Crimes de l’armée coloniale

Ségolène Royal invite la France à faire son mea-culpa

El Watan, 5 février 2007

La candidate socialiste à la présidentielle française, Mme Ségolène Royal, a qualifié le colonialisme français en Algérie de « système de domination, de spoliation et d’humiliation », dans un message remis hier au président Bouteflika par Jack Lang, en déplacement à Alger à l’invitation de l’Institut des études stratégiques globales (IESG).

Mme Royal juge « fondamental » que Paris et Alger « puissent élaborer ensemble une restitution de l’histoire qui tienne compte de notre histoire partagée ». Plus explicite, le conseiller spécial de la candidate socialiste, Jack Lang, a plaidé pour une « reconnaissance par la France des crimes commis par la colonisation » en Algérie. « La meilleure façon de s’excuser est de reconnaître la réalité des crimes qui ont été commis par la colonisation en Algérie de 1830 à 1962 », a déclaré M. Lang à l’issue d’une conférence donnée à Alger. « Il faut réformer les manuels scolaires français (...) qui présentent une histoire idyllique du colonialisme » et « décoloniser les mentalités », a-t-il ajouté, allusion à la loi française votée par la droite qui fait l’apologie du colonialisme français. « Il y a un devoir de réparation historique » à l’égard de l’Algérie, a ajouté M. Lang, insistant sur la nécessité de « construire des relations exemplaires entre la France et l’Algérie ». Mme Royal va-t-elle satisfaire à l’exigence de l’Algérie, en cas de son investiture ? En tout cas, la volonté de tourner la page est plus que souhaitée. La candidate socialiste souhaite que les rapports entre la France et l’Algérie soient une « référence dans les relations entre le Nord et le Sud ». « J’aspire à ce que notre partenariat soit considéré comme une référence dans les relations entre le Nord et le Sud », écrit Ségolène Royal dans ce message. Jack Lang a confirmé, pour sa part, que l’Algérie doit être aux Français « un axe privilégié et prioritaire ». Mme Royal, en pleine bataille électorale contre Nicolas Sarkozy, dira : « Ma priorité, si je suis élue, sera de jeter les bases, avec vous, d’une relation renforcée entre nos deux pays, car mon sentiment profond est que nous pouvons résolument passer à une dimension supérieure dans les liens de coopération qui nous unissent. » Elle souligne que la relation entre la France et l’Algérie, « faite d’intimité, doit se développer dans la confiance et être soudée par l’amitié ». Mme Royal dit dans son message « reconnaître le légitime désir des Algériens de bénéficier de conditions de circulation et de séjour en France qui soient compatibles avec l’intensité des liens familiaux qu’ils y entretiennent ». Elle souhaite « parallèlement que l’Algérie joue un rôle majeur dans le contrôle des flux migratoires ». La candidate socialiste se dit, par ailleurs, « attachée à ce que les sociétés civiles des deux pays jouent tout leur rôle dans le partenariat d’exception que nous construisons ensemble », et estime qu’une « relation renouvelée avec l’Algérie est inséparable d’une politique de respect à l’égard de la communauté algérienne vivant en France ». M. Lang avait été reçu samedi par le ministre des Affaires étrangères, Mohamed Bedjaoui.

Mustapha Rachidiou

  Algérie, chasse gardée de la France  
www.algeria-watch.org