SaÏdani reçu hier par Philippe DoustE-Blazy

Asseoir les bases d’une coopération pérenne

Par : Nadia Mellal, Liberté, 21 février 2007

Aux yeux du ministre français des Affaires étrangères, “il y a beaucoup de choses à faire
entre les deux pays pour rétablir la situation”.

Philippe Douste-Blazy, le ministre des Affaires étrangères a eu des propos très conciliants sur le passé colonial tout autant que par rapport aux perspectives des relations algéro-françaises lors de son entretien, hier, avec Amar Saïdani, le président de l’Assemblée populaire nationale (APN), à la tête d’une délégation parlementaire algérienne en visite en France. “Je comprends très bien pourquoi les Algériens sont si touchés par le passé douloureux”, a-t-il indiqué à l’adresse de la délégation algérienne composée de parlementaires, (du RND, FLN, PT, MSP et indépendants) dès l’entame de l’entretien ayant eu lieu au Quai d’Orsay, au siège de son département. Aux yeux du ministre des Affaires étrangères français, “il y a beaucoup de choses à faire entre les deux pays pour rétablir la situation”, indiquera un membre de la délégation ayant pris part à l’entretien. À ce propos, si Douste-Blazy ne s’est pas voulu précis quant à la manière de dépasser le passé colonial, il n’a pas manqué d’évoquer les perspectives des relations algéro-françaises. Ces perspectives, dira le ministre français, sont dictées tout autant par les visions communes entre les deux pays que par leurs intérêts communs. Plus concrètement, Douste-Blazy a évoqué essentiellement une coopération dans le domaine de la recherche scientifique et des nouvelles technologies. Il annoncera à ce propos la concrétisation prochaine d’un projet d’université biomédicale mixte à Alger.
Parlant dans le même temps d’un redéploiement des écoles supérieures françaises, le locataire du Quai d’Orsay soulignera le rôle important que devra jouer l’Algérie dans ce redéploiement. En ce sens qu’il sera question de la prise en charge de la formation des cadres algériens dans ces écoles. Sur ce chapitre et par rapport au problème de la fuite des compétences algériennes vers l’étranger, le ministre français a souligné l’impératif de trouver une solution commune, tout en recommandant à la partie algérienne de créer l’environnement favorable pour stopper ce phénomène.
Évoquant les relations d’amitié entre l’Algérie et la France, le ministre français des Affaires étrangères a sous-entendu qu’elles connaissent un point de non-retour quant à leur progression. À propos des relations entre Jacques Chirac et Abdelaziz Bouteflika, Douste-Balzy la qualifie “d’indéfinissable” et de relation “entre deux hommes”.
Ceci étant, le ministre français s’est gardé de faire toute déclaration publique à la presse à l’issue de l’audience. De son côté, le président de l’APN, Amar Saïdani a déclaré à la presse que la “qualité de l’audience témoigne des bonnes perspectives entre les deux pays et d’une très riches coopération parlementaire”.

N. M.


Bernard Derosier, président du groupe d’amitié France-Algérie à Liberté

“Le traité d’amitié juste une question de temps”

Par : Nadia Mellal

Liberté : Vous avez été l’un des farouches opposants à la loi du 23 février et un fervent défenseur pour son abrogation, pensez-vous qu’il y ait possibilité d’un retour en arrière dans l’avenir et d’une remise en selle d’une telle loi ou d’une quelconque autre démarche similaire ?
Bernard Derosier : Non ! Ce que la majorité de l’Assemblée nationale française a voté, ne pourra plus désormais se faire.

Pourquoi ?
D’abord, parce qu’il y a eu tout le débat politique autour de l’abrogation de la loi du 23 février, c’est vrai ; j’ai été à l’origine d’une proposition d’abrogation de cette disposition, votée par la majorité, je n’avais pas été suivi par l’Assemblée mais, fort heureusement, le président de la République, mesurant l’importance de cette disposition et sa gravité, a fait ce qu’il fallait en termes juridique. Cela étant, il y a dans l’opinion publique française des citoyens qui ont un point de vue qui les amène à souhaiter que l’on puisse appeler un rôle positif de la colonisation. Je ne suis pas de ceux-là. À quoi ça sert de valoriser en 2007 ce qui s’est passé, il y a 50 ans, un siècle ? On n’est plus dans le passé, on est dans l’avenir et le présent quant aux relations entre la France et l’Algérie.

Comment imaginez-vous les relations entre l’Algérie et la France à l’orée de la future élection présidentielle française ?
Je me limite aux relations parlementaires, ce qui est de ma responsabilité. Et je suis heureux que la visite de Debré à Alger, à l’invitation de Saïdani, ait abouti à la signature d’un protocole d’accord interparlementaire, mettant en place une grande commission interparlementaire qui va se réunir régulièrement dans les années qui viennent.
Et derrière tout cela, et cela relève d’avantage des gouvernements algérien et français et des deux présidents Chirac et Bouteflika. Et demain, la future présidente de la République, parce que je souhaite que ce soit Ségolène Royal qui soit élue présidente, il appartiendra à ce niveau-là de faire avancer l’idée d’un traité d’amitié entre l’Algérie et la France qui me semble être un élément important pour concrétiser entre les deux pays des relations comme celles que nous avons tissées avec l’Allemagne depuis 50 ans.

Croyez-vous réellement en la concrétisation d’un traité d’amitié entre les deux pays ?
Oui, j’y crois beaucoup. Et c’est possible. Il y a sans doute une volonté politique à afficher : elle l’est, le président Bouteflika le rappelle régulièrement en Algérie, en France, les responsables politiques sont acquis à cette idée. Il faut peut-être encore se donner le temps nécessaire pour gommer toutes les scories qui peuvent encore emprisonner la qualité des relations entre les deux pays.

Pensez-vous réellement à la possibilité d’un travail de mémoire entre les deux pays ?
Oui, bien évidemment. Il ne faut pas oublier ce qui s’est passé, un peuple sans mémoire est un peuple sans avenir. Donc, il ne faut pas oublier notre histoire commune, parfois difficile, parfois heureuse.

N. M.

 

 
Version imprimable
Algérie, chasse gardée de la France  
www.algeria-watch.org