Déterminés à hâter la conclusion du traité d’amitié

Chirac et Bouteflika font le bilan de la «refondation»

D’un De Nos Correspondants A Paris: SARAH Raouf, Le Quotidien d'Oran, 17 août 2004

Alger et Paris mettent les bouchées doubles pour signer, l’an prochain, un traité d’amitié. Depuis son annonce par Chirac, le 15 avril dernier à Alger, pas un mois ne passe sans que le dialogue politique bilatéral ne gagne en consistance.

Généralement propice aux entractes diplomatiques, la période estivale 2004 n’a pas cassé le rythme des échanges franco-algériens. La commémoration, dimanche à Toulon, du 60e anniversaire du débarquement de Provence en a fourni une énième occasion. Les chefs d’Etat africains repartis, Chirac a invité son homologue algérien à un déjeuner au Fort de Brégançon. Nouveauté protocolaire, Bouteflika est le premier à être l’hôte à déjeuner dans cette résidence d’été des présidents français.

«Rencontre informelle», le déjeuner s’inscrivait dans le cadre du «renforcement des relations entre la France et l’Algérie», selon un communiqué de presse de l’Elysée. Arrivé en milieu de journée, Bouteflika a pris congé de son hôte vers 16 heures. Quatre heures d’entretiens sans ordre du jour préalable.

«Tous les sujets seront abordés», a précisé l’Elysée dans son communiqué d’annonce. Les deux chefs d’Etat se sont livrés à un bilan de deux mois de contacts entre les officiels des deux pays. Depuis début juin, trois ministres du gouvernement Raffarin se sont rendus en Alger.

L’argentier du pays, Nicolas Sarkozy, y est allé début juin et fin juillet. Le chef de la diplomatie, Michel Barnier, s’y trouvait mi-juillet à deux jours d’intervalle du ministre de la Défense, Michèle Alliot-Marie. Ces déplacements ont été entrecoupés d’une réunion «spécial Algérie» sous la présidence de Chirac et en présence d’une quinzaine de ministres. Selon les observateurs du dossier franco-algérien, le déjeuner du Fort de Brégançon s’est assigné deux objectifs. Le premier consistait en une évaluation d’étape de la relation bilatérale sous toutes ses facettes. Signal fort en direction de leurs opinions publiques, Chirac et Bouteflika ont voulu réaffirmer leur engagement à mener, jusqu’au bout, les ambitions nourries au fur et à mesure de leurs rencontres.

Etape par étape, le chantier de «refondation» engagé en juillet 1999 par la visite d’Hubert Vedrine, alors ministre des Affaires étrangères, se dessine à une vitesse accélérée. A l’actualisation des accords bilatéraux dans le domaine de l’entrée et le séjour des Algériens (juillet 2001), de la garantie des investissements, de la coopération technique et universitaire se sont ajoutés bien des projets dans le domaine économique. Certains ont été concrétisés lors des deux dernières visites de Sarkozy, le reste devant l’être à mesure de la maturation des discussions. Le séjour de Michèle Alliot-Marie a mis en branle le processus de négociations d’un accord dans le domaine de la défense.

Ces différents cycles vont s’accélérer, dès la rentrée, de façon à hâter la conclusion du traité d’amitié. Déjà engagées de part et d’autre de la Méditerranée, les réflexions autour de cet outil - voulu à l’image du traité franco-allemand- devraient entrer dans une phase décisive, bien avant la fin de l’année. Dès octobre, hauts fonctionnaires français et algériens devraient entamer les négociations autour du projet de texte à soumettre au paraphe des deux présidents. Cette indication a été rapportée, hier, par l’Agence France Presse d’une source qui, selon toute vraisemblance, ne pourrait être qu’un membre de l’Elysée.

Avant même d’aller au déjeuner de Fort de Brégançon, Bouteflika avait adressé un message au ton très appuyé à son homologue français. «Une page est bien tournée» et un «avenir plus serein» est en phase de construction, a-t-il souligné. Au lendemain de sa participation à la cérémonie de Toulon, le chef de l’Etat a affirmé que les «commémorations sont faites pour ranimer les souvenirs et pour s’assurer que les vieilles plaies sont bien cicatrisées».

«C’est à partir de ces peines partagées et de ces aspirations communes que nous nous attachons tous à construire un avenir plus serein dans lequel nos enfants n’auront plus à affronter les menaces que notre génération a dû subir», a-t-il dit dans ce message cité par les radios françaises. La veille, le Premier ministre, Jean-Pierre Raffarin, donnait un ton similaire. Interrogé par la presse à l’issue de la cérémonie à bord du Charles de Gaulle, il a souligné que les deux pays partageaient, désormais, une «vision d’avenir» et étaient engagés «ensemble dans la même direction».

Dans une réponse à peine voilée à la polémique engagée ces derniers jours autour de la visite de Bouteflika, le chef de Matignon a assuré que l’histoire commune ne pouvait être un frein au développement des relations bilatérales. Des relations jouissant, désormais, d’une «perspective d’avenir». Entre les deux pays existent «des liens de passion avec des histoires successives douloureuses». «Nous avons la volonté d’assumer nos différences, nos histoires, mais en même temps de regarder ensemble vers l’avenir (...), nous franchissons là une étape importante sur le plan historique qui est la reconnaissance d’une histoire qui a porté sa part de blessures, de cicatrices. Il faut savoir se souvenir, il ne faut pas oublier, mais il faut regarder l’avenir». Balayant d’un trait de main «l’excès des querelles», il a plaidé pour «assumer notre mission de mémoire» tout en s’inscrivant dans une «mission d’avenir». L’avenir, «c’est forcément une relation de proximité entre la rive sud de la Méditerranée et l’Europe».


 

 
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