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LE REVIREMENT DE SARKOZY EN CAMPAGNE PRÉSIDENTIELLE
“Oui au vote des étrangers, non à la culpabilisation sur notre passé”
Le Soir d'Algérie, 26 octobre 2005
Si le ministre de l’Intérieur fait un revirement spectaculaire sur le vote des étrangers dans sa tentative de gagner l’électorat de gauche en vue des élections présidentielles, il jette aussi un pavé dans la mare pour ce qui est de la mission de la colonisation. Les rues d’Alger qui l’ont accueilli lors de son dernier voyage lui font dire qu’il ne faut ni se sentir coupable, ni penser qu’il n’y a eu que la torture. C’est dans le quotidien Le Monde d’hier et c’est édifiant.
“A titre personnel, je considère qu’il ne serait pas anormal qu’un étranger en situation régulière, qui travaille, paie des impôts et réside au moins dix ans en France, puisse voter aux élections municipales.” Ce n’est pas un homme de gauche qui parle ainsi, non c’est Nicolas Sarkozy, le ministre français de l’Intérieur qui, l’été dernier, voulait nettoyer au kärcher les banlieues et qui vire tout d’un coup à 380 degrés, reprenant à son compte une revendication longtemps exprimée par la gauche, notamment par les communistes et les Verts, puis par le Parti socialiste, qui, faut-il le rappeler, n’a pas fait grand-chose lorsqu’il était au pouvoir, pour introduire ce changement estimant alors que les Français n’étaient pas prêts. Il faut cependant noter que, dans cette déclaration, tirée de l’interview que Sarkozy a accordé hier au quotidien Le Monde, le ministre de l’Intérieur a bien commencé par dire “à titre personnel”. Tout est dans cette précision. Précaution utile pour ne pas s’engager pleinement dans cette voie et être acculé à introduire, comme il en a la latitude, une loi qui modifierait les règles électorales. En précisant qu’il s’agit d’un avis personnel, le ministre de l’Intérieur, un clin d’œil à gauche et un clin d’œil à droite, ratisse large : il n’engage pas les militants de son parti, il ne s’engage pas en tant que membre du gouvernement, et dans la foulée, il tente de séduire d’abord tous ceux choqués par ses interventions tonitruantes de l’été dernier et les décisions musclées qui s’en étaient suivies, et ensuite tous les militants PS déboussolés par les scissions à l’intérieur de leur formation alors que les présidentielles sont pour bientôt. C’est justement ces échéances électorales et l’opération de charme tous azimuts qui expliquent aussi très certainement son revirement sur les expulsions d’élèves dont les parents sont en situation irrégulière et qui, sans la réaction très ferme d’associations nombreuses, auraient été renvoyés sur ses instructions. Mais le ministre de l’Intérieur a beau s’échiner à donner de lui l’image de quelqu’un d’humain, il trompe de moins en moins. C’est lui tout de même qui se fixe pour les sans-papiers “d’atteindre 23 000 reconduites à la frontière cette année, contre 15 000 en 2004” et qui demande à cet effet, aux préfets “à ne pas hésiter à utiliser toutes les marges de manœuvre de la loi” pour atteindre les objectifs de reconduite. Aucune précaution sémantique ne peut également cacher ce qu’il pense de la colonisation et par ricochet de la loi du 23 février 2005. Questionné sur ce qu’il pense de la polémique sur la mémoire de la colonisation et de l’esclavage, le ministre de l’Intérieur a eu cette réponse, pour le moins insultante pour les Algériens : “Je ne suis pas tenté par la culpabilisation générale sur notre passé. Quand on se promène à Alger, on s’aperçoit qu’on ne peut réduire la présence de la France à la torture.” Comment peut-on interpréter cette réponse, sinon que la colonisation française, pour Sarkozy, a été pour les barbares que nous sommes civilisatrice, elle nous a procuré la modernité qui fait qu’Alger ressemble à toutes les villes françaises.
K. B.-A.
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Algérie, chasse gardée de la France |