|
|||||
Vers un accord de défense entre Alger et Paris L’offensive de charme des militaires français Le Quotidien d'Oran, 11 juillet 2004 Parent pauvre des relations algéro-françaises, la coopération militaire est trop marquée par une méfiance réciproque pour que l’accord de défense qui pourrait être signé entre Alger et Paris, avec la visite de Michelle Alliot-Marie, ministre français de la Défense, n’inquiètent pas les militaires américains. Timidement, les militaires français entrouvrent les portes de la coopération militaire mais font preuve d’une réelle frilosité. Alors que Washington réunit 8 pays du Maghreb et du Sahel dans sa base de l’US-Eucom à Stuttgart, réservant au chef d’état-major de l’ANP, le général de Corps d’Armée Mohamed Lamari, un accueil digne d’un allié dans la guerre contre le terrorisme, Paris n’a toujours pas fixé de date à la visite du chef d’état-major en France, suite à l’invitation de son homologue français. Ce détail éclaire, de manière significative, la difficulté des deux pays à asseoir, ne serait-ce qu’un début de coopération. Sur le plan strictement commercial, les rapports sont au point zéro. Si les militaires algériens se sont ouverts sur des équipements militaires américains, sud-africains, chinois et même indiens, au-delà du classique armement russe, la France a toujours refusé cette question avec Alger. L’épisode de 1994, lorsque les Français ont organisé des fuites pour discréditer une vente d’hélicoptères à l’Algérie, en pleine crise terroriste, et la levée de boucliers qui s’en est suivie pour ne pas les armer de missiles d’attaque, avait scellé la discorde entre les deux états-majors. Pourtant, dans le registre des accords militaires entre les deux pays, la liste est longue: protocole relatif à l’assistance technique de la gendarmerie française à la gendarmerie algérienne en juin 1963, échange de lettres sur les conditions d’utilisation des «Diar El-Askri» à la même date, protocole relatif au détachement d’assistance technique du génie militaire français en juillet 1967, accord relatif à la base de Bou-Sfer, en avril 1971, échange de lettres concernant l’assistance technique à l’armée algérienne en juillet 1973, et dernier accord en date concernant l’indemnité forfaitaire d’enseignement allouée aux médecins militaires français affectés à l’hôpital central de l’ANP, en juillet 1975. En somme des accords qui sont consécutifs aux accords d’Evian et qui ont la particularité de s’attarder sur les scories du dispositif militaire colonial. De cela, militaires français et algériens ont gardé peu de liens, si ce n’est aucun. 29 ans de non-dialogue entre deux pays qui se font face et qui représentent, l’un pour l’autre, un état stratégique dans leurs relations dans la région, est un non-sens. Ce vide a été comblé par les militaires américains qui font preuve d’agressivité dans leur approche et dont le pouvoir politique traite, sans préjugés, avec l’establishment militaire algérien. D’ailleurs, les militaires algériens observent, non sans ironie, la nouvelle offensive de charme française en direction de l’Algérie. Les craintes françaises ont été révélées par un article du «Canard Enchaîné» qui signale: «la présence d’une vingtaine d’experts militaires américains, à 350 km d’Alger, dont la mission est de préparer d’éventuelles opérations d’appareils gros-porteurs américains, lors de missions militaires en Afrique ou au Moyen-Orient». Info ou intox, les Français qui constatent que les Américains multiplient les accords de coopération et de formation, et bientôt d’armement, avec les pays du Maghreb et du Sahel, zone dont se prévaut l’influence française, veulent mettre les bouchées double pour se relancer dans ce processus d’édification d’armées modernes dans la région. Pour se faire, il faudrait bien plus qu’une visite d’une frégate, «La Motte-Picquet», dirigé par le vice-amiral de la flotte française, Paul Habert, en mai 2000, et celle du chef d’état-major français, en 2003, pour renouer les fils avec le MDN. A ce jeu protocolaire, les Américains sont nettement en avance avec la visite de pas moins de 15 officiers de haut rang en l’espace de six années et des manoeuvres communes en Méditerranée. Si l’on y ajoute les cycles de formation des officiers de l’ANP, dans les académies américaines, le Pentagone mène largement au point face à la Défense française. Mounir B.
|
|||||
|
www.algeria-watch.org
|
|||||