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Le ministre français de l’intérieur aujourd’hui à Alger La mission impossible de SarkozyEl Watan, 13 novembre 2006 Le ministre français de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy, entame, aujourd’hui, une visite de travail de deux jours à Alger, à l’invitation de son homologue Yazid Zerhouni. Les deux ministres, a-t-on annoncé officiellement, étudieront les moyens de renforcer la coopération bilatérale, en particulier dans le domaine de la circulation des personnes et de la lutte contre l’immigration illégale. Le dossier de la lutte contre le terrorisme et la criminalité devrait également être au centre des discussions. Lors de son séjour en Algérie, M. Sarkozy sera reçu par le président Bouteflika et le chef du gouvernement, Abdelaziz Belkhadem. L’officiel français devrait se rendre, en outre, au sanctuaire des martyrs, au cimetière de Saint-Eugène et visiter Notre-Dame d’Afrique, avant de rencontrer des représentants de la communauté française d’Alger. C’est la troisième visite en Algérie de M. Sarkozy, qui y était venu à deux reprises durant l’été 2004 en qualité de ministre de l’Economie et des Finances. Des analystes politiques des deux côtés de la Méditerranée soutiennent l’idée que Sarkozy cherchera à mettre à profit son séjour à Alger pour tenter de relancer le dialogue entre Alger et Paris, au point mort depuis l’adoption, par le Parlement français, en 2005, de la loi inique du 23 février glorifiant la colonisation. Le ministre français ne devrait pas aussi se priver, ajoute-t-on, de la possibilité de peaufiner son image d’homme d’Etat en essayant de gagner des points sur des dossiers de politique étrangère et des voix dans l’électorat français d’origine algérienne. Sa mission devrait, néanmoins, s’annoncer bien difficile dans la mesure où la France refuse encore de reconnaître les crimes commis durant la période coloniale. Et à ce propos, il n’est pas inutile de rappeler que le gouvernement algérien fait de cette reconnaissance une condition sine qua non pour rouvrir le dossier du traité d’amitié entre les deux pays. Cette exigence a, d’ailleurs, été réitérée par le chef du gouvernement, Abdelaziz Belkhadem, lors de son passage, samedi, au forum de l’ENTV. « Il faut que la France reconnaisse les crimes commis en Algérie. Pas seulement le nombre des victimes, le pillage des richesses, mais également l’effacement de l’identité nationale », a indiqué Abdelaziz Belkhadem. La polémique suscitée par la loi du 23 février 2005 a, souligne-t-on, entraîné le report sine die de la signature, fin 2005, d’un traité d’amitié entre la France et l’Algérie. Dans ce contexte, la déclaration de Sarkozy faite, la semaine dernière, à l’hebdomadaire Jeune Afrique et dans laquelle il soutient l’idée qu’il a « toujours pensé que l’amitié n’avait pas besoin d’être gravée dans le marbre d’un traité », peut ainsi laisser penser que Sarkozy n’a rien de particulier à proposer, ou plutôt qu’il vient enterrer ce projet de traité d’amitié et replonger les relations algéro-françaises dans une certaine banalité. Cela après qu’on ait parlé, en 2004, de partenariat d’exception. Le message semble avoir été compris, côté algérien, puisque le chef du gouvernement a souligné également, samedi, que l’Algérie était prête aussi à « développer des relations entre Etats souverains » avec la France dans « l’intérêt commun » des deux pays. L’autre élément plaidant en défaveur de Nicolas Sarkozy tient à sa qualité de président de l’UMP. A ce propos, de nombreux observateurs s’interrogent sur la crédibilité que pourrait avoir le discours de Nicolas Sarkozy sur l’amitié alors qu’il n’a pas bougé le petit doigt lorsque les députés de sa formation politique ont conçu et adopté la loi du 23 février et après les propos haineux proférés à l’égard de la communauté immigrée d’origine maghrébine établie en France. Au moment où les thèses néo-conservatrices commencent à connaître un début de récession aux Etats-Unis d’Amérique, Nicolas Sarkozy passe pour devenir l’un des principaux apôtres des nouvelles valeurs de la droite française. Des valeurs construites sur un discours souvent plus à droite que celui prôné par Le Pen lui-même. Et ce n’est certainement pas l’annonce de mesures visant à faciliter la délivrance des visas Schengen pour les Algériens, que le ministre français devrait faire au cours de sa visite de travail à Alger, qui participera à changer son image. Il lui sera bien difficile de gagner des points sur ce dossier des visas et de faire passer cette annonce pour un cadeau personnel pour la simple raison que l’opinion sait que l’allégement dont il est question aujourd’hui est surtout le fruit d’un effort diplomatique soutenu du gouvernement algérien. En ce sens, l’Algérie a jugé discriminatoire le fait que, depuis 1995, les Etats européens de l’espace Schengen doivent être consultés systématiquement avant que l’un d’entre eux accorde un visa pour l’entrée d’un Algérien sur son territoire. Cela contrairement aux autres pays du Maghreb. Zine Cherfaoui
Le ministre français de l’intérieur en visite à Alger « La racaille » et le démagoIl est ému lorsqu’il se rappelle la prière de Michel-Ange : « Seigneur accordez-moi la grâce de toujours désirer plus que je ne peux accomplir. » Nicolas Sarkozy, qui adore également les discours longs à la soviétique, les caméras et les sourires-marketing, veut succéder à Jacques Chirac à la présidence de la France. Il fait tout pour y arriver. Il active tous les réseaux qui contrôlent les médias où il intervient quand il veut et comme il veut. Les chaînes de télévisions de France 2 à TF1, lui offrent des plateaux de rêve avec des journalistes complaisants. Pire : les images sélectionnées du ministre de l’Intérieur, produites par la société ETC à la demande du candidat, sont diffusées par ces chaînes, sans mot dire. Que les syndicats dénoncent, selon Libération, « les images de propagande », cela ne fait pas scandale. Autant que l’ouvrage interdit de la journaliste Valérie Domain qui a pris son courage à deux mains et écrit un livre sur Cécilia Sarkozy, la campagne du président de l’UMP (droite au pouvoir), où elle évoque des difficultés conjugales. Les éditions First ont été menacées par le ministre Sarkozy « de foudres judiciaires et variées » si Cécilia Sarkozy, entre le cœur et la raison était publié. « Vous voulez la vérité ! Cela tombe bien : je refuse le mensonge ! », a-t-il lancé, lors de l’université d’été des jeunes UMP en septembre 2006. L’ancien maire de Neuilly-sur-Seine (Paris) n’aime pas qu’on le critique publiquement. Lorsqu’il avait prononcé l’insultant « racaille » à propos de la jeunesse en colère des banlieues défavorisées, des voix s’étaient élevées pour dénoncer un discours qui rappelle la culture raciste de l’extrême droite. Ministre au gouvernement de Villepin, Azouz Beggag, sociologue et écrivain d’origine algérienne, a invité son collègue à plus de retenue. Sans rougir, Sarkozy a invité Beggag à « se la fermer ». « Parce qu’un sous-ministre issu de l’immigration, Azouz Beggag, osait s’interroger sur l’inadéquation de cette injure (“racaille”, ndlr), une véritable meute de loups sarkozystes, la bave aux lèvres, se sont rués sur la “crapule”, pour le déchiqueter tous crocs dehors », écrit l’éditorialiste de Marianne, l’un des rares hebdomadaires à oser « la critique » du surmédiatisé ministre de l’Intérieur. Ministre qui, au mépris des standards internationaux des droits humains, a déclaré que les mineurs multirécidivistes, de 16 à 18 ans, devaient être punis « comme s’ils étaient majeurs ! » Aux jeunes de l’UMP, Sarkozy tient ce discours chocolaté : « La jeunesse ne doit jamais s’avouer vaincue (…) La France a besoin des rêves et des désirs de sa jeunesse. » « Y a comme un goût de démago dans la bouche de Sarko », chante la rappeuse Diam’s. C’est que le milieu artistique a plus d’audace à affronter « le système Sarko » et a rappelé que le policier en chef avait promis de « nettoyer » les cités black-beur au « Kärcher ». Dans La Face karchée de Sarkozy, publié récemment aux éditions Vents d’ouest - Fayard, Philippe Cohen, Richard Malka et Riss dressent le portrait de l’homme : « Un véritable personnage de BD. » L’élimination féroce de ses rivaux y est évoquée. Tout le monde le sait : Sarkozy, en avocat rusé, n’a pas hésité un seul instant à passer d’un camp à l’autre, à monter les uns contre les autres, à changer d’amis comme on change de chemises... Charles Pasqua, Edouar Balladur, Jacques Chirac, Alain Juppé, Dominique de Villepin, tout le monde est passé. Pis, Nicolas Sarkozy n’hésite pas à mettre en difficulté la politique extérieure de son pays. Séries américainesIl a critiqué l’attitude « arrogante » de la France par rapport à l’engagement des forces US en Irak. En visite aux Etats-Unis, il a déclaré : « Jamais on ne doit chercher à mettre ses alliés dans l’embarras. On ne doit jamais donner l’impression de se réjouir des difficultés de nos alliés », avait-il lancé, oubliant probablement qu’il n’était pas ministre des Affaires étrangères. « Tant qu’on n’a pas connu de fonction dans ces domaines, il faut être attentif à bien réfléchir, à bien observer, pour ne pas défaire ce que nous avons mis longtemps à construire », a répliqué Dominique de Villepin, ancien ministre de Affaires étrangères et actuel chef du gouvernement. Sarkozy aime l’Amérique. Ses arguments : « Un pays avec lequel nous avons lutté pour éradiquer le nazisme et avec lequel nous luttons aujourd’hui pour vaincre le terrorisme international », a-t-il confié au quotidien Le Monde. Sérieux, il a remarqué qu’en France, TF1 vient de ... « supprimer le traditionnel film du dimanche soir au profit de séries américaines ». L’effondrement récent du parti républicain, le parti de George W. Bush, lors des récentes élections de Mid-term, son camp naturel, n’a pas suscité en lui une réaction. Sarkozy, fils d’un immigré hongrois, n’aime pas voir la Turquie prendre sa place en Europe. « L’Europe, projet politique et intégrateur majeur de la seconde moitié du XXe siècle, ne peut s’élargir indéfiniment. Notre vision n’est pas celle anglo-saxonne d’une vaste zone de libre-échange. C’est la raison pour laquelle je souhaite que la Turquie soit associée à l’Europe et pas intégrée à l’Union européenne », a-t-il déclaré. Même ministre des Cultes (fonction jamais supprimée en France depuis 1912), il défend la République laïque, veut se mêler des affaires des « musulmans de France », mais oublie de s’intéresser à l’Eglise. Il estime que le programme nucléaire de l’Iran est un danger, qu’Israël à « le droit » de se défendre lorsque l’Etat hébreu avait attaqué le Liban et que l’Europe doit interdire toute mesure de régularisation massive des immigrés. Même si l’Europe, en plein déclin démographique, a besoin des bras et des esprits des immigrés pour rester sur les rails. Celui qui veut faire de l’UMP, « un grand mouvement populaire », cherche à imposer « une immigration choisie ». Nicolas Sarkozy, 51 ans, cinq fois ministre depuis 1993, a déclaré à France 3 : « Je crois qu’il faut cesser avec la repentance permanente en France pour revisiter notre histoire. » L’UMP a, pour rappel, tenté, en 2005, de « glorifier » la colonisation, lui trouvant des aspects positifs. Faycal Metaoui |
Algérie, chasse gardée de la France | ||||
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