Traité d’amitié entre l’Algérie et la France

Le pari du PS

Karim Kebir, Liberté, 10 juillet 2006

En catimini, on doit sans doute nourrir cet espoir fou : que Zizou, ce lien réel, presque charnel entre les deux peuples algérien et français, soulève de nouveau la coupe du monde. Que ce matin, grâce à cette icône, adulée et vénérée, produit de l’histoire commune entre les deux rives de la Méditerranée, la France retrouve son aura écornée ces derniers mois à travers l’Europe et le reste du monde. Les politiques français autant de droite que de gauche l’ont compris, eux qui ont fort à faire face à leurs concitoyens en perspective de l’échéance électorale de 2007 : si certains, à l’image d’un Jaques Chirac, dont la cote de popularité s’est réduite comme une peau de chagrin, ou de Dominique de Villepin, soumis à rude épreuve après la loi du CPE, ou encore de Nicolas Sarkozy, contraint à mettre du bémol dans son approche sur l’immigration, surfent sur la vague de liesse qui s’est emparée de la France “d’en-bas”, pour reprendre une expression consacrée en France, après le brillant parcours des bleus, d’autres, notamment les socialistes, sérieux prétendants au pouvoir en 2007 en France, ont choisi de faire le pèlerinage d’Alger pour prêcher la bonne parole. Et ce n’est pas François Hollande qui dira le contraire. Trois heures en tête-à-tête avec Bouteflika, un fait inédit pour un responsable de l’opposition, un tapis rouge, agrémenté d’un dîner offert en son honneur par le parti majoritaire. Le choix du timing ainsi que le lieu ne sont donc pas fortuits. Au PS, on doit assurément compter sur cette communion entre les deux peuples français et algérien, du moins une bonne partie, créée par le phénomène Zizou et par la révélation Franck Ribery dont la femme est originaire de Sétif, pour avancer ses pions. On apporte même des réponses concrètes à des interrogations de nos compatriotes mais aussi ceux jouissant de la double nationalité dont les voix s’avéreront décisives l’an prochain lors de l’élection présidentielle. C’est ainsi qu’à propos du traité d’amitié, les socialistes s’engagent, si jamais ils sont de retour au pouvoir, à le conclure. “Je veux dire ici combien nous sommes attachés à la conclusion de ce traité d'amitié, et si nous sommes en situation de pouvoir agir en 2007 après l’élection, je ferai en sorte qu'il puisse y avoir une reprise du dialogue sur des bases nouvelles pour permettre la conclusion de ce traité”, a promis François Hollande hier à Alger. “Le traité d'amitié aujourd'hui est au point mort parce qu'il y a eu l'article 4 (de la loi du 23 février 2005), il y a eu des maladresses, parce qu'il y a eu un doute, un scepticisme à l'égard de ce processus dès lors qu'il n'y avait pas la confiance”, a-t-il ajouté. Tranchant avec la rhétorique de Douste-Blazy, lequel vantait les bienfaits de la colonisation, le patron du PS, lui, soutient qu’“on aura une démarche fondée sur la vérité et le respect. La vérité c'est de dire ce qu'est la colonisation, ce qu'elle a produit, c'est-à-dire finalement une exploitation, une domination, une occupation”. S’il récuse à demi-mot la repentance en affirmant qu’“on est pas responsable de la France coloniale”, le PS s’engage par ailleurs à assouplir les modalités pour la libre circulation des personnes. Ce langage, s’il s’adresse bien entendu en premier lieu à notre communauté établie en France, enjeu des prochaines élections, et qui prend les relents d’une manœuvre politique pour devancer le concurrent, l’UMP de Nicolas Sarkozy, mal vu après le langage développé à l’égard des immigrant lors des émeutes de banlieue en novembre dernier ainsi que sur la loi sur “l’immigration choisie”, participe également d’une volonté de reprendre langue avec le FLN, devenu de ce côté-ci de la méditerranée majoritaire dans les institutions, et avec lequel des démêlées ont eu lieu depuis le fameux “il faut…”, de Mitterrand lors de l’interruption des élections législatives de 1991. En face, le FLN qui maintient toujours sa demande “de reconnaissance publique par la France des méfaits du colonialisme”, revigoré depuis sa reprise de l’exécutif, entend se donner une dimension internationale. D’ailleurs, il a réitéré sa demande d’intégration de l’internationale socialiste. À ce jour, celle-ci a buté sur le refus, en fait le lobbying de Hocine Aït Ahmed, leader historique du FFS et membre influent de l’internationale socialiste. S’il constitue un pari pour le PS, le traité d’amitié aura gagné en tout cas par la venue de Hollande d’être au moins remis au goût du jour…

Karim Kebir

 

 
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Algérie, chasse gardée de la France  
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