Appel à un partenariat d’exception

El Watan, 17 avril 2004

Il y avait urgence dans la visite, jeudi dernier, du président français Jacques Chirac en Algérie. Urgence tant au plan bilatéral, pour donner un coup de starter à la coopération, qu'au plan international en raison du projet américain «Grand Moyen-Orient». Lors de sa visite, le président français a félicité son homologue algérien pour sa «brillante réélection». Apportant sa caution au président Bouteflika, M. Chirac n'a émis aucune objection sur la régularité du scrutin du 8 avril dernier.

Il a déclaré se baser sur les rapports incontestés des experts et spécialistes internationaux. «En dehors des incidents normaux dans chaque élection, le scrutin s'est déroulé conformément aux règles de la démocratie. Au nom de quoi pourrais-je me substituer à des experts et porter un jugement personnel qui serait forcément orienté ?», s'est interrogé M. Chirac lors d'une conférence de presse à l'issue de son tête-à-tête avec M. Abdelaziz Bouteflika. «Comment peut-on de bonne foi contester cette élection ? (…) Je tiens pour acquis ce qui a été une très large victoire», a-t-il poursuivi. Dans ce sens, le président Chirac a soutenu que la France comptait accompagner cette «libre expression du peuple algérien» pour plus de démocratie et de justice sociale. Les deux pays s'apprêtent à transformer la Déclaration d'Alger, signée lors de la visite de M. Chirac en Algérie en mars 2003, en Traité d'amitié. L'Allemagne est le seul pays à être lié avec la France par un traité de ce genre.
Spécificité
Prochainement, il faut s'attendre à un chassé-croisé des ministres des deux pays pour qui les déclarations de part et d'autre ne restent pas au stade de vœu pieux, d'autant que nombre d'observateurs estiment que le partenariat entre les deux pays n'est pas à la hauteur des discours, contrairement aux Etats-Unis dont les investissements ne cessent de s'accroître en Algérie. M. Chirac a annoncé la venue prochaine du ministre français de l'Economie et des Finances, M. Nicolas Sarkozy, en vue de la reconversion de la dette algérienne en investissements. Une opération effectuée partiellement à hauteur de 60 millions d'euros. «L'Algérie souhaite, et je le comprends parfaitement, que la France aille plus vite et plus loin dans la reconversion de la dette. Nous allons poursuivre le renforcement de notre coopération économique et financière, notamment dans le domaine des transports, de l'eau, de l'aéronautique, etc.», a soutenu M. Chirac. Le «partenariat d'exception» que la France espère établir avec l'Algérie n'est pas non plus étranger aux propos des responsables de l'administration Bush qui ne font pas mystère de leur ambition de faire du Maghreb, dans son ensemble, une «zone d'influence» américaine. Le projet «Grand Moyen-Orient» élaboré par les stratèges américains, qui s'étale du Maroc au Pakistan, fait craindre à la France et à l’Europe la perte d'influence dans une région stratégique à laquelle elles sont liées par l’histoire. Développant des positions opposées à celles des Américains, le président Chirac a présenté l'image d'une France «amie» des pays arabes. Interrogé sur la question du voile islamique, qui a soulevé plusieurs manifestations en France mais également dans les pays arabo-musulmans, M. Chirac a répondu que la laïcité restait «une valeur» de la France, mais qu'il n'entendait pas l'imposer ou l'exporter à d'autres pays. Afin de contrecarrer les Américains, M. Chirac a appelé les pays arabes à tenir «le plus vite possible» le sommet de Tunis ajourné en raison de nombreuses divergences. Car le projet «Grand Moyen-Orient» sera présenté par les Etats-Unis au prochain sommet du G8. La France espère pouvoir s'appuyer lors de cette rencontre sur une position arabe commune hostile au projet. Il serait favorable pour la partie européenne qui y sera présente, a expliqué M. Chirac, que «la partie arabe se soit préalablement prononcée». C'est dans cette logique que le président Chirac relèvera la «spécificité» de la politique française à l'égard du monde arabe. D'où son rejet de toute présence des forces armées françaises en Irak, préférant à cette option une «solution politique» qui passe par «le transfert rapide, complet, visible de la souveraineté». S'agissant du Proche-Orient, le président français a mis en garde contre tout changement unilatéral de frontière entre Israéliens et Palestiniens. «Ce serait, a-t-il estimé, un précédent fâcheux et dangereux.»

Par Amar Hamiche

 

 
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