JACQUES CHIRAC DEVANT LES AMBASSADEURS FRANCAIS A L'ETRANGER

«Nos relations avec le Maghreb, plus que jamais une priorité»

El Watan, 29 août 2004

Nos relations avec le Maghreb demeurent plus que jamais une priorité politique et stratégique de notre action extérieure», a déclaré le président Chirac vendredi après-midi lors de la clôture de la XIIe conférence annuelle des ambassadeurs réunis à l’Elysée, lorsqu’il a abordé le chapitre des relations de l’UE avec le Maghreb.

Au niveau bilatéral, après avoir souligné que «la France, pour sa part, est unie à ces pays par des liens bilatéraux d’une exceptionnelle densité», Jacques Chirac a indiqué que la signature, en 2005, d’un traité d’amitié avec l’Algérie «posera les fondations d’une relation forte et ambitieuse, tournée vers l’avenir». Selon Jacques Chirac, une «politique ambitieuse de voisinage» doit aussi se développer en direction des pays de la rive sud de la Méditerranée, «dans la perspective de leur association renforcée à l’Europe». Il a souhaité que la France «saisisse l’occasion du dixième anniversaire du processus de Barcelone en 2005 pour proposer de nouvelles avancées». Le chef de l’Etat français a ajouté qu’«à nos portes, le Maroc, l’Algérie et la Tunisie s’attachent, avec courage et détermination, à répondre aux aspirations d’une jeunesse nombreuse, avide d’apprendre et d’entreprendre, impatiente de mettre la force de son enthousiasme au service du progrès économique et social. L’Europe doit les aider à relever ce défi, dans un esprit de solidarité et de générosité.» Et d’ajouter : «Nous avons besoin, à nos frontières sud, d’un ensemble maghrébin uni et stable, qui constitue pour ses populations un espace de démocratie, de liberté et de prospérité. Encourageons les cinq pays du Maghreb dans la mise en œuvre du processus d’intégration régionale qu’ils ont engagé. Aidons-les dans leurs efforts de développement, en mettant effectivement en œuvre les coopérations renforcées dont le principe a été établi à Naples en décembre dernier.»
« Inaction», «fausses prudences» au Proche-Orient
Parmi les autres priorités de la diplomatie française, le président Chirac a évoqué, outre l’Europe, le Proche-Orient et l’Irak, la mondialisation. Concernant le conflit israélo-palestinien, sur un ton grave mais non moins ferme et déterminé, Jacques Chirac a appelé la communauté internationale à «assumer ses responsabilités», à constater «les résultats désastreux de son inaction», à s’affranchir de ses «fausses prudences», à dire que «le terrorisme et la négation de l’autre sont condamnables et doivent être dénoncés et combattus sans faiblesse, mais que l’occupation, la colonisation, sont inacceptables et doivent cesser», et à refuser la «politique des préalables». «Combien de temps le monde acceptera-t-il cette tragédie ?», s’est exclamé Jacques Chirac. Après avoir réaffirmé que la création d’un Etat palestinien en 2005 «demeure notre objectif», il a ajouté, faisant référence à la feuille de route, que «la paix est possible». Le retrait envisagé de Ghaza ne peut se concevoir que comme une première étape. Il a rappelé que la France et l’Europe étaient «prêtes à contribuer» à une présence internationale sur le terrain. Pour ce qui est de l’Irak, Jacques Chirac a annoncé qu’il recevrait en septembre à Paris le nouveau président, Ghazi Al Yaouar. «La France, qui a soutenu la restauration d’un Irak souverain (…), veut l’accompagner dans son rétablissement», a-t-il dit. Il a rappelé l’importance des élections prévues début 2005, une échéance dont Paris souhaite le maintien.» A propos de l’Afrique, il a souligné que la France et la Grande-Bretagne travaillaient à la préparation du prochain sommet du G8 «qui fera de l’appui à ce continent une priorité».La réconciliation avec les Etats-Unis n’a pas empêché Jacques Chirac de réaffirmer sa vision d’un monde «mutipolaire» fondé sur la charte des Nations unies, un concept auquel l’Administration Bush est hostile. Il a renouvelé son soutien à une réforme des Nations unies, estimant en particulier indispensable un élargissement du Conseil de sécurité à de nouveaux membres permanents et non permanents.

Par Nadjia Bouzeghrane


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MAGHREB

Primauté politique et stratégique de la France

D’un De Nos Correspondants A Paris : Sarah Raouf, Le Quotidien d'Oran, 29 août 2004

Patron de la politique étrangère en vertu des us de la 5ème République, Jacques Chirac a défini, avant-hier, les lignes directrices de la diplomatie française. Devant cent cinquante ambassadeurs et représentants de la France auprès d’organisations multilatérales, il a détaillé ce que sera leur « feuille de route » pour l’exercice 2004-2005.

Le patron de l’Elysée s’exprimait lors de la traditionnelle conférence annuelle des ambassadeurs, « vecteurs essentiels de l’influence de la France à l’étranger ». Lancé en 1993 dans un contexte marqué par la cohabitation Mitterrand-Chirac, ce rendez-vous est devenu, chemin faisant, un des temps forts de la vie politique hexagonale. Un rendez-vous qui siffle la rentrée diplomatique en même temps qu’il fixe les missions à accomplir.

A l’instar de ses collègues, le nouvel ambassadeur de France à Alger a eu sa part d’éclairage. Homme clé dans l’organisation de la conférence de par ses fonctions de secrétaire général du Quai d’Orsay, Hubert Colin de Verdière repart cette semaine à Alger avec, dans ses bagages, une ambition « chiraquienne » pour la relation bilatérale. Familier de l’Algérie - il y a été ambassadeur de 2000 à 2002 et diplomate entre 1975 et 1979 -, l’ambassadeur trouvera sur son bureau un premier dossier paré des mentions de priorité et d’urgence. Il s’agit du « traité d’amitié » sur lequel les deux chefs d’Etat devraient apposer leur signature courant 2005.

Jacques Chirac y accorde beaucoup d’importance. A preuve, il l’a redit dans son long discours d’orientation devant les ambassadeurs. La signature de ce document, a-t-il souligné, « posera les fondations d’une relation forte et ambitieuse, tournée vers l’avenir ».

L’excellence des relations avec l’Algérie s’inscrit dans une démarche plus globale, celle d’une politique maghrébine du Quai d’Orsay que Chirac veut plus offensive, plus entreprenante. Traditionnellement plus active au Moyen-Orient, Washington multiplie, depuis quatre ans, des initiatives tous azimuts en direction de l’Afrique du Nord. A un rythme jamais observé de par le passé, ses hauts responsables alternent visite sur visite avec des ordres du jour sécuritaires et économiques.

Dans leurs déclarations publiques, les officiels français trouvent cela comme une agitation diplomatique somme toute normale. En « off », les communicants du Quai d’Orsay ne cachent pas que cette percée s’inscrit dans une posture de concurrence avec le « partenaire traditionnel » du Maghreb.

Au demeurant, cette impression s’est faite sentir dans le programme de la 12ème conférence des ambassadeurs. Articulée autour des thématiques des «stratégies d’influence », l’édition 2004 a dédié une table ronde entière à la région.

Les organisateurs ont invité tout un panel à passer au crible « les forces et les faiblesses de l’influence française au Maghreb et au Moyen-Orient» à l’aune de la politique étrangère US.

Sous la présidence de Bernard Emie, directeur Afrique du Nord et Moyen-Orient au Quai d’Orsay, nombre de diplomates et de spécialistes de politique étrangère ont été invités à confronter, à huis clos, leurs points de vue. Entre autres invités, Hubert Védrine, l’ancien patron du Quai d’Orsay, Edward Djeredjian, ex-responsable au département d’Etat et ambassadeur dans plusieurs pays arabes, et Charles d’Aragon, ex-ambassadeur de France en Syrie et actuel directeur du Centre d’accueil de la presse étrangère.

Dans ses instructions aux premiers artisans de « l’influence de la France à l’étranger », Jacques Chirac a rappelé que, plus que jamais, l’Afrique du Nord était au coeur de l’action diplomatique française. « Nos relations avec le Maghreb demeurent plus que jamais une priorité politique et stratégique de notre action extérieure », a-t-il insisté.

Dans un monde où la compétition diplomatique, pour « civilisée et courtoise » qu’elle soit, n’en reste pas moins « une bataille » (dixit Michel Barnier), Paris n’a aucunement l’intention de se désintéresser du Maghreb au profit de la seule Europe. « L’ambitieuse » politique de voisinage au sein du vieux continent, affirme Chirac, doit aussi se développer en direction des pays de la rive sud de la Méditerranée ».

Ce rapprochement vers l’autre rive de la Méditerranée s’impose par « la perspective d’une association renforcée à l’Europe, tout cela dans une vision pacifique et démocratique du monde qui lui a si longtemps manqué ». Le chef de l’Etat français souhaite que son pays « saisisse l’occasion » du dixième anniversaire de la déclaration de Barcelone en novembre prochain « pour proposer de nouvelles avancées ». Selon lui, il revient à la France de le faire, elle qui a été « à l’origine de ce mouvement » bien avant novembre 1995.

«A nos portes, a-t-il argumenté, le Maroc, l’Algérie et la Tunisie s’attachent, avec courage et détermination, à répondre aux aspirations d’une jeunesse nombreuse, avide d’apprendre et d’entreprendre, impatiente de mettre la force de son enthousiasme au service du progrès économique et social. L’Europe doit les aider à relever ce défi, dans un esprit de solidarité et de générosité. Nous avons besoin, à nos frontières sud, d’un ensemble maghrébin uni et stable, qui constitue pour ses populations un espace de démocratie, de liberté et de prospérité. C’est l’objectif».


 

 
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