A propos de la colonisation

L’ONM demande des excuses et des indemnisations

Par : Salim KOUDIL, Liberté, 6 décembre 2007

Pour Saïd Abadou, secrétaire général de l’Organisation nationale des moudjahidine (ONM), il n’est pas question de changer le cap des exigences envers la France en rapport avec la période coloniale. “Personne ne pourra nous faire taire. Nous demandons toujours la récupération des archives ainsi que des indemnisations. La France doit faire la même chose que l’Italie avec la Libye.” C’est ce qu’il a déclaré hier lors de l’assemblée générale de la section d’Alger de l’ONM qui s’est déroulée au siège de cette dernière. Cependant, le premier responsable de l’organisation s’est montré moins “tranchant” concernant la demande de repentance : “Personne ne pourra nous faire taire, mais si on veut recevoir un écho favorable à nos exigences, on doit avoir un État fort. Prenez l’exemple d’Israël. S’il a été reconnu, c’est parce qu’il est devenu un État fort. À nous de faire de même pour aspirer à être respectés.” Allant dans le même sens, il ajoutera : “C’est parce qu’on a été faibles qu’en 1830 notre pays a été envahi. Il a fallu attendre la révolution du 1er Novembre pour sortir du colonialisme.” Devant une assistance toute acquise à son discours, interrompu à plusieurs reprises par des applaudissements, il a titillé les présents en revenant à la période coloniale : “Nous avons toujours su contrecarrer les manigances et les complots de nos ennemis. Devant nous, il y avait un million et demi de militaires français, des milliers de colons et 60 généraux et on a pu gagner. Ce n’est pas maintenant qu’on va faiblir.” À propos des dernières déclarations de Sarkozy sur le système colonial considéré comme “profondément injuste”, la réaction de Abadou était plus au moins vague : “C’est une évolution, mais ça le rend encore plus responsable,” sans plus de précisions. En évitant cette fois de nommer Sarkozy, le SG de l’ONM a (dans son discours devant les membres de l’AG) voulu répondre aux “déclarations de certains dirigeants étrangers concernant l’histoire et l’avenir. Pour nous, le nationalisme est la base de tout. Où est l’intérêt de construire des universités et d’en faire sortir des diplômés si en même temps on ne s’occupe pas de promouvoir parmi nos citoyens une conscience nationaliste et responsable envers l’intérêt de notre pays ?” Nous noterons aussi que l’“affaire” du ministre des Moudjahidine, Mohamed-Chérif Abbas, ou encore les déclarations de la veille de Kouchner n’ont pas été soulevées par Abadou.
Concernant l’assistance, la salle était pleine à craquer pour ce rendez-vous électoral organisé pour le renouvellement de la direction de la section d’Alger de l’ONM. Les membres de l’AG semblaient totalement se désintéresser au plus haut point de l’actualité “sarkozienne”. Les élections du jour et les noms des candidats les intéressaient beaucoup plus. Voulant expliquer cette “ambiance”, un ancien moudjahid rencontré sur place, Attaba Omar (74 ans), nous dira que l’heure est au pragmatisme : “Nous devons profiter de ce que la France possède et de ce qui nous manque. On les a combattus avec les armes, maintenant à nous de profiter de toutes les situations. Ils montrent de l’intérêt pour nous, alors prenons le meilleur en mettant de côté le pire. Il y a un pays à construire et ne pensons qu’à ça.” Cet ancien cadre de Sonatrach, tout fier d’avoir participé à ce qu’il appelle “notre seconde indépendance” en parlant de la nationalisation des hydrocarbures en 1971, insiste pourtant sur la souffrance qu’il a subie sous le joug de la “France coloniale”.
L’ex-enfant de la Casbah nous a parlé de son frère, Abdelkader, chahid assassiné à l’âge de 20 ans. Il nous a aussi relaté son arrestation avec son autre frère Hmidate, en 1958 : “C’était juste une dizaine de jours après mon mariage. On nous a emmenés, mon frère et moi, au sous-sol d’une usine d’engrais se trouvant à El-Harrach pour nous torturer. Juste avant que mes tortionnaires ne commencent leur sale boulot, un officier est rentré et leur a demandé qui de nous deux était marié. Dès qu’ils m’ont désigné du doigt, il m’a bien regardé et il leur a crié ‘castrez-le’. Vous savez qui c’était cet officier ? Eh bien tout simplement Jean-Marie Le Pen qui était capitaine à cette époque.” Omar insistera tout de même pour nous dire ; “Al hamdoullah, un autre officier, vraisemblablement plus gradé que Le Pen, est venu au moment même où on allait me castrer ; il leur a juste demandé de se contenter de me torturer ou de me tuer. Il m’a tout de même permis de devenir père de 7 enfants et plusieurs fois grand-père.”

Salim KOUDIL

  Algérie, chasse gardée de la France  
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