LE NOUVEL ACCORD BILATERAL A ETE SIGNE JEUDI A PARIS

L’Algérie et la France normalisent leur relation «aérienne»

De Notre Correspondant A Paris: S. Raouf, Le Quotidien d'Oran, 18 février 2006

L’Algérie et la France ont normalisé, jeudi, leur relation dans le domaine du transport aérien en se dotant d’un cadre réglementaire. Annoncé sans cesse depuis une décennie mais jamais concrétisé, un accord bilatéral a finalement été signé, jeudi à Paris, par le ministre des Transports, Mohamed Maghlaoui, et le ministre français des Transports, de l’Equipement, du Tourisme et de la Mer, Dominique Perben.

Le texte met fin à une «situation de non-accord», selon la formule de Dominique Perben. Les deux pays n’étaient plus liés par un accord sectoriel depuis 1988. Elaboré dans les années 1960, l’ancien texte s’est vu rapidement dépassé par les évolutions tous azimuts du transport aérien. Négocié par les experts de l’aviation civile des deux pays, le nouvel outil assure un «cadre juridique stable» pour l’exploitation des liaisons aériennes entre les deux pays. Trois transporteurs, Air Algérie, Air France et Aigle Azur, opèrent à l’heure actuelle sur une quarantaine de dessertes entre les escales françaises et algériennes. En 2005, elles ont généré un trafic de quelque deux millions de passagers, en hausse de 9% par rapport à 2004. «C’est un marché extrêmement évolutif, extrêmement porteur», a noté le ministre français lors d’une conférence de presse commune avec son homologue algérien.

En paraphant les deux exemplaires de l’accord, le ministre français s’est réjoui de cette «consécration juridique» qui ferme définitivement la page d’une «situation incertaine». Pendant dix-sept ans, les opérateurs de l’aviation civile ont travaillé dans une précarité qui n’osait pas dire son nom. Faute d’outils réglementaires valides, ils se sont contentés des règles de courtoisie pour gérer, tant bien que mal, leur «relation aérienne».

Temps fort de la visite de Maghlaoui en France, la signature de cet accord complète le dispositif légal de la relation sectorielle bilatérale. Début 2004, Gilles de Robien et Abdelmalek Sellal, ministres chargés du secteur à l’époque, avaient paraphé un accord sur le transport maritime et un autre pour le terrestre. Les trois textes sont en attente de ratification selon les modalités en vigueur dans les deux pays: la promulgation présidentielle en Algérie et l’adoption parlementaire en France. Deux autres accords, entre entreprises ceux-là, ont été paraphés pour la circonstance. Illustration d’un partenariat qualifié de fécond de part et d’autre de la Méditerranée, le premier proroge l’accord-cadre liant Air Algérie et Air France depuis 2004. Le second porte sur la création par la SNTF et le groupe français CMA-CGM d’une société mixte de transport de conteneurs par mer et par rail en Algérie.

Perben et Maghlaoui y voient le signe que la coopération bilatérale sectorielle avance «sur des dossiers très concrets». Les deux ministres ont examiné, lors d’une réunion de travail, les gisements de la coopération relevant de leur champ de vocation. Il a été longuement question de la formation. Perben a assuré l’engagement de son département «pour accompagner» la formation de la ressource humaine algérienne dans les domaines de l’aviation civile, de la sécurité et de la gestion des transports urbains. Le ministre algérien a inauguré sa visite hexagonale en allant à la rencontre de membres du Medef-International (patronat). Accompagnés des patrons d’Air Algérie, de la SNTF, du Métro d’Alger, de l’Etablissement de gestion de l’aérogare d’Alger et de l’Entreprise de navigation aérienne, Maghlaoui a «vendu», durant deux heures, le profil d’un secteur qui investira plus de dix milliards de dollars d’ici à 2009.

Premier ministre des Transports à rencontrer le Medef en France, Maghlaoui a multiplié les signes de charme envers les opérateurs français. A plusieurs reprises, il a rappelé le traitement privilégié réservé aux entreprises françaises dans l’attribution de projets sectoriels colossaux.

En atteste l’attribution de la gestion de la nouvelle aérogare d’Alger aux Aéroports de Paris, en dehors de la concurrence. «C’est une décision souveraine de l’Etat algérien», a argué le ministre, une décision synonyme de «reconnaissance de la compétence des entreprises françaises». En témoigne aussi la limitation des appels d’offres pour le projet du Métro d’Alger pour les seules entreprises françaises.

Cela participe de la «volonté des deux chefs d’Etat de donner une impulsion significative à la coopération bilatérale».

Dans le jeu des questions-réponses, les capitaines d’industrie ont multiplié les interrogations sur les projets en amont ou en aval. Un intervenant a interpellé le ministre sur les «procédures de financement des projets».

Une allusion à peine voilée à la critique, souvent émise dans les forums du Medef, sur les lenteurs de paiement des entreprises. «Nous serons attentifs au respect des délais contractuels», a répondu Maghlaoui, en prenant à témoin Siemens, entreprise engagée dans un important projet sectoriel. Pièce à conviction à ses yeux, la loi de finances 2006 a dégagé les budgets une quinzaine de jours après son adoption, alors qu’il fallait trois mois auparavant.


Le PDG d’Air Algérie au Quotidien d’Oran

Le partenariat avec Air France, un «plus» pour notre mise à niveau

Anticipant sur les retombées de l’accord bilatéral dans le transport aérien, Air Algérie et Air France ont décidé de renouveler leur partenariat. Et de l’inscrire dans la durée. Le patron du pavillon national s’en explique dans cet entretien.

Le Quotidien d’Oran: Vous avez paraphé avec votre homologue d’Air France, Jean-Cyril Spinetta, un nouvel accord. Quelle en est la teneur ?

- Tayeb Benouis: Il s’agit d’un avenant au protocole d’accord signé courant 2004. C’est un cadre global de coopération entre nos deux compagnies dans les domaines de la maintenance, des services, de la gestion des escales, de la formation et de la sécurité. Nous l’avons renouvelé dans les conditions initiales avec une tacite reconduction pouvant aller à deux ans.

Le protocole laisse le champ libre à la signature de contrats ou conventions entre les directions ou filiales des deux groupes. Nous y donnons la part belle à la coopération dans le domaine de la maintenance et de la formation.

- Q.O.: Comment s’est déroulé le premier exercice de partenariat ?

- T.B.: Nous avons commencé par demander à Air France de nous réaliser des audits sur la ressource humaine, de nous assister dans l’élaboration de plans de formation. Un ambitieux plan a été lancé qui vise à tirer profit de l’expérience et du savoir-faire d’Air France. Il consiste en l’envoi, au sein des structures spécialisées d’Air France, de cadres et d’agents d’Air Algérie de la commerciale, de la billetterie et d’autres services.

Nous mettons à profit les possibilités de ce partenariat pour mettre en oeuvre, dans des conditions idoines, le programme de mise à niveau engagé par l’entreprise.

- Q.O.: Dans sa communication devant les membres du Medef, le ministre des Transports a évoqué, sans s’y attarder, le plan de réorganisation de votre groupe. Où en êtes-vous ?

- T. B.: Nous avançons à pas cadencés. Initiée en 1999, la conception de réorganisation a été validée le 12 juillet dernier par les pouvoirs publics. La résolution a été adoptée et les registres de commerce établis. C’est un groupe avec des filiales créées à 100% par Air Algérie. Nous en avons six: maintenance, catering (restauration, hôtellerie), cargo, handling (services d’assistance), lignes domestiques et lignes internationales. Cette dernière filiale est en cours de mise en oeuvre. En tant que propriétaires, les pouvoirs publics nous ont demandé de nous faire accompagner par un cabinet d’experts pour mener au mieux cette opération. En assurer la faisabilité sans la moindre fausse note. C’est une idée très pertinente. La réorganisation constitue une opération lourde et complexe. Parce que nous sommes appelés à répartir les effectifs, les actifs, les avions, les outils de gestion, nous devons le faire avec prudence et selon des normes. D’où le recours à un consulting compétent, à un cabinet qui nous conseillera sur la formule la plus judicieuse et la plus appropriée. Nous comptons achever ce chantier à la fin du premier trimestre 2006.

- Q.O.: Priorité parmi les priorités de la compagnie ces dernières années, la base de maintenance de Dar El-Beida est opérationnelle. A-t-elle pour autant atteint sa vitesse de croisière ?

- T. B.: La base a d’abord été un investissement qui a eu un coût. Il faut l’amortir. C’est une infrastructure aux normes. Grâce à ses caractéristiques, nous avons l’ambition d’être davantage éligibles aux normes internationales. Une infrastructure de cette nature est un sacré plus au crédit de la compagnie, un indéniable motif de professionnalisme et de sérieux.

- Q.O.: Plus qu’un trimestre nous sépare de la période estivale ou «période de pointe», selon le langage de l’aérien. L’été dernier, les vols étaient quasiment complets. Avez-vous commencé à y travailler ?

- T. B.: Cette année, nous aurons l’atout de travailler dans le cadre de l’accord aérien. Il va faciliter bien des choses, que ce soit en termes d’exploitation des dessertes ou de répartition des programmes entre les compagnies. Nous allons procéder comme les années précédentes.

Anticipation sur la programmation de l’été, dépôt des demandes et préparatifs des structures en vue des ventes. La gestion de la campagne pèlerinage, qui s’est déroulée dans les meilleures conditions, sans le moindre problème, laisse augurer une période estivale prometteuse.

- Q.O.: Il y a cinq jours, l’ambassadeur du Canada en Algérie évoquait, en termes optimistes, le projet de liaison vers le Canada. Y a-t-il une hypothèse de date ?

- T. B.: Nous sommes à pied d’oeuvre. Dès cette semaine, je vais prendre connaissance des conclusions de la mission d’Air Algérie qui vient de séjourner au Canada. L’équipe a rencontré beaucoup de personnes. Ils ont trouvé sur place un écho très encouragent. Une mission canadienne est attendue à Alger. Ça sera l’occasion de faire le point. C’est un projet dans lequel Air Algérie s’est investie à fond.

Au rythme d’évolution actuel, je pense que nous serons au rendez-vous pour les besoins de la période estivale.

S. Raouf

 
Version imprimable
Algérie, chasse gardée de la France  
www.algeria-watch.org