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Les Français de Guantanamo
Le Procès
Lundi 10 juillet 2006
Les six Français de Guantanamo ne se considèrent pas comme des djihadistes --par Verena von Derschau--
PARIS (AP) -- Les cinq Français de Guantanamo qui ont séjourné dans des camps d'entraînement en Afghanistan au cours des années 2000 et 2001 ont insisté lundi devant le tribunal correctionnel de Paris sur le caractère militaire, et non pas idéologique, de la formation qu'ils y ont reçue.
Le sixième prévenu, Imad Kanouni, n'a jamais séjourné dans un camp militaire, son voyage en Afghanistan étant présenté comme une "quête spirituelle".
"On s'entraîne avec des mitraillettes, des armes de poing, des choses assez classiques, ce qu'on trouve sur le front", a expliqué lundi Brahim Yadel, le seul des six prévenus encore détenu. "Cela dure un mois, un mois et demi. Et on doit tirer environ dix fois".
Selon lui, le camp de Khalden, où il a passé près de deux mois au printemps 2000, était "plus en rapport avec le conflit interne en Afghanistan" et formait des combattants pour le "front du Nord" et non pas pour commettre des attentats à l'international.
Il a reconnu y avoir croisé Oussama ben Laden, venu prier avec les élèves. "Vous le voyez, et vous pensez quoi?", a voulu savoir le président Jean-Claude Kross. "Je ne pense rien, rien du tout. Je finis ma prière et je continue ma journée", a répondu Yadel qui a assuré n'avoir aucune proximité avec les idées du leader d'Al-Qaïda.
Mourad Benchellali a également croisé Ben Laden au camp d'Al-Farouk, situé dans le désert à une heure de route de Kandahar. "Je ne savais pas qui c'était", a-t-il assuré. Et, ne parlant pas l'arabe, il n'a pas compris le discours prononcé par le chef.
"Un francophone me l'a traduit. Il a parlé de guerre contre les mécréants et contre l'Occident et d'attentats-suicides. Ce sont des mots qui me choquent et qui me font froid dans le dos. Le camp ne nous plaisait déjà pas, mais là c'était sauve qui peut", a raconté le jeune homme, parti de Vénissieux (Rhône) avec Nizar Sassi.
Les motivations des deux jeunes hommes n'ont cessé de surprendre le tribunal. Mourad Benchellali affirme avoir été "manipulé" par son frère aîné Ménad, dont il dit avoir ignoré l'engouement pour le djihad international.
Nizar Sassi assure être parti parce qu'il aimait manier les armes et qu'on lui a fait miroiter un accès quasi-illimité aux armes de guerre. "J'ai succombé à la tentation de m'entraîner à la Kalachnikov", a également avoué Khaled ben Mustafa au cours de l'instruction.
La déception des jeunes banlieusards aurait été rude à leur arrivée en Afghanistan. "On devait rester à Djallalabad", a souligné Sassi; dans la maison des Algériens "où il y avait un jardin, des jeunes qui avaient l'air joyeux", a complété Mourad Benchellali.
"Un jour, on nous a fait prendre un bus. On est arrivé dans le désert, dans le camp. Notre première réaction a été de nous dire: qu'est-ce qu'on fait ici? Il n'y a rien à faire ici", a relaté Mourad Benchellali.
Imad Kanouni, Nizar Sassi, Mourad Benchellali, 24 ans, et Brahim Yadel, 35 ans, avaient été expulsés vers la France en juillet 2004. Les trois autres, Ridouane Khalid, Khaled ben Mustafa et le Franco-Indien Mustaq Ali Patel, 44 ans, l'ont été en mars 2005. Ce dernier a été libéré dès son retour sans être mis en examen.
Ils ont été détenus entre deux et trois ans au camp militaire américain Delta à Guantanamo sur l'île de Cuba. Poursuivis pour "association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste", ils encourent jusqu'à dix ans de détention.
Le réquisitoire est attendu mardi matin. AP
http://archquo.nouvelobs.com/cgi/articles?ad=societe/
20060710.FAP8338.html&host=http://permanent.nouvelobs.com/
Mardi 11 juillet 2006
Les brumeuses explications des Français de Guantanamo
Anne-Charlotte De Langhe
Avant le réquisitoire prévu aujourd'hui, tous les présumés djihadistes se sont efforcés de convaincre le tribunal de leur grande naïveté.
À L'ISSUE de quatre journées d'audience devant la 16 e chambre du tribunal correctionnel de Paris, le procès dit «des Français de Guantanamo» devrait entrer aujourd'hui dans sa dernière ligne droite avec le prononcé du réquisitoire.
Poursuivis pour «association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste» et, pour deux d'entre eux, «détention et usage de faux documents administratifs», Imad Achhab Kanouni, Mourad Benchellali, Khaled ben Mustapha, Redouane Khalid, Nizar Sassi et Brahim Yadel encourent une peine de dix années d'emprisonnement. Capturés fin 2001 au Pakistan, tous ont transité durant plusieurs années par les camps X-Ray et Delta de Guantanamo (Cuba), propriété de l'armée américaine.
Au fil des débats, chaque prévenu s'est ainsi efforcé de minimiser le degré de son engagement en tant qu'apprenti djihadiste en Afghanistan, les uns expliquant n'avoir fait le voyage que pour «étudier la religion», d'autres assurant être venus en repérage «sans mauvaises intentions» mais tout simplement afin d'installer leur famille en pays musulman. Empêtrés dans des récits brouillons, d'aucuns ont enfin eu toutes les peines du monde à persuader le tribunal de leur naïveté de l'époque, à commencer par les plus jeunes : Mourad Benchellali et Nizar Sassi, ces deux gamins des Minguettes partis en douce de leur cité de Vénissieux sous l'impulsion d'un grand frère revenu un peu plus tôt en héros guerrier. Marchant sur les traces de son aîné, de Djallalabad à Kandahar en passant par Kaboul, Mourad était ainsi convaincu d'être «au bon endroit» lorsque, à l'été 2001, il a séjourné dans une maison «très agréable» en compagnie d'une multitude de jeunes «de tous les pays, gais et contents». Il reconnaît cependant avoir été «surpris» et «déçu» lorsqu'à l'été 2001 un bus l'a déposé avec son copain Sassi «au milieu du désert», devant le camp d'entraînement militaire de Farouk, fait de pierres et de tentes.
«Votre frère Menad ne vous en avait jamais parlé, de ces camps ?, interroge le président Jean-Claude Kross.
- Non, non. Si j'avais su, j'y serais jamais allé.
- Mais, alors, qu'avez-vous pensé en arrivant là-bas ?
- Je me suis demandé ce que je faisais ici. Au bout de quelques jours, je voulais rentrer.»
Il y restera deux mois, se familiarisant entre autres avec la kalachnikov et les techniques de camouflage. «Les armes, c'était plus le truc de Nizar, s'est-il défendu hier. Moi, je déteste ça.»
http://www.lefigaro.fr/france/
20060711.FIG000000016_les_brumeuses_explications_des_francais_
de_guantanamo.html
Un an ferme requis contre d'anciens détenus de Guantanamo
PARIS (Reuters) - Le parquet antiterroriste a requis des peines d'un an de prison ferme contre cinq des six anciens détenus de Guantanamo jugés à Paris, tout en condamnant le camp de détention installé par les Américains dans leur base de Cuba.
Les prévenus, poursuivis pour "participation à une association de malfaiteurs terroriste" en raison de séjours en Afghanistan en 2000 et 2001, encourent en théorie jusqu'à dix ans de prison ferme.
"Quoi qu'ils aient fait, ces hommes ne méritaient pas le sort qui leur a été réservé, qui est indigne d'une démocratie", a dit le procureur Sonya Djemni-Wagner.
Si elle est suivie, les prévenus ne retourneront pas en prison car ils ont déjà purgé la peine demandée à leur retour en France.
"Je ne cautionne pas Guantanamo et je ne peux pas ne pas prendre en compte la détention subie là-bas. Mais cette détention n'efface pas la faute qu'ils ont commise", a dit la représentante de l'accusation.
Elle a demandé cinq ans de prison, dont quatre ans avec sursis, contre Brahim Yadel, 35 ans, le seul prévenu toujours détenu en France.
Elle a requis par ailleurs quatre ans de prison, dont trois avec sursis, contre Khaled ben Mustapha, 34 ans, Mourad Benchellali, 24 ans, Nizar Sassi, 26 ans, Redouane Khalid, 38 ans, jugés libres après avoir purgé entre un an et 18 mois de prison après leur retour en France, les uns en juillet 2004, les autres en mars 2005.
PAS DE PEINE REQUISE CONTRE LE SIXIEME HOMME
Sonya Djemni-Wagner n'a pas requis de peine contre le sixième prévenu, Imad Achab-Kanouni, 29 ans, estimant que la preuve de sa participation consciente à une organisation terroriste n'était pas rapportée.
Proche d'extrémistes armés organisés en Europe, le jeune homme n'a fait que suivre un enseignement religieux intégriste en Afghanistan, où il s'était rendu depuis l'Allemagne par ses propres moyens.
En revanche, les cinq autres prévenus se sont rendus en Afghanistan via Londres où ils ont été pris en charge par des adjoints d'Oussama ben Laden, et ils ont pris part à des entraînements militaires d'Al Qaïda en Afghanistan, a-t-elle dit.
"Ils se sont intégrés dans une structure dont la finalité était la commission d'actes terroristes", a dit le procureur.
Le jugement doit être mis en délibéré mercredi après les plaidoiries de la défense.
La défense présente les prévenus comme des victimes et entend demander la relaxe, estimant que le dossier est basé sur des interrogatoires illégaux réalisés par la DST (direction de la surveillance du territoire, le contre-espionnage français), à Guantanamo en dehors de toute procédure judiciaire.
Cet épisode a été révélé la semaine dernière par la presse mais le procureur estime qu'il ne change rien au dossier qui repose, dit-il, sur des preuves et des interrogatoires réalisés régulièrement après le retour en France des prévenus .
http://today.reuters.fr/news/newsArticle.aspx?type=
topNews&storyID=2006-07-11T105507Z_01_TOU139263_RTRIDST_0_OFRTP-FRANCE-JUSTICE-GUANTANAMO-20060711.XML&archived=False
Mercredi 12 juillet 2006
Guantanamo: le tribunal remet en liberté le dernier détenu
PARIS (AP) -- Le tribunal correctionnel de Paris, qui juge depuis deux semaines les six ex-détenus français de Guantanamo, a ordonné mercredi la remise en liberté du seul prévenu encore incarcéré dans ce dossier, une demande sollicitée par son avocat.
Brahim Yadel, 35 ans, était en détention provisoire depuis le 31 juillet 2004, quelques jours après son expulsion du camp américain de Guantanamo où il avait été incarcéré en janvier 2002.
Mardi, le parquet a requis cinq ans d'emprisonnement, dont quatre avec sursis, à son encontre et quatre ans, dont trois avec sursis, contre quatre autres prévenus et n'a pas demandé de peine à l'encontre du dernier prévenu.
Poursuivis pour "association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste", ils encourent dix ans de détention.
Le jugement sera mis en délibéré au 27 septembre. AP
http://archquo.nouvelobs.com/cgi/articles?ad=societe
/20060712.FAP8782.html&host=http://permanent.nouvelobs.com/
Fin du procès des Français de Guantanamo, jugement le 27 septembre --
par Verena von Derschau--
PARIS (AP) -- Les six Français de Guantanamo sont libres pour attendre le jugement du tribunal correctionnel de Paris, le 27 septembre, après la remise en liberté mercredi au terme de leur procès du seul prévenu encore incarcéré dans ce dossier, Brahim Yadel.
"Je voudrais redire mon innocence", a déclaré M. Yadel, 35 ans, qui était en détention provisoire depuis le 31 juillet 2004, quelques jours après son expulsion du camp américain de Guantanamo où il avait été incarcéré en janvier 2002. C'est son avocat, Me Jean-Baptiste Rozès, qui a ensuite sollicité la remise en liberté.
Les avocats des six Français de Guantanamo se sont succédé mardi et mercredi pour plaider la relaxe de leurs clients poursuivis pour "association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste". Même le parquet a souhaité mardi qu'ils ne retournent pas en détention.
"Ils ont été terriblement punis pour quelque chose qu'ils n'ont pas fait", a souligné mercredi Me Paul-Albert Iweins, l'avocat de Redouane Khalid. "Ils ont été détenus pendant quatre ans pour des intentions supposées".
Et d'insister sur les "traitements inhumains" subis par les six jeunes hommes sur la base américaine, "un système mis en place pour porter atteinte à leurs dignité et à leurs valeurs les plus sacrées". Et de raconter l'anecdote d'un détenu qui demande à être traité comme le chien de garde du camp, et se voit rétorquer: "ce chien fait partie de l'armée américaine"...
Selon l'avocat, les six prévenus n'avaient pas été "recrutés" par Al-Qaïda pour leurs qualités, mais avaient été attirés par un idéal. "On était avant le 11-Septembre, il n'était pas question de terrorisme. C'est maintenant qu'on sait que le gentil organisateur, c'était Al-Qaïda", a noté l'autre avocat de Khalid, Me Dominique Many.
"Les condamner reviendrait à légitimer Guantanamo", a renchéri Me Many. "Incarcérer à Guantanamo des coupables, c'est moins grave que d'y incarcérer des innocents. Les Américains pourraient dire: 'nous n'avons rien trouvé, mais dans leur pays d'origine, ils sont considérés comme des terroristes"'.
"S'il n'y avait pas eu Guantanamo, aucun d'entre eux ne serait devant vous", a aussi estimé Me Félix de Belloy, défenseur d'Imad Kanouni. "Les choses ont été inversées. On avait des auteurs, mais on a dû chercher une infraction", a-t-il ironisé.
Les six prévenus, qui ont eu la parole en dernier, ont tous souligné leur innocence. "Ou je suis coupable ou je ne suis pas coupable. Mais si je suis coupable, je dois demander pardon. Mais à qui? Il n'y a pas de victimes", a insisté Khalid ben Mustafa.
Comme un encouragement pour eux, le tribunal a non seulement décidé de libérer Yadel, mais a également levé les mesures de contrôle judiciaire pour les cinq autres.
Mardi, le parquet a requis cinq ans d'emprisonnement, dont quatre avec sursis, contre Yadel et quatre ans, dont trois avec sursis, contre quatre autres prévenus et n'a pas demandé de peine à l'encontre de Kanouni. AP
http://archquo.nouvelobs.com/cgi/articles?ad=societe/
20060712.FAP8800.html&host=http://permanent.nouvelobs.com/
Mercredi 19 juillet 2006
Guantanamo : l'embarras judiciaire
Le procès des six Français détenus pendant deux ans sur la base américaine s'est achevé la semaine dernière. Tous ont été remis en liberté dans l'attente du jugement en septembre
Que décidera le tribunal correctionnel de Paris, le 27 septembre ? Quel jugement à l'encontre des six Français poursuivis pour «association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste» après avoir été emprisonnés deux ans à Guantanamo ? Suivra-t-il la procureure, persuadée qu'en se rendant en Afghanistan ces jeunes hommes rejoignaient les camps d'Al-Qaida ? Ou bien, suivant les avocats qui lui réclament de «réaffirmer le droit», relaxera-t-il les prévenus ? Ceux-ci ne devraient pas retourner en prison. La procureure ne l'a pas souhaité. La semaine dernière, elle a requis des peines couvrant leur détention «anormale», à Guantanamo puis en France : «Quoi qu'ils aient fait, ces hommes ne méritaient pas le sort qui leur a été réservé et qui est indigne d'une démocratie.» A l'issue des audiences, le tribunal a levé les contrôles judiciaires de tous les prévenus, remettant même en liberté le seul à comparaître détenu, Brahim Yadel. Une décision qui traduit le malaise de la justice.
L'affaire paraissait entendue. Lorsque, après le 11 septembre 2001, les Américains et leurs alliés attaquent les talibans, des soldats pakistanais leur « vendent » - 5 000 dollars par tête - les étrangers qui fuient le pays. Parmi eux, les six Français. Sous les coups, pataugeant dans leurs excréments, attachés à même le sol de l'avion, ils sont transportés à Guantanamo. Donald Rumsfeld dira des prisonniers de la base cubaine, enfermés dans des cages, qu'ils sont «les tueurs les plus vicieux de la planète». Problème : aucun n'est accusé d'un quelconque acte terroriste, ni même de sa préparation. L'accusation leur reproche de s'être rendus en Afghanistan - avant les attentats du 11-Septembre auxquels ils n'ont pas été mêlés - en utilisant contacts et faux visas d'une « filière ».
Hormis cet épisode afghan, les six ont tous des parcours différents. Mariés, comme Khaled Ben Mustapha ou Redouane Khalid, qui affirment avoir voulu s'installer dans un pays islamique. Jeunes des Minguettes, comme Nizar Sassi et Mourad Benchellali, dont le frère Menad «a manipulé» la soif d'aventure : «Il nous vantait l'Afghanistan. Quand on s'est retrouvé dans un camp militaire, on a tout de suite voulu partir», raconte Mourad Benchellali. Nizar Sassi y va de sa gouaille : «A l'été 2001, on ne connaissait pas Ben Laden. A l'entrée du camp, ce n'était pas marqué Al-Qaida. Les gars, ils avaient pas des oreillettes», explique cet amateur de films américains. Tous expliquent leur parcours, leur vision pacifiste de leur religion. Nizar résume le mieux leur situation lorsque survient l'offensive américaine: «Si on était vraiment des djihadistes, on avait tout pour mourir en martyr : une cause, des armes et des Américains contre qui se battre. Au lieu de ça, on n'a pensé qu'à une chose : s'enfuir, rentrer chez nous.»
Ils mettront près de cinq ans à le faire.Car après leur long séjour (deux ans) à Guantanamo, ils seront jetés en prison dès leur retour. La France est le seul pays, avec la Russie de Poutine, à avoir ainsi traité ses ressortissants libérés de Guantanamo, ont rappelé les avocats de la défense à l'audience, qui n'ont pas manqué de souligner aussi le double langage de la France. Et plus précisément l'écart entre les critiques formulées par les responsables politiques français contre les détentions et la façon dont la police et la justice s'en sont accommodées. Comme l'a révélé la publication par « Libération » en plein procès d'une note confidentielle envoyée au ministère des Affaires étrangères par un conseiller de l'ambassade de France à Washington, confirmant que les détenus français ont bien été interrogés, plusieurs fois, à Guantanamo par des agents de la DGSE et de la DST. Ces interrogatoires n'ont fait l'objet d'aucun procès-verbal versé à l'instruction alors qu'une procédure judiciaire était en cours : «Tandis qu'on protestait officiellement, on collaborait clandestinement. C'est un mensonge d'Etat», a grondé le bâtonnier Paul Albert Iweins.
Le président Kross a demandé aux prévenus de raconter ces interrogatoires. Tous ont décrit les soldats américains armés, les menottes qui les enchaînaient aux pieds, à la taille, aux mains, au sol. Tous ont raconté leur espoir, vain, de voir la fin du cauchemar quand ils répondaient à ces Français se présentant comme des membres de l'ambassade. Nizar Sassi : «Ils m'ont dit : c'est inhumain ici. On est ta seule chance. J'ai répondu : si vous voulez que je vous dise que je suis Ben Laden, OK! Je vous le dis, mais emmenez-moi.» Khaled Ben Mustapha : «Ils ont menacé de mettre ma femme en garde à vue et mes enfants à la Ddass. Jamais ils ne m'ont dit que j'avais un avocat en France.» Après chaque récit, le président Kross précise à la greffière: «Notez bien les réponses complètes.»
Le tribunal puisera-t-il dans ces réponses de quoi étayer les attendus de son jugement, comme l'espère l'avocat Jacques Debray. «La tenue de ce procès a légitimé ce qu'il s'est passé à Guantanamo, a-t-il lancé au tribunal. Votre jugement vous donne l'occasion de réaffirmer que le droit prime sur la force et que chaque fois que notre société recule sur ce point, ceux qui veulent la détruire en profitent.»
Robert Marmoz
http://www.nouvelobs.com/articles/p2176/a312001.html
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Campagne en faveur des détenus de Guantanamo |