco-israélien, Arno Klarsfeld, qui se vante ouvertement d’avoir « cassé du Palestinien » durant les deux années de « service volontaire » qu’il est allé récemment offrir à Israël — entre 2002 et 2004 — dans le corps des gardes-frontières d’Israël. Comme si l’Etat d’Israël avait des frontières !... Vous n’êtes donc pas le bienvenu par ici, même si vous essayez d’abuser l’opinion, avec votre concept fumeux et trompeur de « l’émigration choisie » — comme s’il s’agissait d’une vulgaire marchandise — en embauchant ici et là quelques cadres carriéristes, laissant sur le carreau, c’est-à-dire en « chômage ethnique » — si j’ose dire — des milliers d’immigrés maghrébins, dont beaucoup d’universitaires victimes de leur nom et de leur faciès. Vous n’êtes pas le bienvenu à Alger, même s’il se murmure que votre visite serait destinée à faire profiter vos homologues de certaines « expertises antiterroristes made in Israël ». Expertises que vous êtes en train de tester en France même, et dont on suit, d’ici, les développements au jour le jour, en particulier à travers cette saga policière dramatique de la chasse au faciès arabe, parmi certains employés réguliers de l’aéroport de Roissy, suspectés d’être des musulmans ayant « des pratiques radicales » — comme vous l’avez déclaré dans votre dernière vidéo — et coupables, qui plus est, du délit aggravé d’être allés en pèlerinage à La Mecque ! Des employés maghrébins qui se sont vu, sur vos propres instructions, retirer leurs cartes d’habilitation — autant dire de travail — pour de prétendues raisons de « sécurité » de l’aéroport. A moins que votre visite ne soit destinée à la promotion du savoir-faire de telle ou telle firme israélienne, du genre de celle parrainée par votre copain Michael Chertoff — proche du Mossad — et avec laquelle votre ministère vient de signer, justement, un gros contrat de sécurisation du site touristique de la Tour Eiffel ! On peut comprendre les besoins de financement énormes et pressants d’une campagne présidentielle virtuellement ouverte en France et dont les coûts dépasseront largement les subventions officielles allouées par le Trésor français. Serions-nous, alors, sur le point de penser, ici aussi, à sécuriser, par exemple, notre « tour Houbel » d’Alger ou d’autres sites encore plus stratégiques, comme l’aérogare toute neuve d’Alger, grâce aux précieuses relations de M. Sarkozy ? Ce qui est certain, c’est que M. Sarkozy semble avoir bien pigé, lui au moins, les propos d’un certain Gérard Depardieu, qui conseillait vulgairement, il y a quelque temps, à d’autres demi-sels comme lui — à l’issue de sa visite quasi-officielle à Alger, sur invitation de M. Bouteflika — : « Allez donc en Algérie, il y a du pognon à prendre ! » C’était aussi bête que ça ! Aussi bête que le laisse penser le personnage du célèbre spot publicitaire vantant les spaghettis italiens…On notera, au demeurant, combien cette tournure tordue de l’esprit est courante chez les nostalgiques du colonialisme. Une aberration de l’esprit qui rappelle étrangement celle qui prévalait dans la France et l’Angleterre de l’entre-deux-guerres et qui avait pour célèbre leitmotiv : « L’Allemagne paiera ! » Il suffisait de penser à faire la substitution ! Voilà donc qui semble être fait. Mais revenons au candidat Sarkozy et à sa course échevelée. A cette frénésie, à ce culot, déployés par notre homme, pour la conquête à la hussarde du pouvoir suprême en France, comme s’il s’agissait pour lui de recueillir « une investiture du Ciel » ou de répondre à quelque « rendez-vous mystique avec l’Histoire », voire avec la fin de l’Histoire — sans mauvais jeu de mots… Cela rappelle étrangement les péripéties des élections présidentielles américaines du début du millénaire et l’acharnement juridico-médiatique de la secte des sionistes chrétiens du clan des Bush pour faire gagner, coûte que coûte, « leur élu » qui, selon les gourous patentés du messianisme sioniste, devait créer les « conditions propitiatoires » à la venue du Christ. On sait ce qu’il en est advenu depuis, puisque, en fait de Christ, c’est à un authentique Antéchrist que notre pauvre monde a présentement affaire. Et dire que ce sera encore pour deux longues années !... S’agirait-il donc, aujourd’hui en France, d’une nouvelle séquence du « scénario messianique global » hantant les visions épileptiques des Fukuyama ou des Hutzinger, des Perle ou autres Wolfowitz ? Une séquence qui consisterait à la mise en place d’une solide tête de pont européenne pour asseoir davantage l’influence de ce nouvel atlantisme sioniste qui semble souffler en Europe ? Une chose est d’ores et déjà sûre : l’avènement à la tête de la France — aujourd’hui seulement potentiel — d’un homme politique de la droite néocoloniale et scandaleusement pro-sioniste signifiera clairement le basculement de la France dans le camp de l’atlantisme activiste et pro-sioniste, aux conséquences difficiles à imaginer. Signe que l’improbable M. Chirac — jamais pris en défaut, en fait d’opportunisme — se serait résigné à un tel scénario catastrophe : il vient de « faire Chevalier de la Légion d’honneur » — et à titre gratuit — Abraham Foxman, dirigeant de la plus puissante organisation sioniste des Etats-Unis : « B’naï B’rith », en présence d’une grande partie du gotha pro-israélien de Paris, dont les incontournables Simone Weil et Nicole Guedj. C’est assez dire qu’on observe à l’œil nu, aujourd’hui en France, un vrai forcing, un véritable assaut à découvert, de la citadelle du pouvoir exécutif par le lobby sioniste, toutes tendances confondues. Si cette vague venait à s’additionner à l’atlantisme zélé de la Grande-Bretagne de M. Blair et de l’Allemagne de Mme Merkel, alors l’Europe entière — vu le poids de la France — basculera fatalement dans le statut peu glorieux d’une vaste satrapie des temps modernes, dominée et instrumentalisée par les seules valeurs et pour la seule gloire du couple des Etats-Unis-Israël. Et que l’on ne vienne surtout pas nous parler alors de dialogue des civilisations, de paix au Moyen-Orient, de partenariat méditerranéen ou encore de relations euro-arabes.

Abdelkader Dehbi

 
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Algérie, chasse gardée de la France  
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