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SARKOZY
ATTENDU DIMANCHE À ALGER
Sur
la voie du «partenariat d’exception»
L'Expression,
23 août 2004
Le ministre français revient avec l’objectif précis
de finaliser le partenariat d’exception en attendant de sceller
le fameux Traité d’amitié.
Les deux chefs d’Etat algérien et français n’ont
apparemment pas perdu de temps. Voulant faire d’une pierre deux
coups, le périple de Bouteflika en terre hexagonale pour assister
aux commémorations du 60e anniversaire du débarquement
en Provence, a été une occasion propice pour pousser les
relations bilatérales dans le sens de la consolidation. Sarkozy,
qui doit mettre en place les mécanismes de la refondation à travers
le paraphe de plusieurs projets, revient le 29 du mois courant en ramenant
dans sa valise des contrats tout aussi alléchants que ceux qu’il
a pu décrocher lors de son dernier déplacement en juillet
dernier. Il faut dire que la célérité avec laquelle
est engagé ce partenariat dénote l’importance qu’a
pris soudainement le marché algérien d’autant plus
que le vent tourne actuellement en faveur de l’Algérie qui
engrange des réserves de change estimées à 40 milliards
de dollars. La décrispation des relations entre Alger et Paris
est due essentiellement à la détermination des deux parties à amorcer
un nouveau virage où la France en tant que premier partenaire économique,
aurait tout à gagner. La dernière visite de Sarkozy s’était
soldée par la signature d’un aide-mémoire sur le
partenariat pour la croissance et le développement portant sur
deux milliards d’euros. Le grand argentier de l’Hexagone
avait alors eu cette subtile phrase pour qualifier son exploit: «Jamais
la France n’a signé un accord économique aussi important.»
Elle résume à elle seule l’importance des marchés
accordés aux opérateurs français qui ne comptent
pas s’arrêter à ce niveau d’échanges.
Le montant de l’accord s’élève à deux
milliards d’euros. 288 millions d’euros de conversion de
dettes en investissements, 780 millions de crédits concessionnels,
1 milliard d’euros de crédits commerciaux garantis par la
Coface destinés à couvrir de futurs contrats, notamment
dans les secteurs des transports, des télécommunications,
de l’électricité, des hydrocarbures, des biens d’équipements
industriels, des services urbains et de l’habitat. Le secteur de
l’eau a eu lui aussi une enveloppe financière conséquente
puisque selon le communiqué sanctionnant la signature de l’accord, «la
France a confirmé sa participation au financement du projet de
transfert d’eau de Taksebt sous forme de crédits concessionnels
pour un montant maximum de 80 millions d’euros». Il était également
question de l’exploitation des réseaux de distribution d’eau
d’Alger, d’Oran et de Constantine afin, «de les moderniser
et d’en assurer une meilleure gestion.»
La partie française a estimé que «l’importance
des moyens à mettre en place exigera la combinaison de plusieurs
sources de financement». Elle s’est engagée à apporter à ces
projets un crédit concessionnel de l’ordre de 100 millions
d’euros. Le ministre français a passé en revue les
autres secteurs névralgiques, sans omettre celui de l’habitat
et de l’urbanisme. Ce secteur bénéficie de l’apport
de l’Agence française de développement (AFG) qui
s’élève à 75 millions d’euros destinés à la
réhabilitation des zones d’habitat précaire et à la
reconstruction d’édifices détruits par le dernier
séisme.
Il était question que les compétences françaises
contribuent au développement du logement. L’aide-mémoire
consacrant ce volet économique «repose sur la conviction
partagée qu’il est de l’intérêt de l’Algérie
et de la France de tirer profit du haut degré de complémentarité des
deux économies, dynamiser l’essor de leurs échanges
et multiplier les intérêts croisés entre leurs opérateurs,
notamment en développant le partenariat et l’accroissement
des investissements en Algérie». Un net intérêt
est accordé à la sphère économique privée
dans le but de «favoriser la croissance et l’emploi».
Le ministre français avait déclaré: «La partie
française soutiendra, auprès du Club de Paris, la demande
de porter à 30% le plafond de conversion de dettes en investissements
actuellement limité à 10% de la dette éligible.»
Parallèlement aux actions menées pour promouvoir l’investissement
en Algérie, 55 millions d’euros, sous forme de prêts
bonifiés, ont été octroyés par l’AFD
pour faciliter l’investissement des petites et moyennes entreprises
(PME). La réforme bancaire était également à l’ordre
du jour car «la croissance et le développement exige un
secteur bancaire performant».
Les deux ministres ont décidé la création, par les
organisations professionnelles bancaires des deux pays, d’un groupe
de travail chargé de leur proposer, d’ici à décembre,
les moyens à mettre en oeuvre afin de favoriser la diffusion de
l’expérience française, de promouvoir un partenariat
multiforme des deux pays et d’accroître les formations aux
métiers de la banque. A cet effet, on annonce qu’un programme
de formation de haut niveau en économie et en finances, issu des
grandes écoles sera lancé dès 2005. «Les présidents
Bouteflika et Chirac ont ouvert une nouvelle étape dans l’amitié algéro-française
et il appartient à nous, ministres, de la concrétiser»,
avait conclu Sarkozy.
Un avis d’appel d’offres pour le montant de 61 millions a été lancé aux
investisseurs intéressés pour l’achat des créances
sur l’Algérie; ces derniers ont été invités à soumissionner
par le biais de leur banque, étape obligatoire, avant de recueillir
l’accord des autorités algériennes sur les projets
considérés. Les opérations de conversion ne pourront être
utilisées que sous la forme d’un investissement en capital
dans une entreprise en Algérie. Le volet militaire a la part du
lion.
Longtemps mise sous embargo, l’Algérie recouvre peu à peu
son droit au chapitre. La visite de la ministre française de la
Défense, Michèle Alliot-Marie, qui a séjourné à Alger
les 16 et 17 juillet dernier a permis de poser les jalons d’une
coopération militaire efficiente.
La responsable française avait déclaré que «les
relations de défense font partie du développement des relations
bilatérales entre les deux pays».Le journal français
Le Monde avait rapporté que l’Algérie compte acquérir
des avions de chasse français de type Rafale. Le contrat aurait été formellement
conclu entre les deux chefs d’Etat, algérien et français,
lors du déjeuner privé qu’a offert Chirac à Bouteflika
au fort Brégançon dans le Var, au lendemain de la commémoration
du débarquement de Provence. Sur le plan diplomatique, un assouplissement
dans le traitement des visas avait été annoncé par
le Quai d’Orsay. 50% seraient traités à Alger. Au
chapitre des contentieux historiques, on enregistre un léger mieux: «Il
semble qu’on ait fureté assidûment pour enfin trouver,
dans les interstices des pages de l’histoire tumultueuse des deux
pays, des lignes communément glorieuses, susceptibles de consolider
davantage encore la grande amitié que les présidents Chirac
et Bouteflika n’ont cessé de promouvoir depuis cinq années
déjà», avait suggéré un éditorialiste
français.
Nadira BEL
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