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ALGÉRIE-FRANCE
Les questions qui fâchent
Le Soir d'Algérie, 19 octobre 2010
Un groupe de parlementaires français conduit par le député UMP de la Gironde Jean-Paul Garraud, s’est entretenu, hier en marge de la visite de la ministre française de la Justice en visite officielle depuis dimanche à Alger, avec des députés algériens sous l’égide du groupe parlementaire d’amitié «Algérie-France». D’emblée, le ton est donné par Belkacem Belabbès, président du groupe : «Moi, je suis un député, je fais de la politique et je sais que Mme Michèle Alliot-Marie a l’oreille du président Sarkozy et a sa place sur l’échiquier politique français. Essayons, donc, de faire bouger les choses». Un énoncé qui balisera le terrain pour des échanges, on ne peut plus francs.
Lyas Hallas - Alger (Le Soir) - Côté algérien, et outre la question des «mémoires», la préoccupation majeure portait plutôt sur le partenariat économique et la réticence des entreprises françaises à investir en Algérie. «Lors de mes entretiens avec nos opérateurs, ils me parlent toujours d’instabilité juridique. Ils me disent que votre structure administrative pose beaucoup de problèmes et les expose à une sorte d’insécurité juridique. Un système fiscal incompréhensible et un droit social instable… Le premier fait 2 500 pages de mesures et le second 2 000 pages… Je ne sais pas si, au sein de l’Assemblée, vous travaillez sur ces dossiers pour au moins simplifier les choses ?», s’est interrogé un parlementaire français. La réplique de M. Belabbès, également membre de la commission des finances et du budget de l’APN, est sans équivoque : «Notre marché est ouvert, mais nous estimons que vous, les Français, êtes portés beaucoup plus sur le commerce de biens et de services que sur l’investissement. Pour montrer notre bonne volonté, nous avons interdit l’importation des véhicules de moins de trois ans et autorisé le crédit à la consommation. Ainsi, l’importation de véhicules a profité plutôt aux constructeurs français Renault et Peugeot et également aux banques françaises installées en Algérie qui ont fait de bonnes affaires. Ces mêmes banques refusent jusqu’à présent d’accorder des crédits aux investisseurs algériens. Or, nous avons interdit le crédit à la consommation parce que nous avons constaté que ça a plutôt surendetté les ménages algériens». Et de rassurer ses homologues français : «L’Etat algérien est garant. Nous avons maintenant un atout majeur à savoir, notre solvabilité vis-à-vis de l’extérieur, plus de dettes comme avant. Pourquoi les Chinois sont-ils là et ne se plaignent pas ? Ils ne comprennent même pas notre longue. Nous remarquons qu’il y a une certaine frilosité de la part des entreprises françaises. Lors de la reprise du chantier du métro, par exemple, un Français m’a dit qu’une telle structure coûterait 4 fois plus cher. Ce que nous leur disons, c’est qu’elles soient un peu plus agressives. » A propos de la circulation des personnes, les députés algériens ont souhaité qu’elle soit abordée dans sa dimension humaine : «Nous sommes contre l’immigration clandestine, c’est clair, mais nous ne comprenons pas pourquoi on refuse de donner le visa à une vieille de 86 ans qui veut aller voir, l’espace d’une semaine, ses arrière-petits-fils. Une personne pareille ne pourrait s’installer là-bas et vivre déracinée à cet âge. Augmentons au mois le nombre de visas pour les universitaires qui sont pour la plupart formés dans la langue française», a-t-on avancé. Côté français, ce sont plutôt les dispositions du code de la famille et du droit du statut personnel qui ne sont pas en phase avec la loi française et qui méritent qu’on se penche dessus, notamment en ce qui concerne la garde d’enfants nés de mariages mixtes. Sur un autre plan, les questions de l’Histoire ont aussi eu leur part dans ce débat. «Nous savons que les blessures sont encore vives et à trop regarder en arrière, nous risquons d’hypothéquer toute tentative de partenariat. Je ne dis pas qu’il faut oublier, mais laissons l’Histoire aux historiens. Il y a un pas à franchir. C’est difficile, mais il faut le faire», estimera M. Garraud. «A chaque fois qu’on avance, des politiques et autres parlementaires français sortent et se lancent dans la provocation. Et à chaque fois on se cache derrière la liberté de la presse et la liberté d’expression pour se décharger de la responsabilité. Il y a quand même la discipline partisane qui doit prévaloir dans ce contexte», dira le président du groupe parlementaire algérien d’amitié Algérie-France. Et comme pour rester dans le contexte de la visite de la ministre française de la Justice, Mme Michèle Alliot- Marie en l’occurrence, les députés français se sont enfin engagés à œuvrer pour résoudre les problèmes juridiques qui empêchent une coopération économique fructueuse. Il convient, enfin, de signaler que le président du groupe parlementaire français d’amitié Algérie-France, le socialiste du PS, M. Bernard De Rosier, n’était pas du voyage.
L. H.
ELLE N’A SOUFFLÉ MOT SUR SON ENTREVUE AVEC BELAIZ
Michèle Alliot-Marie évite la presse algérienne
La ministre de la Justice et des Libertés française, Michèle Alliot-Marie, a évité de s’adresser à la presse nationale hier, après son entrevue avec son homologue algérien.
Abder Bettache - Alger (Le Soir) - Invités par le département de la justice à «couvrir l’événement», les journalistes présents étaient surpris par l’attitude de la ministre française à leur égard. Aucune explication n’a été donnée du côté algérien sur ce retournement de situation. Et pourtant, dans l’invitation adressée la veille aux rédactions, le département de la justice a convié les journalistes des organes de presse à s’accréditer pour «couvrir la visite de la ministre française ». Hier, il était convenu qu’après son entrevue avec son homologue algérien, Michèle Alliot-Marie s’adresserait aux journalistes «pour situer l’importance de son déplacement à Alger». Or, rien de cela ne s’est produit. La ministre française a vite quitté le siège du département de la justice, accompagnée de Tayeb Belaïz, laissant les journalistes pantois. Il est à noter que l’entrevue entre le ministre de la Justice, garde des Sceaux, Tayeb Belaïz, et la ministre française de la Justice et des Libertés, Michèle Alliot- Marie, a eu lieu ce lundi dans la matinée. Selon l’agence officielle APS, l'entretien entre les deux ministres a porté sur «l'évaluation de la coopération juridique et judiciaire et les possibilités de son développement et son élargissement, ainsi que sur le renforcement des relations bilatérales entre les deux pays». Selon l’APS, la ministre française a été également reçues lundi, par le président de la République Abdelaziz Bouteflika L'audience s'est déroulée en présence du ministre des Affaires étrangères, Mourad Medelci, et du ministre de la Justice, garde des Sceaux, Tayeb Belaïz.
A. Bettache
Le silence radio de l’ambassade lors de visites en France de responsables
De notre bureau de Paris, Khedidja Baba-Ahmed
Monsieur Benatallah, secrétaire d’Etat à la communauté algérienne à l’Etranger, séjourne en France depuis quelques jours et a effectué de très nombreux déplacements et rencontré la communauté algérienne, notamment à Paris, comme il a pris part aux commémorations du massacre du 17 Octobre, décrété dans notre pays journée de l’émigration, c’est dire l’importance de la visite du responsable exécutif en charge de cette communauté à cette occasion dans l’Hexagone.
Mais de cette visite, nous n’avons reçu aucune information, encore moins de de programme. Pour la énième fois, les services de l’ambassade ont fait silence radio, tout au moins en notre direction, sur cet événement, les médias publics ayant été, naturellement, invités aux rencontres programmées. Mieux encore, Monsieur l’ambassadeur a pris part à la cérémonie de recueillement organisée par le maire de Paris au Pont Saint-Michel et alors que les services d’information de ces derniers nous ont fait part de cette commémoration, trois jours avant l’événement, la seule information que nous ayons reçue des services de l’ambassade est venue, par mail le 17 octobre à 14h29, pour nous informer que l’ambassadeur «a participé ce jour…» puis un deuxième mail à 19h09 pour nous donner des extraits de son intervention du matin, soit bien après la bataille ! Est-ce ainsi que les autorités algériennes en France ont décidé de travailler avec la presse ? Le silence fait, quasi régulièrement, sur les activités de l’ambassade ne s’explique pas. Nous avons, chaque fois que nous avons rencontré l’ambassadeur, signalé ces faits directement, mais il semble qu’il ne s’agit plus de dysfonctionnements comme il nous a été maintes fois répondu, mais bien d’actes délibérés : on invite la presse publique à couvrir les activités et en direction de la presse indépendante, on lui fournit un compte-rendu après que les activités se soient déroulées. Pense-t-on, un instant, que nous allions traiter ces informations, alors que nous n’y avons pas assisté ?
K. B.-A.
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Algérie, chasse gardée de la France |