Le nord de la Méditerranée, c'est où ?

par M. Saâdoune, Le Quotidien d'Oran, 27 octobre 2007

On ne sait pas ce que pensent vraiment les officiels algériens du projet d'union euro-méditerranéenne défendu par le président français Nicolas Sarkozy. Par contre, on peut constater que la question du Sahara Occidental est déjà présentée comme l'un des principaux obstacles sur son chemin. Nicolas Sarkozy ayant chaleureusement applaudi le plan d'autonomie marocain, l'Algérie est donc préalablement placée dans la posture de rabat-joie, celle qui empêche un «grand projet» de se mettre en marche. Si le conflit du Sahara Occidental n'existait pas, cela donnerait-il plus de consistance à ce projet ?

En quoi le projet de Sarkozy serait-il meilleur que le décevant processus de Barcelone ? Celui-ci n'a pas marché car l'engagement européen dans la solution du drame palestinien a été pratiquement nul. Le projet de Sarkozy n'évoque plus cet aspect fondamental tout en semblant demander aux pays de la rive sud de «normaliser» les relations avec Israël. Une sorte de Barcelone plus dévalué pour les pays arabes puisqu'il s'agit de normaliser avec Israël sans attendre que l'ombre d'une solution apparaisse pour les Palestiniens. C'est la pire des choses à faire. Même si nos gouvernements soutiennent le très discutable Mahmoud Abbas, ils lui feraient le pire des cadeaux en normalisant sans condition avec Israël. Il ne s'agit pas d'être plus palestinien que les Palestiniens, il s'agit tout simplement de ne pas les affaiblir davantage. Si le projet de Sarkozy a pour but de faire sauter l'étape du rétablissement des droits des Palestiniens, il n'est pas acceptable.

Certains, conscients que cela ne marchera pas, suggèrent que le projet ne concerne que la Méditerranée occidentale. On éviterait ainsi l'obstacle du Proche-Orient et le niet prévisible de la Turquie qui ne voit, à raison, dans ce projet qu'un substitut de consolation pour masquer le refus de l'accepter dans l'Europe chrétienne. Mais circonscrire le projet à la Méditerranée occidentale n'est pas un gage de succès. S'il est simple de savoir qui est au sud de la Méditerranée occidentale, cela n'est pas évident de savoir ce qu'est le nord de la Méditerranée. Normalement, ce sont les 27 pays de l'Union européenne, or ce ne sont que les pays européens méditerranéens qui semblent concernés. Cette Europe-là observe sans s'en mêler. Après tout, pour l'Europe, il y a déjà le processus de Barcelone et la Politique européenne de voisinage (PEV), la nouvelle initiative de Sarkozy n'apporte rien de nouveau.

 Nul besoin donc d'invoquer le Sahara Occidental pour savoir qu'il existe de très bonnes raisons de ne pas être emballé. M. Sarkozy, il le fait d'ailleurs assez bien, défend les intérêts des entreprises françaises. Le président français va devoir commencer par convaincre ses partenaires européens que le projet ne sert pas uniquement les intérêts de la France, voire les pays européens du Sud. Gageons que cela ne sera pas aisé. Mais dans tous les cas de figure, l'Algérie n'aura pas tort de chercher son intérêt. Le constat général est que l'accord d'association ne profite pas à une économie algérienne de mono-exportation. C'est cela qui l'a amenée à rejeter très officiellement la PEV. C'est cela qui devrait l'amener à ne pas donner de chèque en blanc.

  Algérie, chasse gardée de la France  
www.algeria-watch.org