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Le déjeuner entre M. Chirac et M. Bouteflika confirme le réchauffement des relations franco-algériennes Le Monde, 18 août 2004 Le
chef de l'Etat a reçu pendant près de quatre heures au
fort de Brégançon (Var) son homologue algérien. Pour
ce dernier, "les vieilles plaies sont bien cicatrisées". Au menu, "la situation internationale" et "les relations bilatérales", on n'en saura pas plus. Le chef de l'Etat avait convié son homologue algérien à venir dans cette résidence officielle des présidents de la République à l'issue des cérémonies du 60e anniversaire du débarquement de Provence, dimanche. Lors de ces cérémonies, le président français avait annoncé sa décision d'attribuer la Légion d'honneur à la ville d'Alger, en tant que siège des institutions de la France combattante pendant la seconde guerre mondiale. "Les commémorations sont faites pour ranimer les souvenirs et pour s'assurer que les vieilles plaies sont bien cicatrisées", a répliqué M. Bouteflika dans un message à M. Chirac rendu public lundi par l'agence officielle algérienne APS. "Une page est bien tournée maintenant et c'est à partir de ces peines partagées et de ces aspirations communes que nous nous attachons tous à construire un avenir plus serein (...), poursuit M. Bouteflika. L'hommage rendu avec plus d'un demi-siècle de recul à tous ceux qui ont fait le sacrifice de leur vie pour la libération de la France fait honneur au peuple français et, s'il ne manque pas d'enseignements précieux, il est aussi riche de promesses généreuses assurant à nos jeunes générations un avenir de paix et de fraternité." La veille, à Toulon, Jean-Pierre Raffarin avait estimé que la France et l'Algérie devaient partager "une vision d'avenir" et "regarder ensemble dans la même direction". "Nous franchissons une étape historique qui est la reconnaissance d'une histoire qui a porté sa part de blessures, de cicatrices. Il faut savoir se souvenir, il ne faut pas oublier", avait dit le premier ministre. Ce travail de mémoire des deux côtés de la Méditerranée ne va pas sans difficultés. L'annonce de la venue du président algérien pour les cérémonies du 60e anniversaire du débarquement de Provence avait suscité une polémique. Une soixantaine de députés de l'UMP, emmenés par l'élu de Paris, Claude Goasguen, s'étaient émus auprès du ministre des affaires étrangères Michel Barnier de cette invitation. Ils reprochaient à M. Bouteflika ses propos concernant les harkis, traités de "collabos" par le président algérien. Dans Le Parisien du 17 août, M. Goasguen dit attendre de M. Bouteflika "un geste significatif pour apurer le passé, pour permettre notamment la libre circulation des harkis". Depuis juin 2000, date de la première visite en France de M. Bouteflika, Jacques Chirac songe à réchauffer les relations entre les deux pays. A cette occasion, les deux hommes avaient décidé de faire de l'année 2003 l'année de l'Algérie qui permettra, selon le mot d'un conseiller de l'Elysée, "de sceller les retrouvailles" entre les artistes, la société civile des deux pays. PROJET DE TRAITÉ D'AMITIÉ Le véritable tournant aura lieu lors de la visite d'Etat de Jacques Chirac à Alger, début mars 2003. "Peu de pays entretiennent des relations aussi profondes, charnelles, complexes que l'Algérie et la France, avait alors déclaré le président français. Cette histoire est gravée dans la mémoire de nos deux peuples (...) Je pense aux déchirures et aux plaies de la guerre d'Algérie (...) Plus de quarante ans se sont écoulés. Le temps est venu de regarder l'avenir avec sérénité." Les deux hommes avaient ensuite évoqué le souhait de donner un "élan décisif" à l'œuvre de "refondation" et de "restructuration" des relations bilatérales entre les deux pays. Puis ils s'étaient engagés à signer un traité consacrant leur volonté d'un partenariat d'exception dans "le respect de leur histoire et de leur identité". Ce projet n'a pas encore vu le jour. Le 15 avril, lorsque M. Chirac s'était rendu à Alger une semaine seulement après la réélection de M. Bouteflika, il avait rappelé son souhait de conclure entre la France et l'Algérie un traité d'amitié, à l'égal du traité de l'Elysée de 1963 entre la France et l'Allemagne. Lors de sa visite en juillet dans la capitale algérienne, le ministre français des affaires étrangères, Michel Barnier, en avait à son tour relancer l'idée "sans en préciser les contours", confie-t-on au Quai d'Orsay. Les négociations devraient démarrer à l'automne pour une signature en 2005. Le déplacement de M. Barnier avait précédé ceux de la ministre de la défense, Michèle Alliot-Marie, qui faisait là la première visite d'un chef des armées français depuis la fin de la guerre d'Algérie, et du ministre de l'économie, Nicolas Sarkozy. Renforcements des liens économiques, contrats militaires, remises de dettes, développement des infrastructures, les sujets ne manquent pas. Cet aspect vient compléter le travail de mémoire entrepris au plus haut niveau de l'Etat. Les "rotations" ne devraient pas diminuer dans les mois qui viennent. Selon l'Elysée, Dominique de Villepin, Donnedieu de Vabres et Xavier Darcos entre autres devraient se rendre d'ici à la fin de l'année dans la capitale algérienne. Babette Stern • ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 18.08.04
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