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Union pour la Méditerranée : un projet flou, flou, floupar Pierre Morville, Le Quotidien d'Oran, 20 mars 2008 L’Union viendra seulement « compléter » le Processus de Barcelone. On est passé d’une « Union méditerranéenne » à une « Union de la Méditerranée » puis, par le fait d’une très grande insistance allemande, c’est aujourd’hui la naissance d’une « Union pour la Méditerranée ». Il paraît que le glissement sémantique est décisif. Son importance nous échappe un peu. Toujours est-il qu’après un dîner, le 3 mars dernier, Angela Merkel et Nicolas Sarkozy sont arrivés à un laborieux compromis qui fut présenté par le président de la République française, dans son habituelle emphase, comme une grande victoire diplomatique de sa politique européenne. Dans les faits, la réalité est plus prosaïque : la Chancelière allemande a en effet exigé qu’une telle union soit construite au sein de l’Union européenne et pas uniquement sur les Etats européens du Sud, riverains de la Méditerranée, conception jusque-là portée par le candidat Sarkozy lorsqu’il présenta son projet initial à Toulon lors de la campagne présidentielle. Au risque de froisser deux autres puissances européennes, la Grande-Bretagne et l’Allemagne. Notons toutefois que Berlin a déjà organisé sous sa houlette un « Conseil des Etats de la Baltique » qui réunit dix pays (dont l’Islande et la Russie) et la Commission européenne, où sept pays européens dont la France n’ont qu’un statut d’observateurs.
PLUS D’OBSTACLES QUE DE CERTITUDES
Au résultat, l’Union pour la Méditerranée embarrasse plus qu’elle n’apporte de solutions : - Personne dans l’Union européenne ne s’y oppose complètement mais personne, à part la France officiellement, ne la soutient complètement. L’Europe du Nord et les Anglo-Saxons mettent toujours la priorité sur le développement vers l’Est. Certes, chacun mesure l’importance croissante de la zone de la Méditerranée tant sur le plan démographique, économique, énergétique et sécuritaire. Mais comment faire, d’autant que chaque pays a déjà opéré ses propres choix en matière de relations bilatérales ? C’est sans évoquer les problèmes qui seront posés par les regroupements régionaux convoqués dans cette future Union, l’Union européenne mais également l’Union du Maghreb arabe (UMA), l’Union africaine, la Ligue arabe... - Les futurs partenaires, de l’Albanie jusqu’à la Mauritanie (rentrés tous deux dans le Processus de Barcelone en 2007), ont manifesté au mieux un intérêt poli, au pire un scepticisme mal dissimulé. Les objectifs initiaux du projet sarkozien étaient en effet fort épars. Celui-ci repose sur trois piliers hétérogènes : une politique commune d’immigration choisie; une stratégie écologique, avec notamment une gestion commune de l’eau; une politique de co-développement. - Dans ce dernier domaine, de nombreux instruments ou institutions existent déjà : le Processus de Barcelone initié en 1995 auquel les pays du sud de la Méditerranée sont aujourd’hui très attachés, la « politique de voisinage européen » (PEV) qui s’adresse au pays du sud et de l’est de l’Europe, la Conférence 5 5, le Forum euro-méditerranéen... « Personne ne désire que le Processus de Barcelone ne soit vidé de sa substance par une nouvelle structure, ni n’en complique les structures » note le CIRI. - Peu ou pas d’Etats européens ne veulent financer un tel projet. C’est là où la clé de voûte de l’édifice s’avère très fragile. Comme le note le professeur Chems Eddine Chitour, « Avec leur «Sud», les Etats-Unis réalisent 18% d’investissements directs (IDE), le Japon 27%, la France et l’Allemagne réunies 2% (...) C’est pourtant ce même Sud méditerranéen, poursuit-il, qui place 100 milliards d’euros d’épargne en Europe et aux Etats-Unis. Et ce même Sud qui a des IDE, 7 milliards d’euros au Nord. Le paradoxe est qu’on exporte de l’argent et dans le même temps on demande aux autres investisseurs de venir investir ». - Enfin, des préoccupations politiques franco-françaises, comme l’immigration choisie (sans pour autant que soit abordée la libre circulation touristique) ou le refus de la candidature turque, viennent dégrader le projet global proposé par Nicolas Sarkozy.
MUNICIPALES : DROITE «BLING-BLING» ET POUVOIR D’ACHAT
Après avoir clamé il y a quelques mois la dimension, pour les récentes élections municipales françaises, de test national d’approbation de la «politique de réformes» menée par le président de la République, l’entourage de Sarkozy en souligne aujourd’hui surtout l’aspect local, communal d’un tel scrutin. « La principale tâche d’un maire est de choisir opportunément les jours de marché » énonçait gravement un homme politique du XIXème siècle. Il est vrai que la gifle, la pile, la pâtée qu’a prise la majorité est d’importance. Dix mois après un succès sans conteste, Nicolas Sarkozy voit la gauche contrôler la très grande majorité des communes de plus de 30.000 habitants, la quasi-totalité des régions, plus de 50% des départements et cantons, situation qui prélude, phénomène inimaginable en France, au fait que le Sénat, temple de tous les conservatismes notabilaires de province, risque fortement de passer à gauche ! Pourquoi pas des francs-maçons au Vatican ou des anarchistes au Medef, tant qu’on y est... Après avoir fait gros dos, la droite traditionnelle commence en ce début de semaine à prendre la mesure des problèmes. Et le principal problème, murmure-t-on dans les salons, c’est le Président lui-même. Le Nicolas « Bling-Bling », Rolex et Ray-Ban, le Nicolas au langage de charretier « tire-toi, connard ! », le Nicolas, au bras de son top model, ami des milliardaires bronzés, repus, heureux, américanophiles et bien portants, agace autant la droite populaire que la droite des beaux quartiers. En France, vieille République monarchiste, le chef de l’Etat doit garder la dignité de sa fonction et une grande distance, surtout avec la presse people. Dans cette nation profondément laïque, l’exaltation de la religion d’Etat fait figure d’apostasie, y compris dans les milieux catholiques. Déclarer comme l’a fait le président de la République que « le curé est moralement supérieur à l’instituteur » irrite. Dans une France volontiers anticléricale, il n’y a dans les sondages que trois professions sympathiques et emblématiques : le pompier, l’instit et le facteur. Dans la cote d’amour des professions, on trouve tout en bas de l’échelle, bien après les prostituées, les politiciens et au dernier rang... les journalistes. Grandeurs et servitudes de ce métier ingrat ! Au-delà de ces aspects anecdotiques, la dégringolade de Nicolas Sarkozy dans les sondages (-20 points en moins d’un an) a une raison fondamentale, l’aggravation des pertes de pouvoir d’achat. Pis, les Français devront bientôt payer davantage d’impôts pour regarnir un peu les « caisses vides » de l’Etat. L’opposition a, non sans raison, martelé sa campagne sur l’imminence d’un nouveau plan de rigueur. Un seul exemple ? Les « franchises médicales », actes ou médicaments qui ne seront plus remboursés par la Sécurité sociale, coûteront à chaque Français un budget moyen annuel de 300 euros supplémentaires, 700 pour des maladies chroniques comme le diabète. Mieux vaut être riche et bien portant...
14-18 ET IRAQI FREEDOM
Enfin conscient de son impopularité, Nicolas Sarkozy tente maladroitement de recomposer son personnage. Il use et abuse actuellement des commémorations patriotiques et autres cérémonies militaires. Vendredi, il inaugure un sous-marin nucléaire, mardi il rendait hommage au maquis des Glières. Lundi, il saluait le dernier poilu de la Grande guerre de 14, Lazare Ponticelli, mort à 110 ans. En rendant hommage à l’héroïque soldat et au résistant vieillard, le Nicolas s’est bien gardé d’évoquer un piquant sujet d’actualité. Lazare était en effet un travailleur étranger sans papiers qui, pour défendre sa nouvelle « patrie » (il était italien et l’Italie était alors alliée de l’Allemagne), a choisi de s’engager dans la Légion étrangère à 17 ans. Croyez-vous que la France lui en fut reconnaissante ? Pas du tout. Le Léonce a dû attendre un quart de siècle pour obtenir, enfin en 1939, la nationalité française. « La Patrie reconnaissante », c’est pour autant ce qui figure sur chaque monument aux morts dans chaque village français. 90 ans après ce conflit, la mort du dernier poilu a profondément ému la société française, tant le souvenir du grand massacre reste vif dans toutes les familles : pour une population alors d’environ 41 millions d’habitants, on a dénombré 1,5 million de morts du 1er août 1914 au 11 novembre 1918. Cinq ans de guerre. C’était également le compteur exact, jour pour jour, de l’actuelle guerre en Irak. Selon l’OMS, ce conflit a déjà fait 400.000 morts, chiffre funèbre auquel il faut ajouter pour l’actuelle génération d’Irakiens, le conflit irako-iranien (1 million de morts partagés entre les deux camps) et la première invasion américaine (100, 200, 300.000 morts ?). Au total, certainement plus d’un million de morts dans un pays qui comptait 24 millions d’habitants en 2002. Le prix à payer est d’abord supporté par la population civile qui subit chaque jour attentats, bombardements, enlèvements, tortures, fusillades, rackets... Et tout le monde sait que les Américains ne sont pas prêts à partir ! Combien de décennies la société irakienne portera-t-elle le traumatisme de ce désastre initié par le calamiteux Georges W. Bush, addition barbare de guerre coloniale, de guerre civile, de guerre religieuse, le tout sur fond de pétrole ? |
Algérie, chasse gardée de la France | ||||
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www.algeria-watch.org
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